LES GOTHS EN 3IACÉD01NE
imprudente dans ces conditions et fit voile vers Cyzique. Mais les murailles de cette ville virent aussi échouer les attaques des Goths ^ Aussi ces derniers se décidèrent-ils à aller tout droit dans la mer Egée et à appuyer les entreprises de leurs frères combattant sur le continent par de vigoureuses attaques contre la côte thraco-macédonienne du sud.
Les Germains débarquèrent d'abord dansle golfe Singitique, auprès du célèbre mont Athos. Là on s'occupa tout d'abord à remettre en état la flotte éprouvée par les derniers malheurs ; puis on poussa plus loin. Les Goths se jetèrent alors sur les deux villes les plus importantes de la côte du golfe Thermaïque : Casandria et surtout ïhessalonique. Cette dernière fut assiégée avec une grande énergie et une constance extraordinaire. Des prisonniers et des transfuges mirent les Germains en état d'attaquer les murailles gigantesques de cette ville avec des machines de siège; la force de résistance de la garnison et des habitants grecs fut mise à une rude épreuve. Car si, comme il semble, une grande partie des Germains, fatigués par la longueur du siège, quittèrent Thessalonique pour aller piller le sud de la Grèce", par contre, des masses de Goths, de ceux qui parcouraient la Thrace et dont une bande s'était essayée sans succès contre Byzance^ semblent s'être tournées aussi vers Thessalonique. La vaillante ville était cette fois sur le point de succomber*. Mais le salut lui vint à la dernière heure.
En effet, l'empereur Claude avait poussé, dans l'intervalle, les préparatifs avec une énergie inouïe. Pourtant, semble-t-il, son armée n'était pas arrivée à la perfection qu'il eût désirée en sa qualité de soldat exigeant. Mais la détresse de la pres-
0 ZosiM., I, 43, 1 et 2. Cf. Amnian. Marcellin., XXXI, 5, 16.
*) Une telle conduite est habituelle et naturelle chez ces peuples : mais la division des Germains sous les murs de Thessalonique semble positivement constatée dans ZonaR. , XII, 26 (p. 635 C. d. P.) : « rriv 6é ye 0e(r<ra>.ovcxyiv
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moins précis dans Zosim., I, 43, 6.
3) Trebell. Poll., Claud. ^ 9, 7.
*) Pour le siège de Thessalonique : Zosim., I, 43, 2 et 3. Zonar., loc, cit. Trebell. Poll., Claud., 9, 8 (on ne sait si Ammian. Marcell., XXXI, 5> 16, se rapporte à cette guerre). Tafel, loc. cit., p. xl sqq.
BATAILLE DE NAÏSSIIS 171
qu'île du Balkan était trop grande pour qu'il fût possible d'hésiter plus longtemps. Il partit donc avec des forces considérables de la Pannonie pour la Mœsie' Supérieure en remontant la vallée du Margus (auj. Morava). De la région la plus élevée de ce bassin, le grand g-énéral pouvait en même temps menacer les Germains qui parcouraient la Mœsie et dominer les communications les plus commodes avec la Macédoine et la Thrace au sud, c'est-à-dire les routes qui traversaient la Dardanie et les défilés célèbres qui conduisaient de Sardica à Philippopolis. La nouvelle de son approche produisit aussitôt un effet sensible sur tout le théâtre de la guerre continentale. Sans attendre que, soit en marchant sur Sardica, soit en prenant par le défilé de Skoupi et le haut du bassin de l'Axios, Claude s'insinuât entre leurs masses principales, les Germains accoururent au devant de lui de toutes parts, de la Mœsie, de la Thrace et de la Macédoine. Le siège de Gasandria et de Thessalonique fut abandonné aussitôt, et les Goths qui y avaient été employés marchèrent vers le nord en dévastant de la manière la plus horrible le bassin de l'Axios ^ C'est ainsi qu'on en arriva, dans la deuxième partie de l'année 269, dans le bassin du Margus, près de Naïssus (auj. Nisch ou Nissa, sur la Nissava, affluent de la Morava bulgare), à ces batailles meurtrières dans lesquelles Claude remporta la victoire la plus complète, et où plus de 50,000 Goths trouvèrent la mort. Après ce succès colossal, Claude continua avec ses généraux la guerre d'extermination contre les Germains en Macédoine et dans les contrées du Balkan, de sorte que la grande majorité de ses adversaires fut ou détruite, ou forcée à se soumettre et à entrer dans l'armée romaine, ou encore à s'établir comme paysans romains.
Les entreprises que les escadres parties de Thessalonique
*) ZosiM,, I, 43, 3 sqq. Eutrope (IX, 11) parle d'une manière tout à fait générale de la dévastation de la Macédoine dans ce temps ; Orose (VII, 22) et Eusèbe {Chronic. y éd. Schône, II, p. 183), d'une manière plus générale encore. Le célèbre pays des cols entre la Macédoine et la Thrace d'une part, la Dardanie et la Mœsie de l'autre (notamment les cols de Succi), sont très exactement décrits pour la fin de l'ère impériale dans Ammian. Marcell., XXI, 10, 2 sqq. XXVI, 7, 12 et XXVII, 4, 5 sqq.