‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 72 sur 227 · LES FRANCS DANS LA MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

LES FRANCS DANS LA MÉDITERRANÉE

CCS audacieux guerriers francs. Ce que signifiaient ces expéditions de brig-andage, il n'y avait pas un Hellène qui ne le sût parfaitement. Dans la première surprise, on dut éprouver en Grèce les soucis les plus graves. Ce n'était pas un Gallien que les Francs bravaient si audacieusement^ mais un Probus, le dig-ne successeur d'Aurélien et de Claude ! Quelle ne devait pas être la force d'un ennemi qui osait s'opposer à Probus! Et comme les Grecs ne connaissaient pas toute la témérité des Germains d'alors , ils crurent naturellement que ces Francs n'étaient que l'avant-garde d'une nouvelle inondation germanique comme celle de l'année 269, que les Barbares osaient essayer contre un homme comme Probus. Mais, en général, l'Achaïe en fut quitte pour la peur. Les Germains n'avaient pas le temps cette fois de s'arrêter longtemps en route. Ils se contentèrent sans doute de piller les plages sans défense, partout où ce fut nécessaire ou facile, mais n'attaquèrent pas de villes fortes. Une seule des villes grecques de l'Occident, Syracuse, tomba momentanément en leur pouvoir, et il y eut là certainement un horrible carnage *.

Mais, sauf cette alerte, les Grecs purent, depuis Aurélien, se livrer pendant de longues années exclusivement aux travaux de la paix. Athènes surtout s'occupa avec prédilection de son Université et des savants distingués qui en faisaient partie. Malheureusement pour nous, les matériaux de l'histoire de la Grèce depuis Septime Sévère sont si rares que nous ne savons absolument pas comment, après le rétablissement de la paix, les Athéniens ont récompensé leur excellent Dexippe pour ses hauts faits. Nous ne nous résignerions qu'avec beau-

^) ZosiM., I, 71, 3 sqq., et Eumenii Panegyr. IV in Constantium Caesar., 18, 3 (Panegyr. Vet., éd. Jiiger, vol. I, p, 30J). Ces faits sont indiqués d'une manière générale (sans mention du nom de Francs) dans Vopisc, Proh., 18, 2. On pourrait s'étonner que Vopiscus, qui était lui-même originaire de Syracuse, ne fasse pas mention de la partie de l'expédition qu éprouva si cruellement sa patrie. Mais il est possible qne, dans ce temps d'horribles massacres, une prise momentanée de Syracuse, où peut-être le voisinage du port fut seul maltraité et où un certain nombre de gens de peu furent tués, parut à Vopiscus un fait indigne de mention. (Je ne suis nullement convaincu par les objections que fait à la présence de ces Francs sur la mer Noire Julius Brunner, Vopiscus' Lebensbeschreibungeii , dans BiJDJNGER, Untersuchungen zur Rom. Kaisergeschichte, II, p. 92 sq.).

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coup de peine à conclure de l'absence seule de renseignements que le Conseil et le peuple d'Athènes, toujours si prompts à célébrer par de pompeux décrets les événements gymniques les plus insig-nifiants à notre point de vue moderne et des incidents qui ne pouvaient être importants que pour des courtisans, se soient laissés guider par nous ne savons quelles considérations d'un ordre inférieur et n'aient consacré aucun monument officiel aux exploits de leur vaillant compatriote. Dexippe n'a-t-il été honoré qu'après la guerre des Goths des hautes fonctions politiques dont nous avons parlé plus haut ^ ? Nous ne pouvons l'affirmer. Mais le fait est que tous ceux qui se sont occupés de l'histoire grecque de ce temps ont été très frappés de voir que le seul monument à l'honneur de Dexippe dont nous ayons connaissance ne parle guère que de son mérite comme historien. Les contemporains non Athéniens et les anciens de l'époque postérieure avaient sans doute des motifs pour cela. Car nous voyons partout que, tandis que l'historiographie latine de ce temps et du temps suivant devient de plus en plus misérable et pour le fond et pour la forme, les provinces grecques ont produit alors toute une série d'historiens laborieux, qui devancent partout les pauvres travaux des écrivains romains contemporains ^ Et de tous ces historiens, celui qui s'est fait le nom le plus brillant est ce même Dexippe, que l'admiration (nous ne disons pas le bon goût) des Byzantins a osé comparer dans la suite à Thucydide ^ Malgré tout cela, nous nous étonnons au plus haut point que, du vivant, semble-t-il, de ce vaillant homme

*) Il faut encore remarquer à ce propos que, d'après Buckh (C. I. G/'., I, n" 380, lig. 3 sqq. et p. 440), le nom de Thesmolhètes a été usité alors généralement pour désigner le col'ège complet des archontes athéniens.

2) Il n'est sans doute pas nécessaire de donner une démonstration spéciale de ce fait, qu'un regard jeté dans les livres des Scriptores Historié Augustae suffit pour établir amplement. Les Fragments de Dexippe chez les écrivains latins sont réunis dans Niebuhr, dans la première partie de son édition du Corpus Byzantin., p. 36 sqq., et dans C. Mlller, Fragm. Hist, Graec, III, p. 672 sqq., comme aussi dans L. Dindorf, op. cit., p. 174 sqq. 189. 198.

^) Cf. notamment Photius, Biblioth. cod. 82. Eunape , le continuateur de son Histoire universelle, parle longuement de THistoriographie de Dexippe ; cf. Carl Muller, Fragm. Hist. Grœc, IV, p. Il sqq., dans l'introduction d'Eunape, au premier livre de l'ia-ropia (xs-cà Ae^.

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qui doit encore avoir vu le règne de Probus \ ses propres enfants n'aient, dans un hommage public rendu à leur père, célébré que l'écrivain, sans faire la moindre mention de la plus grande action de sa vie. Car c'est à l'historien seul que s'adressait l'érection d'une statue d'honneur avec l'enthousiaste inscription poétique qu'ils élevèrent à leur père ^ avec l'assentiment du peuple, de l'Aréopage et du ('onseil, lequel, chose étonnante, comptait alors 750 membres". La Grèce proprement dite a produit un peu plus tard deux autres historiens supportables. L'un était le Spartiate Onasimos, qui brilla, selon toute apparence, à Athènes comme sophiste et historien au temps de Constantin le Grand et de Constantin II, et qui écrivit la vie de Probus ^ ; l'autre, l'Athénien Praxagoras (peut-être un descendant d'un des puissants adversaires d'Atticos que nous avons déjànommér<): il vécut dans le même temps et écrivit, outni plusieurs parties anciennes de l'histoire antérieure à la conquête romaine, une vie de Constantin le Grand \

Mais à côté de Dexippe florissaient alors à Athènes, pour ne plus parler des sophistes et philosophes nommés plus haut et sur la fin desquels nous ne savons rien, toute une série de sophistes qui ne manquèrent pas de réputation dans leur temps. C'est ainsi que nous trouvons dans la compilation de Suidas les noms des sophistes Genethlios et Suetorius Callinicos. Ils étaient tous les deux de l'Arabie Pélrée; le premier^,

•) EuxAP. (éd. Boissonade) Vit. Sophist., dans Vit. Porphyr., s. fin., p. 11.

2) BoGKH, loc. cit., n° 380. Insuffisants sont les essais d'explication sur celte étonnante omission des actions guerrières de Dexippe (cf. Bockh , loc. cit., p. 440. NiEBUHR, p. XIV fqq. de son Introduction aux Fragments de Dexippe, dans la première partie de son édition du Corpus By zantinorim). Il y a une traduction métrique de cette inscription dans Ellissex, loc. cit., p. 131.

3) C'est ce qu'on voit dans l'inscription souvent citée dans Buckh, C, /. Gr., I, n*» 382, lig. 2. Cf. hï)CKn,Bemerkungen, p. 440, qI Addend., p. 902rt. Hermann, Griechische Staatsalterthûmer, g 176, 17.

*y Sur Onasimos, cf. Suidas, s. v. 'Ovâdiixo; et s. v. 'A^ivr,ç, comme aussi Flav. Vopisc, Procid., 13, 1, et G. Mullkr, Fra^/m. Hist. Grsec, III, p. 728. Clinton, Fast. Roman., I, p. 357, à l'année 309.

") Fhotius, Bihl. cod. 62, p. 20, éd. Bekker, et C. Muller, op. cit , IV, p. 2. Daprés Clinton, Fast. Roman , II, p. 31 1 sqq., il florissait entre 329 et 341 ap. J.-C.

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élève de Minucianiis cl d'Agapctos, mourut à ïùge de 28 ans'; le second fut son rival dans l'art de la rhétorique et écrivit un discours à l'empereur Gallien^ On met en doute l'existence d'un jeune Apsines d'Athènes (peut-être parent d'un rhéteur de ce nom nommé plus haut, qui aurait été le père de l'historien Onasimos et le grand-père d'un troisième Apsines ^). Euuape nous fait connaître deux autres contemporains de valeur de Dexippe : les rhéteurs Paulos et Andromachos, nés en Syrie*. Tous ces hommes ont du reste été surpassés en gloire par les professeurs du siècle suivant.

Le cours des événements politiques qui suivirent ne toucha que peu la Grèce. L'empereur Marcus Aurelius Carus, le successeur du grand empereur Probus assassiné en automne 282 dans une émeute près de Sirmium, n'eut guère, à notre connaissance, de rapports particuliers aveales Grecs\ Mais après sa mort, pendant l'expédition contre les Perses (sur la fin de 283), se déroulèrent les événements qui amenèrent dans l'empire romain une réforme profonde et lui donnèrent une constitution toute nouvelle. La Grèce commença par jouer en face de cette évolution historique un rôle tout passif. L'important réseau de routes qui sépare Chalcédoine de l'embouchure de l'Hèbre devient, dans ce temps et les temps suivants, le théâtre d'événements considérables. C'est dans ses quartiers de Périnthe (Heraclea) que l'armée qui revenait de Perse découvrit, vers le milieu de septembre 284, que le jeune empereur M. Aurelius Numerianus, le fils cadet de Carus, avait été mis à mort par Arrius Aper, son beau-père et

i) Suidas,, s. v. et après lui 1:]udoc[a, p. 100. Hesygh. Miles., s. v. Clinton, Fast. Roman., I, p. 277, à l'an née -/BS.

2) SiTiDAs, .s. V.. EuDOC, p. 268, Clinton, op. cit., p. 277 et 295, à l'année 266.

3) Suidas, s. v. Westermann, dans Paui.y, JR. £., I, 2, p. 1358, confond cet Apsines avec l'ancien, tandis que Ellissen, loc. cit., p. 123, les distingue.

*) Eunap., Vit. Sophist., dans Vit. Porphyr, s. fin., p. 11. Clinton, I, p. 287, à l'année 261. D'après Suidas, s. v., un disciple d'Andromacho?, Siricios de Palestine, a aussi enseigné quelque temps à Athènes.

^) Nous ignorons absolument ce qui détermina en particulier la ville de Delphes à élever à l'empereur Carus dans le temple d'Apollon une inscription honorifique (peut-être aussi une slalue). Bockh, C. I. Grœc, I, n» 1714.

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préfet de la garde ^ ; c'est à Chalcédoine que Tétat-major et Tarmée proclamaient empereur, le 17 septembre 284, Gaius Aurelius Valerius Dioclelianus^ Le règne de ce nouvel empereur ouvrit pour les Grecs en général et pour les provinces grecques de l'Europe en particulier une ère nouvelle. Car c'est à partir de ce moment que le siège du gouvernement de l'empire fut systématiquement éloigné de Rome et que les Grecs eurent à chercher le gouvernement central dans des villes de l'Orient (sans excepter même les courtes périodes du iv^ siècle oii la Grèce fut assignée aux empereurs d'Occident). On sait que le nouveau réformateur de l'empire gouverna d'abord de Nicomédie, qui effaça rapidement et brillamment les dernières traces de ses malheurs du temps des Goths et resta longtemps (alternant avec Sirmium et Antioche) le principal siège du gouvernement. Dioclétien réalisa peu à peu son plan de réforme. Pour obtenir une meilleure administration, pour mieux assurer la défense des différentes parties de l'empire et pour mettre définitivement fin aux incessants et violents changements de souverains, si périlleux pour l'empire, il eut l'idée de partager territorialement une grande partie des attributions impériales entre deux Augustes et deux Césars, au-dessus desquels il se réserverait un rôle prépondérant. Le 1°^ avril 286, l'empereur nomma Auguste de I'OccIt dent le général Maximien, dont, en septembre 285, il avait déjà fait un César ; le 1^' mars 293, il institua deux de ses meilleurs généraux^, Constance Chlore (petit-neveu de Claude le Gothique) et Galère, le premier comme César de l'Occident sous la direction de Maximien, l'autre comme César de l'Orient à ses côtés^ à Nicomédie ^ La première mission

*) Cf. Bernhardt, loc. cit., p. 252 sqq., et voy. Chro.nicon Paschale, I, p. 510. (P. p. 274 g).

«) Ghromg. Pasch., loc. cit. (p. 274 d.). Bernhardt, p. 252. Clinton, I, p. 324. 326.

3) Pour être complet, il faut mentionner ici les restes de deux inscriptions honorifiques : une en latin, de MiLylène, pour Dioclétien et les deux Césars, l'autre en grec, de la Chersonese de Thrace, vol. II. p. 74, citées par Clinton d'après Muratori, IV, p. 257, 3, el VI, p. 257, 2' et p. 1994, 7. Pour l'inscription latine, voy. Mommsen, Qorpus Inscr. Latin., vol. Ill, 1 [1873], p. 84, n" 450. De plus, l'inscription thessalienne (latine) en l'honneur de Dioclétien

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