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CHAPITRE IV

Les vaisseaux français accueillis à la Basse-Terre à coups de canon. — Lettre de Pelage à Delgrès. — Réception faite aux envoyés Losach et Prudhomme. — Débarquement des troupes. — Combat au Baillif. — Situation de la ville. — Visite d'un sergent noir à Mme Lacour. — Combat à la Rivière-des-Pères. — Combat dans les rues de la Basse-Terre. — Reproche de Mondésir Grippon aux troupes noires. — Conduite des négresses. — Combats simultanés dans l'intérieur de la ville et sur l'habitation Bélost. — Proclamation de Richepance portée par la femme Agathe. — Lettre de Bernier. — Réponse de Delgrès. — Nouvelle proclamation dans laquelle Richepance prend le titre de Capitaine-général. — L'agence municipale. — Lettre portée au fort par les mères, les épouses et les filles des insurgés. — Continuation des hostilités. — Le général Sériziat appelé à la Basse-Terre par terre. — Le chef de bataillon Merlen devant Dolé. — Combat au Palmiste. — Le général Sériziat aux Trois- Rivières. — Horrible mutilation des blessés de Merlen laissés dans l'église des Trois-Rivières. — Jonction au Palmiste de Sériziat et de Merlen. — Sériziat se met en communication avec Richepance. — Siège du fort. — Activité déployée. — Appel de Gobert à la population. — Combat de nuit sur l'habitation l'Espérance combiné avec une sortie du fort. — Situation de l'armée. — Perplexité du général en chef. — Détermination d'employer à combattre les rebelles les troupes noires désarmées à la Pointe-à-Pitre. — Leur belle conduite. — Projet de Delgrès de faire sauter le fort. — Le lieutenant Lamouche. — L'incendie allumé dans la ville. — Cessation des hostilités pour l'éteindre. — Evacuation du fort. — Séparation pour ne plus se revoir d'Ignace et de Delgrès.

Delgrès, dans sa proclamation, avait dit : « Nous « sommes résolus de nous tenir sur une juste défen- « sive, mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. » Lorsque les vaisseaux français parurent, ils furent accueillis par une décharge du fort et de toutes les batteries de la côte, depuis la pointe du Vieux-Fort jusqu'à la batterie des Capucins. Sans répondre à ce feu, les vaisseaux continuèrent leur route et allèrent jeter l'ancre à la rive droite de la rivière Duplessis, rivière qui

sépare la commune du Baillif de celle des Vieux-Habitants.

Dès le premier coup de canon, Richepance, qui était à bord du Redoutable, avait fait dire au général Gobert, placé sur le Fougueux, qu'il serait nécessaire d'éclairer la garnison de la Basse-Terre par une lettre de Pelage à Delgrès. Conformément à cet ordre, Pelage écrivit à son ancien frère d'armes la lettre suivante :

« Citoyen Commandant,

« Quel est mon étonnement de voir tirer sur le pavil-

« Ion national ? Ce ne peut sans doute être que l'effet

« d'un malentendu. Je vous rappelle le serment que

« nous avons fait ensemble d'être fidèles à la mère pa-

« trie, et de remettre la colonie intacte au premier en-

« voyé du Gouvernement consulaire. Je vous rappelle à

« l'honneur d'un militaire qui a servi son pays avec

« probité. Vous êtes sans doute mal instruit : vous avez

« autour de vous quelques intrigants ; éloignez-les.

« Je vous ai écrit de la Pointe-à-Pitre, pour vous

« annoncer que tout s'était passé à notre satisfaction,

« et pour vous transmettre l'ordre du général en chef

« de vous tenir prêt, avec votre troupe, pour la revue

« qu'il se proposait de passer au premier jour. Dites

c aux soldats qu'ils n'auront que lieu de se louer des

« principes de modération qui animent l'armée fran-

« çaise.

« Le général en chef promet d'oublier que vous venez

« de donner le signal de la plus coupable rébellion : il

« vous ordonne de faire cesser le feu. Une résistance de

« votre part ne ferait que donner lieu à la perte de bra-

« ves Français, qui, ainsi que se plaît à le déclarer le

« général Richepance, n'ont qu'à s'entendre pour le

« maintien du bon ordre dans la colonie. Si vous ré-

« sistez aux avis d'un ancien camarade, — avis que le

« général en chef me permet de vous transmettre, —

« vous me verrez bientôt à la tête des colonnes fran-

« çaises vous faire repentir de votre erreur.

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