RETRAITE DES GOTHS
near romain de l'Egypte *. Il avait reçu de Claude Tordre de croiser contre les Goths avec la flotte stationnée à Alexandrie, et il les refoula en effet sans grands efforts vers la mer Egée ^ La disette, la peste, qui fit encore une fois de grands ravages pendant les terribles luttes de cette année sur le vaste territoire de la guerre et frappa aussi les Germains, ruinèrent de plus en plus les corsaires goths ^; de sorte que les débris de cette partie de leur grande armée durent évacuer les mers grecques dans un état déplorable*.
C'est ainsi que prit fin le régime de terreur que les Goths avaient apporté dans les provinces grecques de l'empire. Les guerres contre les Germains, qui se continuèrent dans le Balkan et sur le Danube en l'année 270, après la mort prématurée du grand Claude ^, survenue dans la première moitié de l'an-
*) Que ce Probus soit identique avec ie futur empereur de ce nom, que ZosiM., I, 44, 5, qui parle du suicide de Probus, ne l'emporte pas contre Fl. Vopisc, Prob., 9, 5, je le soutiens avec Oberdick, loc. cit., p. 54. 61. 62 sq. contre A. Duncker, p. 41, et Bernhardt, p. 168 et 226. Par contre, DuNCKER a sans doute raison (p. 41) de reconnaître des Goths dans la personne des pirates nommés dans Zosim., I, 44, 3, contre lesquels Probus opère du côté de l'Egypte. (Bernhardt, p. 168, a pensé à des pirates de la Mer Rouge).
*) Zosim., I, 46, 1. Trebell. Poll., loc. cit. Syncell , p. 384 c. (P).
2) Zosim. I, 46, 2. Trebell. Poll., loc. cit. Syncell., loc. cit. Zonar., XII, 26 (p. 636 a [P.]).
*) Zosim., ibid. La perte de l'immense majorité des Goths qui avaient entrepris l'expédition de l'année 269 est très expressément rapportée aussi dans Dexipp., ibid., et dans Ammian. Marcellin., XXXT, 5, 15. Sur des batailles navales éventuelles dans la mer Egée, voy. Duncker, p. 36. D'après 0. Frick, dans Pauly, R. E. d. klass. Alterth., I. 2, p. 2623, l'opinion de Dethiers, Epigraphik von Byzantion und Constantinopel, I, p. 72, n'est pas suffisamment fondée lorsqu'il revendique pour Claude II la colonne dite des Goths dans la cour du sérail à Constantinople, avec l'inscription : « Fortunae reduci ob devictos Gothos » (ordinairement attribuée à Théodose ou à Justinien pf). Mommsen, Corp. Inscr. Latin., III, 1 (1873), p. 135 sq., n° 733, la revendique pour Constantin le Grand et pour l'année 332. Sur ces expéditions, voy. Mommsen, Rom. Gesch., V, p. 225 sqq. et Schiller, Gesch, der rôm. Kaiserzeit^ I, 2, p. 847 sqq.
^) Une statue et une inscription honorifique furent consacrées en Grèce par la ville de Thèbes à ce grand homme; voy. Bôckh, G. I. Grœc, I, no 1622 (voy. aussi II, p. 957-960, n» 3747 et 3748 : inscriptions de Nicée). Remarquons encore que sous Claude, d'après Malalas, éd. Bonn. p. 299 (XII, 0. p. 395. V. p. 128 a), Nicomédie fut gravement éprouvée par un tremblement de terre et une inondation de la mer, et secourue par Claude.
17 i l'empereur AURÉLIEN
née 270, ne touchèrent plus le monde grec. Et lorsqu'enfin le puissant empereur Aurélien, en cédant la province de Dacie en l'année 270, eut conclu avec les Goths une paix solide et durable, les Hellènes virent revenir une époque de tranquillité longtemps et ardemment désirée. Ils finirent par jouir du spectacle de certaines conséquences des immenses agitations de l'horrible époque qu'ils avaient traversée. C'est ainsi que la ville grecque de Périnthe, sur la Propontide, devint le séjour des grandes dames gothiques que l'empereur Aurélien avait prises pour otages lors de la conclusion de la paix avec les Goths*. C^est ainsi que les Grecs apprirent avec stupéfaction que l'audacieuse Zénobie avait osé braver même un Aurélien, et que les drapeaux desPalmyréniens avaient paru en 271 devant les portes de Chalcédoine\ Mais déjà on savait là, comme dans les pays voisins, que le puissant Aurélien se préparait à entrer personnellement en campagne contre la reine de l'Orient : aussi tous les efforts des Palmyréniens échouèrentils contre la résistance résolue des habitants grecs et hellénistiques de cette région. Les légions d'Aurélien ne tardèrent pas à marcher vers l'Orient ; le Bosphore fut franchi près de Byzance ^ et bientôt la Grèce ravie entendit l'écho des coups énergiques par lesquels Aurélien abattit, dans la première moitié de l'année 272, l'empire de cette reine aussi ennemie des Hellènes que des Romains. Sans doute cette joie ne fut pas sans mélange. Si la clémence de l'empereur avait évoqué l'ombre de cet Apollonios toujours vénéré des adeptes des dieux de l'Olympe pour détourner des citoyens de Tyane le carnage promis aux soldats dans un moment d'entraînement % le monde cultivé, notamment à Athènes, apprit avec une profonde douleur qu'Aurélien, après la chute de Palmyre, avait fait exécuter avec une rigueur inexorable le célèbre Longin, qui avait si longtemps brillé comme le premier conseiller de Zénobie ". Mais la satisfaction des intérêts matériels compensa
*) Fl. Vopisc, Bonos., 15, 6 sqq.
. *) ZosiM,, I, 50. Oberdigk, p. 83 sqq. 3) Fl. Vopisc, Aurelian., 22, 3.
*) Vopisc, Aurelian., 23 et 24.
°) Suidas, s. v., p. 2331 5.Vopisc, Aurelian., 30, 3. Zosim., I, 56, 5 sqq.
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alors pour la Grèce lo chagrin causé par des incidenls de ce genre. On en était arrivé à pouvoir entreprendre avec zèle et espérance de succès le rétablissement de la prospérité cruellement éprouvée par la terrible époqu'e qu'on venait de traverser. Les ennemis étaient domptés ; la peste s'était enfin éteinte ; la crise monétaire, qui avait atteint un degré d'intensité positivement dangereux sous Aurélien, fut arrêtée peu à peu par les énergiques mesures du grand empereur *. Malheu-
Syngell , p. 384 d. (P). Un certain nombre de captifs palmyréniens de distinction doivent avoir perdu la vie sur mer en passant de Ciialcédoine à Byzance(ZosiM., I, 59, 4).
') Indiqué dans Zosim., I, 61, 6. Le nouveau système d'Aurélien consistait en une centralisation complète des affaires monétaires (Mommsen, Geschichte des rôm. Mùnzivesejis, p. 736). C'est ainsi qu'il ferma, à l'exception d'Alexandrie, toutes les fabriques monétaires non impériales, c'est-à-dire celles qui appartenaient aux communes et où les choses se passaient généralement encore plus mal qu'à Rome ; il abolit (Mommsen, p. 747) le droit qu'avait le Sénat de frapper de la monnaie de cuivre, mit fin à Rome même au système trompeur du placage, et arrêta avec une énergie qui alla jusqu'au sang les criminels abus des fabriques monétaires impériales. MommsexN, loc. cit., p, 832, et Ver fall des Rôm. Mûnzwes., p. 210. 258 sqq. Finlay, p. 420 sqq. Il semble aussi que partout on abolit définitivement le droit ou privilège qu'avaient encore conservé quelques villes de frapper des monnaies à leur effigie. Mommsen, Gesch. des rôm. Mùnzwesens, p. 727. 728. Aurélien avait pour but de ramener Vaweus au poids normal de 1/50 de livre (Mommsen, p. 778). Aurélien et Tacite n'allèrent pas au delà de l'essai de remplacer l'alliage sans valeur par un alliage plus réel (en écartant l'étain et le plomb, de manière à donner à Vantoninianus environ 6 0/0 d'argent). Le retrait de la monnaie de mauvais aloi, notamment de la monnaie de cuivre blanchi de Gallien, ne fut pas non plus opéré complètement (Mommsen, il. M., p. 800. 829. Verfall der R. M., p. 232. 259 sqq.). Mais Aurélien vint à bout d'introduire les monnaies de cuivre des provinces dans la circulation de l'empire après la fermeture des officines municipales : Verf. d. R. ilf., p. 210. 248. 259 (à ce propos, scènes sanglantes à Antioche : Malalas [éd. Bonn.], p. 301. XII. 0. p. 398. V. p. 129 a). L'antoninianus en cuivre blanc de Gallien tomba sous Aurélien et Probus à 1/3 de centime, de sorte que le denier de compte valut 20 ou 21, Vaureus à 21 francs, 500 à 525 de ces mauvaises pièces. Mommsen, Verf., p. 260. Hultsch, Metrol., p. 245. C'est après ces temps que s'élevèrent les hôtels impériaux des monnaies dans les provinces, qui continuèrent d'exister dans l'époque byzantine. Juslinien P' frappa des monnaies à Constantinople, Thessalonique, Cyzique, Nicomédie, Antioche, Alexandrie et Cherson, pour ne parler que des localités grecques (Marquardt, Rôm. Staatsverwaltung, II, p. 36 sqq.). On frappait déjà des monnaies à Thessalonique et à Cyzique dans le premier tiers du iv° siècle ap. J.-C.
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reusement, la tentative d' Aurélien de ramener V antoninianus en cuivre blanchi de Gallien à sa valeur métallique entraîna, comme de raison, des pertes colossales; malheureusement aussi, dans cet état de repos du côté des ennemis extérieurs et des insurrections intérieures, on sentit dans toute leur étendue les suites de la banqueroute universelle, conjurées seulement plus tard par Dioclétien. Il fallait que la Grèce avisât aux moyens de se tirer de cette épreuve ^
Lorsqu'enfm Aurélien (jusqu'en 274) eut réuni de nouveau toutes les parties de l'empire, le monde antique ressembla à un riant paysage des tropiques au lendemain troublé d'un terrible ouragan, ou à une ravissante côle du Nord après le passage d'une inondation dévastatrice. La pénible époque qui s'étend de la mort d^Alexandre Sévère aux grands travaux réparateurs d'Aurélien semble avoir complètement éteint l'éclat lumineux de la vie antique. Mais la Grèce présente un spectacle tout particulier. K l'exception peut-être des régions côtières de la Mœsie et de quelques cantons gaulois et pannoniens, la plupart des provinces de la moitié orientale de l'empire purent sans doute, grâce à la défense de leurs frontières, rétablir peu à peu dans une grande mesure leur prospérité d'autrefois, quoique dans le commencement le gouvernement d'Aurélien demandât de grands efforts à ceux qui avaient gardé une certaine aisance. Mais les deux nouvelles puissances qui absorbèrent graduellement et foncièrement la vie antique — d'une part, les peuples germaniques dont la force exubérante, surtout depuis l'apparition de Constantin le Grand, pénétra de plus en plus le Romanisme dans l'armée, dans les campagnes et peu à peu aussi dans les villes, d'autre part, le christianisme qui se répandait avec lenteur, mais d'une manière irrésistible, notamment dans la moitié orientale de Tempire — donnèrent graduellement mais sensiblement un tout
*) Inscriptions grecques en l'honneur de l'empereur Aurélien : de la ville d'Hermione (Bockh, C. J. Gr., I, no J219, où il est célébré comme xupto; à-TjTTYiToç, et vol. II Addend., p. 1069); inscriptions d'Andros ("n» 2349 n) en l'honneur du Ostoxaroç empereur Auréhen, et (n» 2349 o) en l'honneur de son épouse Augusta Ulpia Severina. (Sur Hermione dans ce temps, voy. aussi CuRTius, Peloponnesos, II, p. 456 . 579).
LA GUÈCI-: APUÈs l'i.nvasion 177
nouveau caractère à Tempire restauré, en exceptant encore toutefois l'Espagne, TAfrique et la péninsule italique II n'en est pas do même pour la Grèce, et pour longtemps encore. Ici il fallait manifest«-ment de grands' efforts pour rétablir, môme dans une certaine mesure, la situation supportable que nous avons constatée encore au temps d'Alexandre Sévère. Si les villes durement maltraités sur les limites extrêmes du monde grec, comme Trapézonto, Nicomédie et Chalcédoine (pour no pas parler encore de la future grandeur de Byzance);, eiïacèrcul relativement avec plus de facilité les traces des dévastations gothiques, à la faveur de leur heureuse position militaire et mercantile, le problème de la restauration de TAchaïe était infiniment plus difficile, quoique le séjour des Golhs dans cette province n'ait pas été d'assez longue durée pour ruiner systématiquement des régions entières. Pour ne parler d'abord que de la physionomie extérieure du pays, les œuvres d'art détruites ne pouvaient être remplacées d'aucune façon. Des villages et des quartiers de villes en ruines pouvaient, avec de grands efforts, être rebâtis, ne fût-ce que très modestement. Mais il était plus difficile sans doute de remettre en état avec des ressources propres les monuments d'architecture ou dégradés ou détruits, parce que le pouvoir central impérial, occupé à résoudre les colossales dificultés du temps, restait aux mains des grands généraux illyriens, qui n'avaient ni le goût, ni le temps, ni l'argent nécessaires pour s'occuper des antiquités grecques. Plus difficiles encore à réparer devaient être les ruines économiques \ Malheureusement, personne ne nous apprend comment on eut raison graduellement des suites de la crise monétaire, des ravages moraux et éco-
<) L. Ross admet, entre autres faits {Archaoloy. Aufsatze, i, p. 38 sqq.)^ qu'Atliènes vit après celte époque le nombre de ses habitants baisser sen^ sibloment, et que plus d'un édifice incendié ne fut pas reconst'^uit. (Bien des sinistres ne furent sans doute réparés que sous les Gonstantins, v. plus bas, et cf. Sievers, Bas Lebendes Libanios, p. 44). Le même savant admet que depuis cette époque gothique les empereurs cessèrent de construire des édifices somptueux avec des matériaux étrangers, et que par suite les travaux s'arrêtèrent, subitement et pour longtemps dans beaucoup de carrières de marbras grecs, par exemple, dans les carrières de cipoliin à Styra et à Carystos {Griech. Kômgsrehen, II, p. 29 sqq.).