RESTAURATION DE LA GRÈCE
germaniques ou daco-sarmates, moutra de nouveau combien il restait indestructible. N'est-il pas étonnant que, dans les limites de l'ancienne terre natale' des Hellènes, les terribles catastrophes de ce siècle n'aient préparé le terrain au christianisme que d'une manière a peu près insensible ? Athènes devient plus que jamais la forte citadelle des Olympiens et des représentants de l'antiquité en philosophie comme en sophistique. L'Université, qui arrive peu à peu à reconquérir son éclat, préside à une renaissance de la vie publique et de la prospérité partielle de la cité : pondant plus d'un siècle encore, le peuple grec restera en grande majorité, et partout avec une grande ténacité, fidèle à ses cultes locaux, à ses mystères, à ses oracles, aux dernières joyeuses manifestations de ses nombreux jeux nationaux dont nous avons vu plus haut la splendeur. Même quand les représentants de cette vie de Tesprit antique sur le sol hellénique s'aperçurent enfin que les dernières racines de leur force commençaient à se dessécher, ils s'accrochèrent encore aux antiques traditions de leurs sanctuaires avec une tendresse touchante et mélancolique, comme le lierre aux murailles tombant de vétusté d'un édifice voué à la ruine. Nous avons vu plus haut avec quelle merveilleuse ténacité les Hellènes, même pendant les tempêtes et les horreurs de l'époque gothique, étaient restés fidèles à la célébration de leurs jeux Olympiques, et que les Grecs du dehors affluaient aux luttes de la plaine de l'Alphée comme si la paix la plus profonde avait régné dans l'empire. Et pour le même temps, les monuments nous apprennent comment, sur le sol grec non mélangé, les excroissances mêmes et les dégénérescences de la vie artistique et morale étaient conservées comme pétrifiées,. à l'instar des plus nobles traditions, Tout cela ne semble avoir disparu plus tard qu'avec la mort définitive ou avec la transformation totale du monde antique en monde chrétien. Bien instructive est dans ce sens une inscription de Smyrne, du temps des empereurs Valérien et Gallien. Nous y rencontrons^, en dépit de la détresse, de la peste, de la
^) Cf. l'inscript'on de Smyrne dans Mur\tori, VII, p. 650, 1. Clinton, ■Fasti Romani, II, p. 56. Mommsex, Corp. Inscr. Latin. , III, 1 (1873), p. 79, n« 412.
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guerre et des Barbares, les caractères bien connus de l'beureuse époque des Antonins. Smyrne y est toujours appelée la plus belle, la plus g-rande, la plus brillante des villes et la métropole de la province d'Asie ; le culte des empereurs s'y étale en pleine lumière : elle a trois fois exercé le néocorat des Augustes. Et l'on voit apparaître aussi à Smyrne, comme concitoyen respecté et bouleute, maître Aurelios ApoUinarios de Thyatire, que les « brillantes » villes de Philadelphie et de Byzance comptaient aussi parmi leurs citoyens d'honneur et bouleutes, et dont la plus g-rande gloire était le souvenir des victoires qu'il avait remportées dans la course aux jeux Pythiques de Delphes et dan^ d'autres concours de l'Orient . Malheureusement, tout cet éclat nous apparaît plus que jamais comme une parure fausse et trompeuse d'un temps qui se déroulait dans son maigre prosaïsme \
Par contre, avec les grandes victoires d'Aurélien sur tous les ennemis de l'empire, l'iiistoire recommence à être pauvre en événements ayant des rapports immédiats avec la Grèce,, Nous apprenons pourtant que le Sénat, après le meurtre d'x'Vurélien à Périnthe^ (en octobre 275), sévit exceptionnellement appelé de nouveau à élire l'empereur et éleva à l'empire le vieux Marcus Claudius Tacitus. Athènes, Corinthe et Thessa- Ionique furent au nombre des villes notables et illustres de l'empire auxquelles furent adressées les lettres solennelles du Sénat, dont le texte intéressant était à peu près celui-ci : « Le très auguste Sénat envoie son salut à la Curie de Thessalonique (ou aux Archontes, Stratèges et Conseil d'Athènes i. Salut, fortune et bénédiction à l'État romain et aux peuples de l'empire ! Le droit de conférer l'empire (imperiumj, d'élire le
') Cela irempèclie pas qu'un homme aussi réaliste que l'empereur Auréiien institua à Rome, en l'honneur du dieu Soleil, un Agon solennel, à la manière hellénique, cela va sans dire (Euseb. , Chron., éd. Schone, II, p. 185. Friedlander, Rômische Sittenga^chichtc, II, p. 439). Les visites incessantes de comédiens g-recs, d'athlètes, d'artistes en tout genre, de musiciens, de jongleurs, etc , qui venaient à Rome pour amuser le peuple, continuèrent pendant toute cette époque et reprirent au temps de Carus et de Carin une fréquence exceptionnelle ; cf. Fl. Vopisc, Cann., 19.
2) ZosiM., I, 62. Vopisc, Aurelian., 35, 5. Zonar., XII, 27 (P. p. 637 a). Schiller, op. dt,, p. 872.
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chef de FElat et de nommer un empereur (Augustus) est rentré dans nos mains. Adressez-vous donc à nous dans toutes les affaires importantes. Tous les appels qui seront élevés contre les sentences du proconsul et les juges ordinaires doivent être adressées au Prœfectus Urbi. De cette façon, pensons-nous, votre propre dignité regagnera son ancien éclat et son prestige, car le Sénat de la capitale Rc^me est le premier, et, en retrouvant sa considération, il maintiendra les droits de tous les autres * ».
On sait que le règne du vieux Tacite ne fut que d'assez courte durée, et la nouvelle splendeur que rêvait le Sénat resta un rêve. Le nouvel empereur fut de nouveau créé par l'armée. Heureusement pour l'empire, ce fut le grand Marcus Aurelius Probus, qui exerça le pouvoir sans contestation depuis juillet 276. Pendant son règne, qui fut du reste si brillant, la Grèce se vit subitement rappelée aux terreurs de l'ère gothique. En elTet, après avoir vaincu sur le Bas-Rhin les Francs, peuple germanique, probablement en 278 ou 279, l'empereur Probus avait conduit une partie des prisonniers de ces Germains comme colons sur les côtes de la Thrace, dans la mer Noire. Mais les fils du Nord germanique ressentirent là le mal du pays. Ils se révoltèrent bientôt, réussirent à se mettre en possession d'un grand nombre de navires et cherchèrent à retourner par mer dans le delta du Rhin ; ce voyage étrange leur réussit quant au but principal, car les autorités militaires romaines, occupées partout à la protection des frontières de l'empire, ne furent qu'une fois en état de s'opposer victorieusement près de Carthage à leur expédition de corsaires à travers la mer Méditerranée. Néanmoins cette expédition ne fut pas aussi miraculeuse que plus d'un narrateur moderne a bien voulu le dire. Le chemin de la mer Noire à la mer Méditerranée était bien connu des Germains de ce temps-là. Ce furent sans doute des Germains du Pont qui donnèrent aux Francs l'idée de ce voyage et leur servirent peut-être personnellement de guides. Mais on peut se figurer quelles inquiétudes excita dans toute la Grèce la navigation de
*) Fl. Vopisc, Taclt. et Florian., 18 (5).