LE PROLÉTARIAT DE LA NOUVELLE CAPITALE
sins, par conséquent aussi pour la Grèce. Cette attraction, qui ne fit qu'augmenter avec le temps, à mesure que la nouvelle « ville d'or » ouvrait un plus large champ à l'ambition et à la cupidité, à mesure aussi que, dans les temps de grandes guerres avec les Barbares, tout le monde accourait pour trouver la sécurité dans ses murs. L'afflux de la population vers Conslantinople dut, dès l'origine, agir sur les pays grecs d'une manière d'autant plus funeste que le temps était passé depuis des siècles où la puissance de colonisation de la Grèce résultait d'une sorte de pléthore. Car, depuis le mouvement de recul, ou au moins d'arrêt, dans le progrès de la population après les grands ébranlements de l'empire qui commencèrent sous le règne de Philippe, les vides produits dans les provinces par le départ des paysans et des bourgeois appelés à peupler une ville bâtie pour cinq cent mille habitants ne pouvaient plus être comblés, si ce n'est par l'hospitalité donnée à des Barbares du Nord. Pour le moment, l'entrée de nombreux décurions dans le Conseil de la nouvelle capitale fut notamment ressentie d'une façon très désagréable dans les provinces ^
Ce système de peupler la ville de Constantinople avec des immigrants que l'on attirait eut encore d'autres et très graves inconvénients économiques, aussi bien pour la nouvelle ville elle-même que pour la Grèce. On croira que nous voulons faire une mauvaise plaisanterie si nous disons que Constantin poussa l'imitation de l'antique ville aux sept collines sur le Tibre jusqu'à se hâter de créer artificiellement une nombreuse populace : c'est pourtant la pure vérité. Pour parler en historien, nous dirons que, dans son impatience de voir sa ville promptement peuplée, il ne put pas éviter de
*) Sur raugmeniaLion de ia population de la nouvelle capitale, qui croissait rapidement à chaque génération, notamment depuis l'établissement à demeure de la cour d'Orient à Constantinople (cf. Himeiuus, Or., VII, 12), par l'immigration du dehors, voy. Zosim., II, 35. En général : Anonym. Vales., VI (dans Wagner, op. cit. p. 615, 30). Hieronym. Chron. dans Sghone, Euseh., vol. II, p. 192 : u Dedicatur Constantinopolis omnium paene urbium nudilate ». Ednap., Vit. Sophist., (éd. Boissonade) p, 22 sq. Cf. Sozomen., I^ 3. Sur le courant qui attirait les décurions à Constantinople, cf. encore Sievers, Das Leben des Libanios, p. 7.