‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 65 sur 227 · RETRAITE DES GOTHS SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

RETRAITE DES GOTHS SUR LE DANUBE

pourtant à Fépée vengeresse des Romains. En effet, à la nouvelle de la victoire de Gallien, les autres bandes germaniques se retranchèrent d'abord dans une forteresse formée par leurs voitures, puis réussirent à continuer leur retraite vers la Thrace, en s'ouvrant un chemin par le mont Gessax (que l'on cherche dans la chaîne du Rhodope). Mais pendant cette période de la guerre gothique, l'empereur Gallien reçut la nouvelle que son général Auréolus s'était révolté contre lui, qu'il avait pris la pourpre sur le point le plus dangereux pour Gallien, c'est-à-dire en Rétie, et était rentré en Italie. Dans ces conjonctures, il dut, naturellement avec une partie considérable de son armée, quitter aussitôt le théâtre de la guerre des Goths et retourner en Italie. Ce fut Marcien qui fut chargé d'achever l'extermination des Goths. Admirablement soutenu par l'éminent Claude, qui jusqu'ici avait tenu en échec les Goths du Danube, s'il dut renoncer à couper la retraite des Goths, ce qui n'était plus possible, il réussit du moins à en purger complètement le pays et s'occupa à garder avec Claude la ligne du Danube, où se livrèrent de rudes combats.

Les deux généraux s'aperçurent bientôt que les coups répétés qu'avaient reçus les Goths n'avaient fait qu'exciter ces valeureux guerriers du Nord à chercher la vengeance. Ils ne pouvaient pas ne pas voir que, dans l'immense territoire qui sépare le Don du Danube, il s'opérait un vaste mouvement qui faisait craindre non plus seulement l'invasion d'une nouvelle armée gothique, mais une véritable avalanche de peuples germaniques, en un mot, une colossale migration de peuples. Ce qui encourageait évidemment les Goths dans leurs espérances, c'était l'explosion de la nouvelle guerre civile, cette fois au cœur même de Tltalie. Ce fut avec une cruelle émotion que les habitants, si éprouvés jusqu'ici, des pays thraco-grecs virent partir les deux vaillants généraux du Danube, Marcien d'abord, selon toute apparence, puis aussi Claude, qui, au plus tard dans le printemps de 268 ap. J.-C, allèrent prêter leur concours aux efforts de l'empereur Gallien pour décider la victoire contre le rebelle Auréolus, déjà gravement affaibli. Par là, la crise de l'empire romain atteignit son comble. L'heure était proche où, après une longue période de

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doute et de détresse, le soleil de la victoire et de la gloire allait se lever encore une fois sur les populations romanes. Mais le monde grec dut traverser une terrible année de misère et de terreur.

Malgré toute la bienveillance que Gallien avait témoignée aux Grecs, la Grèce dut partager le sentiment de tout l'empire et espérer que tout allait prendre enfin un meilleur essor lorsqu'arriva la nouvelle que Gallien avait été assassiné par un de ses officiers supérieurs, le 4 mars 268, pendant qu'il assiégeait Auréolus dans Milan, et que les chefs de l'armée réunis en conseil avaient placé à la tète de l'empire un homme aimé de tous : Marcus Aurelius Claudius. Tout le monde comprit d^instinct que l'heure était venue où le déluge de maux qui avait inondé l'empire allait être refoulé. Mais partout oil le nouvel empereur n'était pas lui-même présent, on dut comprendre aussi que ce n'était qu'avec le temps qu'on pouvait espérer tous les bienfaits qu'on se promettait de la haute personnalité de Claude, idole de l'armée et du peuple, et de la direction nouvelle qu'il allait donner à la guerre et à la politique : il était nécessaire, en attendant, que chacun mît la main à la rénovation de l'empire. Car il fallait d'abord que Claude en finît avec Auréolus', ensuite qu'il repoussât au delà des Alpes, après des combats meurtriers, une forte armée d'Alamans qui avait envahi la Haute- Italie. Après cela venait le colossal travail nécessaire pour remettre rapidement sur un pied respectable l'armée romaine, décimée par la peste, les Germains, la guerre contre Zénobie et les massacres des guerres civiles. Il fallait aussi reconstituer les approvisionnements d'armes de toute sorte qu'avait épuisés l'insouciance et la prodigalité de Gallien. Et tout cela au milieu de la crise financière, tandis que les provinces à l'ouest des Alpes-Maritimes et à Test du Sangarios gardaient une attitude d'hostilité décidée contre l'empire central. Dans ces conditions, le nouvel empereur n'eut d'abord, dans beaucoup de cas, que la ressource d'envoyer des officiers et des ingénieurs militaires de mérite dans un grand nombre de villes grecques ou autres que les Goths menaçaient de près, et même de se contenter souvent de leur faire parvenir

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les instructions nécessaires pour la défense contre la nouvelle tempête qui s'annonçait du côté des Goths. Nous voyons néanmoins que cette conduite porta ses fruits, et que notamment les Grecs, instruits par les terreurs de l'année précédente, se hâtèrent de travailler de toutes leurs forces à rendre leurs villes capables de mieux résister qu'elles n'avaient pu le faire en 267 ^

Malgré tout^ le choc des Germains fut vraiment terrible. Nous apprenons que les Hérules et les Ostrogoths (pour lesquels nous trouvons la première fois le nom de Greutunges), mirent en mouvement toutes les bandes germaniques et toutes les tribus sarmates et gétiques des plaines pontiques qui obéirent à leur appel : Thervingiens ou Visigoths , Gépides, Peuciniens et beaucoup d'autres peuples partaient cette fois, paraît-il, non plus seulement pour piller, mais (au moins quelques-uns d'entre eux) pour faire des conquêtes sérieuses aux dépens du territoire de Tempire romain ^ L^attaque devait avoir lieu par terre et par mer. Les Germains construisirent sur le Tyras ou Dniester 2,000 navires sur des modèles pontiques ^ ; toute la masse des guerriers (que suivaient encore de nombreux esclaves, beaucoup de femmes et d'enfants) a été évaluée par les Romains à 320,000 hommes*. Dès l'année 268, ou au moins au printemps de 269% ces masses

*) ZosiM., I, 43, 6.

*) Trebell. Poll., Claud. ^ 6, 1 et 2. Zosim., I, 42, 1. Cf. aussi Syncell., p. 384 c. (P.). Sur les Gépides, voy, encore Aschbach, Geschichte der Gepiderif p. 66, et Kropatscheck, Be Gepidarum rebus, p. 12 et 18.

3) Pour la concentration de la masse et la construction des navires sur le Dniester, voy. Zosim., I, 42, 1, qui donne le chiffre exagéré de 6,000 vaisseaux; le chiffre exact est vraisemblablement celui de 2,000, donné par Ammien Marcellin (XXXI, 5, 15) ainsi que par Trebellius PoUion (Claud., 8, 1,2 et 4 ).

*) Zosim., I, 42, 1, et notamment Trebell. Poll., Claud., 6, 5 sqq.; 7, 3; 8, 2 et 4. Dexipp. Fragm. (éd. Bonn), p. 17. Dindorf,7oc. cit., p. 195. L'exagération supposée du nombre, qu'acceptent plusieurs modernes, provient notamment de l'assertion ou de l'hypothèse que tous les Germains ont combattu à Naïssus et ont trouvé leur perte dans cette expédition. Voy, Bernhardt, p. 131. Duncker, p. 31, veut que sur 320,000 Germains il y ait eu « plus d'un tiers » de combattants. Cf. aussi Mommsen, Mm. Gesch., V, p. 225.

*) Cf. Albert Duncker, Claudius Gothicus, p. 30. Bernhardt, p. 129. Il

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