RÉFORMES DE DIOCLÉTIEN
que reçut Galère fut de garder soigneusement la ligne du Bas- Danube et de pre léger la péninsule thraco-grecque contre de nouvelles invasions des Sarmates, des Gètes et des Germains. Quoiqu'il fût forcé plus tard (en 296 et 297) de combattre longtemps les Perses, il resta néanmoins chargé de l'administration de la plus grande partie des pays qui s'étendent de Vienne jusqu'au cap Matapan.
Le but poursuivi avec un grand esprit de suite par Dioclétien dans la reconstitution de l'empire était de détruire tout ce qui restait de la République, de rendre impossible les incessantes révoltes de soldats et de généraux, et de créer dans l'État un gouvernement bureaucratique et rigoureusement absolu. Pour y atteindre, il avait travaillé énergiquement à une nouvelle organisation des provinces, laquelle, de même que la réorganisation de l'armée opérée par lui-même et par Constantin le Grand, n'est que le complément définitif d'un travail qui s'opérait lentement depuis Alexandre Sévère. En 285, on n'avait partagé l'empire qu'en deux grandes divisions administratives entre Dioclétien et Maximien : à partir de l'année 293, on créa quatre grands groupements de pays, qui, dcins la suite (avec quelques changements territoriaux) formèrent les grandes « Préfectures », mais qui, sous Dioclétien, étaient administrées par Tun des quatre princes de l'empire. Dans la grande moitié orientale de l'empire, Dioclétien se réserva l'administration directe de l'Orient, avec l'Egypte, la Libye, la province des Iles grecques (v. plus bas) et la Thrace; Galère, sous la direction supérieure de Dioclétien, reçut l'administration des provinces illyriennes, de la Macédoine, de la Grèce et de la Crète \ Mais il n'était pas question
et de tous ses collègues (Mommsen, op. cit., p. 126, n» 708; cf. n" 710). De même une inscription de Patrœ, voy. Mommsen, op. aï., vol. Ill, 1, p. 96, n« 502 et 2, p. 984.
i) Tel est le tableau du nouveau partage d'après les recherches les plus récentes: Preuss, Kaiser Diokletian, p. 88. principalement d'après Euseb*, De M. Pal., 13. AuREL. ViGT., Cœs., 39 [Valer. Diocletian.) et notamment Th. Mommsen, Das (Veroneser) Verzeichniss der Rômischen Vrovinzen, ausgesetzt um 297 n. Ch.; voy. encore E. Kuhn, ISeue Jahrb. f. PhiloL u. Pddagog., XGIII et XGIV [1866], p. 419 sqq. (von Wietersheim, tom. III, p. 59, est beaucoup moins affirmatif). A consulter, sur les nouvelles divisions de l'em-
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d'un véritable partage de V empire^ c'est-à-dire d'une division de l'empire en quatre Etats indépendants. Les princes avaient sans doute chacun dans sa division la surveillance supérieure des affaires administratives et militaires, mais les Augustes, qui contribuaient à la nomination des fonctionnaires supérieurs des provinces, conservaient sur les Césars, et Dioclétien, en sa qualité d'empereur suprême, conservait sur tous la haute main; de sorte que les Césars notamment, malgré la grande latitude qui Jeur était laissée, ne devaient pas se sentir souverains indépendants. L'empire devait toujours former une unité dont Dioclétien restait la tête et l'âme : le pouvoir législatif notamment était tout entier dans sa main.
Dioclétien ne se borna pas à diviser administrativement l'empire en quatre grands groupes de pays. Dans l'intérieur de chacun de ces groupes, il opéra (selon toute apparence jusqu'en l'année 297 ap. J.-C. *) une division tout à fait nouvelle en circonscriptions administratives et en provinces. Il fut guidé en cela par le principe « que, dans l'intérêt d'une meilleure surveillance, le nombre des provinces devait être considérablement augmenté, de façon à diminuer l'importance des trop grandes circonscriptions, et que, par contre, un certain nombre de provinces devaient être soumises à un fonctionnaire supérieur, qui devenait un intermédiaire entre l'empereur et les autorités provinciales ». C'est pour cela que l'empire fut alors divisé en douze diocèses ^ Pour ce qui est des Hellènes, dont l'histoire seule nous regarde ici, ils semblent avoir été partagés depuis lors entre plusieurs diocèses. Dans le troisième diocèse [Asiana]^ nous trouvons les provinces d'Asie (proconsulaire), capitale Ëphèse; les Iles, c'est-à-dire les Sporades avec la plupart des Cyclades, capitale Rhodes, et l'Efellespont, capitale Cyzique (tous pays qui étaient sous
pire. H. Schiller, (ieschichte tier romischen Kaiserzeit, II, p. 45 sqq. Cf. aussi les notices de l'Athénien Praxagoi-as ; seulement, dans les extraits de Pho^ius, Cod. 62, p. 20, éd. Bekiîer, la Thrace et l'Asie sont aussi attribuées à Galère (G. Muller, Fragm. Hist. Grœc. IV, p. 2. Dlndorf, loc. cit. p. 438).
*) Th. Mommsen, op. cit., pp. 493 sqq. 500. 517.
2) et. les détails dans Preuss, op. cit., p. 91 sqq., qui s'appuie sur le livre cité de Th. Mommsen (p. 49J. 493 sqq. 499. 506 sqq. 516 sqq.).
DIOCKSKS liT PROVINCES 189
radministralion immédiate de Dioclélien) ; ces trois provinces étaient habitées en majorité parles Hellènes ^ Il en était de même dans le quatrième diocèse >[Thracia) de la provinc^ d'« Europe », avec Byzance et la Chersonese ^
Le domaine particulier de Galère embrassait les diocèses V et YI, Pannomarurn et Mœsiarnm. Parmi les dix provinces de ce dernier, étaient grecques : la Macédoine, capitale Thessalonique ; la Thessalie^ capitale Larisse ; l'Achaïe, capitale Corinthe; [E pirns nova, la partie méridionale de l'ancienne lUyrie, capitale Dyrrachion), Epiriis vêtus, l'ancienne Épire proprement dite, capitale Nicopolis (c'était la fixation définitive des partages des deux derniers siècles), et la Crète, qui fut enlevée alors à son union plus que séculaire avec Cyrène '. L'administration centrale de la portion de Galère, de même que dans la suite celle de la préfecture dlllyrie, formée avec ces pays par Constantin le Grand, se trouvait alors, dans l'intérêt de la défense des frontières, à Sirmium en Pannonie, qui (excepté pendant un certain laps de temps à la fin du iv"" et
*) Preuss, p. 94. MoMMSEN, op. cit., p. 491. 506. Déjà E. Kuhn, Die stâdtische und hiirgerliche Verfassung des Rômischen Reichs, avait reconnu assez nettement (quoiqu'il ne soit réellement complété qu'aujourd'hui par Mommsen) que, d'une part, la division de plus en plus nécessaire des grandes provinces en plus petites avait été commencée déjà depuis Alexandre Sévère ; d'autre part, que les divisions rapportées ici avaient été opérées avant le règ'ne de Constantin seul; cf. dans son tome II, pour l'Asie et l'Hellespont, p. 201 sqq. 203; pour la province insulaire (qui fut sans doute appelée simplement plus tard vr.awv KuxXâSwv, cf. Theodoret., Eccl. hist., H, 8 init. Collect, concil., I, p. 671 Harduin)» voy. p. 201 sqq. 203. Ohelli, Inscr. n" 1059. Mommsen, C. I. L., Ill, 1 [1873], p. 84, n° 450. Rescrit de Dioclétien et Maximien au pra?ses insularum de l'an 294. Cod. Justin., III, 22, 5. Marquardï, Rômische Staatsverwaltung, 1-, p. 348 sqq.
-] Preuss, p. 94. Momm-en, p. 491.506. Kuhn, op. cit., II, p. 207 spq.
') Preuss, p. 94 sqq. Mommsen, p. 491.508. Sur les contrées Epirus nova et Epirus vêtus, voy. encore Kuhn {N. Jahrb. f. Philol. u. Pddagog., XCIII et XGIV: suppléments à son livre souvent cité), p. 425, comme supplément à son tome II, p. 227. La province Epirus velus embrassait aussi (aux dépens de l'ancienne étendue territoriale de l'Achaïe) toute la vallée de l'Acheloos, par conséquent l'Acarnanie, comme cela résulte des notices de Vltinerarium Antonin., p. 488 éd. Wessel, et du Synekdemos de Hierocles (p. 643, éd. Wessel; p. 392 sq., éd. Bonn.) cf. tora. il, p. 115 sqq. 303 sq. D'après Hierocles, toc. cit., parmi les îles Ioniennes, Ithaque et Corcyra restaient seules attachées à l'Épire. Pour la Crète, cf. aussi Kuhn, II,
190 LES PROCONSULS d'aSIE ET D^ACHAÏE
à la tin du V siècle) enleva la prééminence à Thessalonique en Macédoine jusqu'au temps d'Attila, roi des ^Iuns^
Cette nouvelle division de Tempire (en 101 provinces) entraîna la création d'une nombreuse hiérarchie de fonctionnaires : deux provinces essentiellement helléniques, TAsie et TAchaïe, eurent l'honneur de voir leurs gouverneurs rangés au nombre des chefs provinciaux, peu nombreux, qui furent assimilés aux proconsuls, fonctionnaires du rang le plus élevé et qui portèrent plus tard le litre de spectabiles. Ces proconsuls étaient les égaux des vicaires des diocèses et ne leur étaient pas subordonnés, pas plus qu'ils ne furent placés plus tard sous l'autorité disciplinaire des préfets ; ils relevaient directement de l'empereur ou du César^
Nous n'avons pas à exposer ici d'autres mesures célèbres de Dioclétien, comme l'introduction de tout un système de titres pour les fonctionnaires ou la création d'une étiquette de cour solennelle, imitée de l'Orient et connue sous le nom d'étiquette de la cour byzantine. Nous n'avons, du reste, presque pas de renseignements qui nous permettent d'apprécier dans quelle mesure ses autres réformes ont eu de l'action sur la Grèce en particulier ^ Mais il nous paraît très vraisemblable que, grâce à la paix prolongée dont ils jouirent, les Grecs tirèrent de grands avantages du système de gouverne-
') Preuss, p. 95, et Tafel, De Thessalon., p. 38 sqq.
2) Preuss, p, 99. MoMMSEN, Dos Edikt Diokletians de pretiis rerum venalium, p. 51. Schiller, ibid., p. 56 sqq. Plus tard (depuis Théodose P"*), le proconsul d'Asie fait encore fonction de vicaire pour les provinces de i'Hellespont et des Iles. Cependant, le proconsul d'Achaïe n'a pas été soustrait à la haute surveillance du préfet d'Illyrie.
3) N'oubli jns pourtant pas (sans parler du voy,age de Dioclétien dans toute la presqu'île des Balkans entre le 20 février et le 11 septembre 293: Momm- SEN, Zeitfolge der Verordnungen Diokletians, Abhandl. der Berlin. Akad., 1860, p. 428 sqq.) que nous trouvons pour la Grèce, dans une inscription athénienne malheureusement mutilée, une trace des efforts que fit Dioclétien pour combattre la rapacité des employés du fisc, et de la tendance de ses successeurs, les empereurs Galère et Constance Chlore, à continuer ses efforts dans ce sens. Je veux parler de l'inscription rapportée dans Bockh, C, I. Grsec, I, n<» 356, p. 427 sqq.. de l'année 305 ap. J.-C, où les nouveaux empereurs Galère et Constance Chlore revêtirent leur cinquième consulat; c'est un rescrit ou édit de Galère (aussi au nom de son co-Auguste) rendu à Sirmium et adressé à la ville d'Athènes, qui donne une décision impériale