LA PERSÉCUTION DE DIOCLÉTIEN
la réunion de tout l'empire dans la main de Constantin. Les eaux grecques et les limites extrêmes des pays grecs en Europe furent, à plus d'une reprise, le théâtre de ces guerres. Eulin, à côté de ce fléau, et souvent en connexion avec lui, la politique changeante des maîtres de Fempire à l'égard du christianisme. Malheureusement, nous ne possédons que de rares renseignements sur la part de la Grèce aux vicissitudes de cette politique religieuse.
Tout le monde sait que l'empereur Dioctétien, conformément à la logique inévitable de son travail de restauration, renonça enfin, vers la fin de son règne, à l'attitude tolérante qu'il avait si longtemps gardée en face des chrétiens. En effet, dans l'espoir de laisser après lui son nouvel édifice parfaitement ordonné et restauré au point de vue religieux, il ouvrit à Nicomédie, à partir du 23 février 303, la grande lutte d'extermination systématique contre le christianisme , qui depuis le règne de Gallien était devenue une Eglise puissante et grandiose. Il espérait que cette guerre à l'intérieur préserverait la vieille religion de l'Etat et l'empire restauré de toute altération ultérieure sous l'action de ce nouvel élément. Dévot et superstitieux adepte de l'antique religion*, il ne pouvait ni concevoir ni comprendre la grande pensée de Constantin de confisquer cette puissance nouvelle, sûre de l'avenir, au bénéfice du pouvoir central et dans l'intérêt du renouvellement et du rajeunissement de la vie politique romaine. Il ne vit là qu'un danger perpétuel pour l'édifice qu'il avait reconstruit avec tant de peine. Le tableau de cette lutte terrible du pouvoir politique romain, et, dans beaucoup de parties de l'empire, de la hideuse fureur de la populace et des bourreaux en délire contre les citoyens chrétiens de l'empire, est d'au-
^) Dioclétien présida une fois entre autres, comme Alytarque, avec un véritable enthousiasme à la célébration des jeux olympiques d'Antioche, et y parut dans le costume de Zeus ; seulement, à la place de la longue robe blanche à manches brodées d'or, il en portait une de pourpre ; voy. la jolie narration dans Vogel, Kaiser Biokletian, p. 37 sqq. et 100 sqq., d'après Malalas, XII, édit. Bonn, p. 310(0. p. 411-413. V. p. 133 6-e). Voy. aussi Bernhardt, Biokletian in seinem Vcrhaltnisse zu den Christen, p. 59 sqq. Consultation de l'oracle d'Apollon Milésien avant le commencement de la persécution: Lactant^, De mort. persecutoVif 11, Euseb,, Vit. Constantin, (éd. Heinichen), II, 50 sqq.
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tant plus en dehors de notre tâche que nos sources nous mettent moins en état de deviner seulement la part active ou passive prise par la Grèce proprement dite à cette grande tragédie historique. L'attitude des autorités provinciales, des Hellènes, des chrétiens des provinces grecques, d^abord pendant la période non sanglante, ensuite pendant les fureurs de plus en plus cruelles de la persécution à la fin du règne de Dioclétien, nous est complètement inconnue. Nous savons pourtant, par une inscription de Paros, que du temps de Dioclétien et de Maximien, même dans les îles de la mer Egée les plus fortement atteintes de christianisme, l'antique religion était encore dominante avec toutes ses modernes excroissances. Nous y voyons un sieur Marcos Aurelios Faustus, gymnasiarque et « premier citoyen » de la ville de Paros, revêtu de l'antique dignité (héréditaire sans doute) de Kabarnos, c'est-à-dire de prêtre de Démêler, et fonctionnant en même temps comme « grand-prêtre héréditaire et à vie des empereurs et des césars* ». ., .jj,,v^ :
Toutes les railleries de la satire du n^ siècle et de la polémique chrétienne du temps suivant sur la célèbre statue de Zeus Olympien de Phidias , habitée par les souris et les rats *, n'avaient pas empêché des milliers d'Hellènes d'y voir,
1) BôcKH, C. I. Gr., II, p. 346 sqq., n° 2384. Voici un détail moins essentiel pour notre sujet, mais intéressant pour l'histoire locale : la même inscription doit louer madame la gymnasiarque, l'épouse de Faustus, Aurélia Leite, à laquelle la ville de Paros dressa une statue de marbre dans le gymnase, à titre de remerciement pour des réparations que celte dame y avait faite à ses frais. Femmes grecques avec des fonctions semblables, notamment sacerdotales: cf. Rheinisches Museum, XX (1865), d'après des inscriptions (étudiées par K. Keil) du temps d'Hadrien jusqu'à Commode, p. 540- 558 ; pour Samos spécialement, dans le culte de Julia Augusta comme Héra; (une dame y tenant aussi l'emploi de « Damiurge »), ibid., XXII (1867), p. 314. De plus, E. Kuhn, Die stliclt. u. bûrgerl. Verfass., I, p, 8, avec des exemples de dames grecques, d'après Bôckh, C. I. Gr., III, n° 4266. Inscriptions du même genre pour Thasos (C. I. Gr., n^ 2162); pour Ténos (n" 2339); pour Phocée (n° 3415); pour Cyzique (no 3665); pour Syros, dans Ross, Inscr. Grœc., II, n° 109.
2) LuciAN., Somn. s. Gall., 24. Jup. Trag., 8. Arnob., VI, 16. Euseb., Vit. Constant., III, 54. Intéressante aussi pour les sanctuaires particuliers à l'ancien pays des Hellènes est la polémique dans la Prœparatio Evangelica d'Eusèbe (éd. Gaisford); ainsi, dans le tome I, p. 134 sqq., lib. II, 3 à 6, le passage emprunté à Clément d'Alexandrie contre les oracles^ mystères,