RESTAURATION DE LA GRÈCE
nomiqiies de la peste; personne ne nous dit si ces calamités n'ont pas amené une concentration progressive des propriétés dans les mains des grandes familles. Nous ne pouvons que deviner la peine qu^eurent les paysans et propriétaires grecs, souvent accablés de dettes, à rendre de nouveau productifs leurs biens dévastés, leurs oliviers coupés, si longs à repousser, et leurs vignes. La perle de tant d'esclaves a-t-il rendu plus bumain^ comme on l'a supposé, le traitement des serviteurs conservés*? Le prix du travail libre a-t-il augmenté par là, et la société grecque a-t-elle ainsi pris une pbysionomie nouvelle? La décadence de plus d'une ville, comme Nicopolis, par exemple ^, date-t-elle de cette époque ? Tout cela reste dans le domaine de Thypothèse.
Il parait néanmoins que le nouvel esprit, que l'épreuve gothique avait éveillé en Grèce, contribua à faire reconquérir à la Grèce au milieu du iv° siècle une prospérité au moins relative. Cette rudesse fâcheuse que chaque guerre produit d'habitude, même chez les peuples les plus intelligents, ne fut sans doute pas épargnée à la Grèce à la suite des dernières années de la funeste période gothique. Mais d'un autre côté, le génie hellénique en Grèce, où, autant que nous sachions^ il avait très peu souffert du mélange d'éléments étrangers,
*) FiNLAY, p. 87.
-) La conquête de Dyrrhachion , brièvement mentionnée par Dexippe dans un fragment du x° livre de son Histoire universelle (voy. Niebuhr, Corpus Byzant., Pars I, p. 36, et Carl Mûller, Fragm. Hist. Grœc, III, p. 672, n° 6. DiNDORF, loc. cit. p. 174), ne peut guère être placée avec certitude dans l'époque gothique ou celle des guerres civiles du iii*^ siècle, mais bien plutôt dans le temps des dernières guerres civiles de la République: mais la ville grecque de Nicopolis sur le golfe d'Ambracie semble avoir beaucoup souffert en Tannée 267 (cf. H. Richter, Bas westrômische Reich, p. 417). Il est possible pourtant que la déplorable dévastation de cette ville épirote, à laquelle plus tard l'empereur Julien remédia ou s'efforça de remédier (Mamertix., Gratiarum actio Juliano, 9, dans Panegyr. Veter, éd. Jâger, vol. II, p. 147), ait été la suite en partie d'un tremblement de terre, en partie d'une longue disette et de vices intérieurs chroniques qui nous sont inconnus : encore cela est-il étonnant, vu que (v. plus loin) Nicopolis fut érigée en capitale de la province d'Épire par Dioclétien et confirmée comme telle par Constantin. (La ville de Nicopolis mentionnée par Trebell. Poll., Claud., 12, à propos des guerres gothiques après la mort de l'empereur Claude, n'est certainement pas la ville épirote, et doit être cherchée en Mœsie).