LES DÉFENSEURS
faire droit directement à certaines doléances et de ne faire parvenir à Tempereur que ce qu'ils jugeaient opportun. L'histoire documentaire de ces diètes en général ne peut pas être pom^suivie sûrement au delà de l'année 426, en tous cas, au delà de la publication du Gode Théodosien^ Leur utilité effective pour les sujets des autocrates de ce colossal empire vis-à-vis des despotiques gouverneurs, même si nous supposons avec beaucoup d'optimisme qu'il y eût de la bonne volonté à la cour, aura été à peu près celle des nouveaux magistrats municipaux que créa Valentinien I"en 364 : les « défenseurs » comme on les a appelés, qui, élus pour cinq ans, plus tard pour deux ans par les décurions et les autres citoyens parmi les personnes indépendantes et qualifiées pour cela, ne faisant pas partie du cercle des décurions, devaient défendre le commun des citoyens et la cité contre l'oppression des gouverneurs, des fonctionnaires, des notables et des percepteurs des contributions, et présenter les doléances au gouverneur, au préfet et à l'empereur lui-même ^
Si, comme nous l'avons fait remarquer plusieurs fois, l'influence qu'exerça le nouveau système administratif de Tempire sur la Grèce en particulier échappe en grande partie dans ses détails à notre connaissance, nous sommes beaucoup plus favorisés quand nous voulons étudier les effets, constatés par l'histoire de génération en génération, que produisit sur les Grecs un autre acte mémorable de Constantin. Cet acte, dont les conséquences dans l'histoire du monde sont encore sensibles aujourd'hui, c'est la fondation d'une nouvelle capitale de l'empire sur le Bosphore et la Corne d'Or.
Lorsque Constantin, voulant rompre définitivement avec le passé dix fois séculaire de Rome, eut inauguré une ère nou-
*) L'histoire de ces diètes depuis Constantin le Grand jusqu'à Théodose II est reconstituée notamment d'après le Cod. Theodos., XII, 12. De legatis e decretis legationum, par Karl Menn, Uehcr die Romischen Provinziallandtage (1852), p. .3 à 12. Voy. encore Marquardt, Romische Staatsvenoaltung , I, p. 512 sqq. Walter, op. cit. p, 568. Pour la Crète, voy. les témoignages épigraphiques sur les diètes du temps postérieur à Constantin, dans Bogkh, C. I. Gr., II, n^^ 2695-2597, p. 433-434. Voy. encore Wesseling ad Hferocl. Synecdem. (éd. Bonn.) p. 426.
*) PucHTA, p. 595 sq. Walter, p. 572. Finlay, p. 100.
voile dansFadminislration, dans la guerre, dans les rapports de l'Etat avec la religion, il résolut de créer une nouvelle capitale « sans préjugés et sans traclilions historiques », digne en tous points de cet empire renouvelé au dedans comme au dehors. Il hésita quelque temps, car il avait pensé à Sardica, à Thessaloniquc, à la région d'ilionet à Ghalcédoine' : enfm, son choix se porta sur l'emplacement oii Byzance, ville d'importance moyenne, terminait une carrière qui n'avait pas été sans gloire. C'était une idée de génie, comme autrefois la fondation d'Alexandrie en Egypte par le grand capitaine macédonien. Mais la transformation en ville universelle de l'ancienne place marchande hellénique et de la moderne forteresse des empereurs Gallien et Licinius était, vu l'incomparable situation de ce point, un des plus merveilleux de la terre % un événement infiniment plus fécond en conséquences que la fondation de la nouvelle métropole égyptienne.
Yoici les faits historiques qui nous intéressent tout d'abord à propos de cette fondation. L'empereur Constantin ne pouvait ni ne voulait se contenter pour la nouvelle capitale du modeste territoire occupé par l'ancienne ville sur la partie orientale du triangle obtus formé par la Propontide, le Bosphore et la Corne d'Or. Des agrandissements comme ceux de Nicomédie depuis Dioctétien ne lui suffisaient pas. La ville universelle devait être fondée à nouveau, c'est-à-dire étendue de la manière la plus grandiose, ce qui, étant donnée la nature du terrain, ne pouvait se faire que du côté de la Thrace. On abattit donc les puissantes murailles de circonvallation à l'ouest. La nouvelle ville devait occuper l'espace qui s'étendait de l'ancienne limite à quinze stades (quarante-cinq minutes) vers l'ouest sur une largeur rapidement naissante entre les flots de la Propontide et de la Corne d'Or. Le nouveau rempart du côté de la Thrace fut avancé jusqu'au territoire
*) Cf. ZosiM., II, 30, 2. 4. ZoNAR., Xni, 3, p. 6. Sozomen., II, 3. Theo- PHANES éd. Bonn. p. 34. Nicephor. Callist., VII, p. 48. Cedren.., p. 283 P.
2) Dans ces derniers temps, l'importance de la situation géographique de Constantinople pour l'histoire du monde a été systématiquement traitée (1874) par J. G. Kohl, Bie geographische Lage der Haupstddte Enrojms, p. 1 à 38. Cf. aussi Schiller, Gesch. d. rôm. Kaiserzeit, II, p. 223 sqq.
du moderne Ylangabostan^ (avec la douzième des quatorze régions de la ville).
Le 4 novembre 328 ap. J.-C. ' est regardé comme le jour de la fondation de la nouvelle capitale du monde. C'est en ce jour que, après l'accomplissement de diverses consécrations et actes symboliques, l'empereur en personne traça, la lance à la main, la ligne du nouveau rempart et posa la première pierre des fondations. Il s'agissait de la nouvelle muraille qui fermait la ville vers l'ouest et qui devait continuer, au nord et au sud, les anciennes murailles côtières de la vieille ville de Byzance ^ La circonférence que l'ancienne et la nouvelle ville ensemble devaient remplir avait été fixée par celte promenade symbolique de l'empereur à environ dix à onze milles romains, quatre-vingt à quatre-vingt-huit stades, à peu près seize kilomètres. Gomme la Yille Éternelle sur le Tibre, dont elle devait être sous tant de rapports l'image, le pendant et la copie, la nouvelle capitale du monde devait couvrir sept collines et être partagée] en quatorze régions ou quartiers : de ces sept collines, qu'elle couvrit en effet depuis le v" siècle, cinq appartenaient déjà au Constantinople du tv° siècle \ Cons-
*) 0, Frick, article Byzmitium dans .Pauly, Realencyklopàdie d. klass. Alterth., I, 2, p. 2620. Zosim., II, 30, 5 et 11.
2) D'après Chronicon Paschale, éd. Bonn. Vol. I. p. (517 et) 527, et Codi- Nus, Antiquit. Constant, éd. Bonn. p. 14, 18. et 17, 13, avec Hesych. Miles. fragm., lib. VI, 4 (C. Mûller, Hist. Grœc, IV, p. 147). Muller, op. cit. a calculé l'année de la fondation et démontré en même temps que la leçon correcte dans Codin., op. cit. 17, 13, est non pas le 26 septembre, mais le 4 novembre (Burckhardt, Bie Zeit Constantins d. Gr. p. 415, s'était décidé pour l'année 326; le 26 nov. 326, suivant Schiller, p. 224 ; von Wietersheim, III, p. 212, opine au contraire comme nous pour l'année 328). En général, les écrivains anciens qui parlent de la fondation de Constantinople par cet empereur, sont : Praxagoras dans Photius, Cod. 62, p. 20. éd. Bekker (G. Mûller, op. cit.^ p. 3. Dindorf, loc. cit., p. 440). Eutrop., X, 8. Zosim. 11, 30, 3 sqq. Socrat., I, 16. Sozomen., II, 3. Euseb., Vit. Constant., III, 48.
3) Philostorg., II, 9. Pour la consécration et ses cérémonies légendaires, voy. Burckhardt, p. 414 sqq. et E. von Lasaulx, Der IJntergang des Hellenismus, p. 44.
*) La sixième et la septième de ces collines (à l'O. des remparts) se couvrirent peu à peu de maisons, mais seulement après la mort de Constantin. Des cinq collines de la ville du fondateur, la première possédait le nouveau palais impérial sur le Bosphore; la seconde (en allant toujours vers l'O.), qui faisait partie de l'ancien sol de la ville, s'étendait jusqu'à l'endroit où s'éleva plus tard le Forum de Constantin ; la troisième et la plus grande partie de
tantin, qui fut peut-être de tous les empereurs celui qui se plaisait le plus aux constructions, poussa avec tant d'énergie et une ardeur si fiévreuse celle 'du rempart et d'un grand nombre d'édifices publics somptueux, que la consécration de la nouvelle capitale, qui pendant tous ces travaux avait déjà pris le nom populaire de Constantinople, put être célébrée solennellement dès le 11 mai de l'année 330'. Malheureusement, les nouveaux bâtiments, dont l'achèvement réel n'eut lieu que plusieurs années plus lard (en partie seulement sous son successeur), avaient été construits avec une telle précipitation, que l'on fut obligé, bientôt après la mort de l'empereur, de procéder à de grandes et coûteuses réparations 2. Pourtant, ce fut le 11 mai qui fut le jour de naissance officiel de la nouvelle ville ; et, conformément à une ordonnance de Constantin, à laquelle on se conforma volontiers, la population de Constantinople célébra ce jour par des solennités annuelles ^ La consécration elle-même, à laquelle présida l'empereur en personne, consista en une série de grandes solennités dans lesquelles les formes païennes, les cérémonies magiques et les rites chrétiens se trouvèrent mêlés d'une manière qui caractérise bien cette époque de transition et la position particulière que prenait Constantin entre l'hellénisme
la quatrième et de la cinquième colline étaient dans la ville neuve. Jusqu'à la construction de la nouvelle muraille de Théodose II, la ville avait atteint une longueur de 14.075 pieds (environ cinq quarts d'heure), tandis que sa plus grande largeur était de 6.150 pieds (environ une demi-heure). Fuick, p. 2620. Byzance, avant Constantin, occupait environ la sixième partie de la ville nouvelle, ou de la ville actuelle; cf. Frick, p. 2619. Sur le périmètre de la ville de Constantin, voy. Gibbon, trad. Sporschil, p. 472, et Fall- MERAYER, Gesammelte Werke, I, p. 18.
*) Chronicon Paschale, p. 529. Hesygh. Miles., VI, 4, 39-42 (Muller, op. cit.^ p. 153 sqq.). Malalas, éd. Bonn., p. 319 sqq. Philostorg., H. £., II, 19. CoDiN., loc. cit. HiERO>Yi\f., Chvonic. dans Schone, Euseb. Vol. II, p. 192. Cf. aussi Eutrop., X, 8. Oros., VIï, 28. Aurel. Vict., Cœsar., 41. Epitom., 41. Anonym. Vales., 6. init. (Wagner, loc. cit., p. 614 sq. 30). SozoMEN., II, 3. Cedren., p. 284. Zonar., loc. cit. Clinton, Fast. Roman. ^ I, p. 384 à 387.
2) Cf. ZosiM., Il, 32, 2. Themist., Orat. III, p. 47. Julian., Orat. in Constant., p. 41.
^) Chronicon Paschale, p. 529. Hesych. Miles., loc. cit. 42. (p. 154.) Malalas, loc. cit, Cedren., p. 284.