‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 2)Chapitre 24 sur 36 · GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL

« Vous seulle peut être mon biens fécteur votre justice et votre « bonté étros biens connue pour que tous les i, nocent ces j'ette « à genou avos pies et atous les bravé français qui sont avec « vous, je suis mit au cachot le l'andemen de votre généreux dé- « cision à mon e'gard, sans connaître dés nouveau cause, je sui « ma lade avec les fièvre journellement je ne puis su porté ces « triste lieux, je parretrai toujours dévan un tribunal si illi avée « queque fosse dénonciation contre moi à ' la tandan général « Soulager ces malheureux qui réclame votre protection sa re « connaissance sera éternel pardonné moi général de toute ces « liberté je sui forces dans ma triste position d'avoir Re cour à « votre bons co'eur.

« Je suis avec toute latachement possible et les santiment très « respectueux.

« F. Rigaud.

« au ca chot le 14 preral F" 10. »

Richepance connaissait la conduite de Rigaud. La bassesse de cette lettre, au lieu d'exciter sa pitié, souleva son mépris. Le lendemain, Rigaud lui adressa une nouvelle lettre, remplie d'expressions tout aussi rampantes, et dans laquelle il accusait les noirs d'avoir pillé ses effets. Le général n'y tint plus ; il appela l'adjoint à l'état-major, et lui donna l'ordre que celui-ci transmit au capitaine rapporteur dans une lettre dont voici les termes :

« Basse-Terre, le 4 juin 1802.

« L'adjoint à Vétat-major général au citoyen Mahaut, « capitaine du génie, rapporteur de la commission « militaire séant à la Basse-Terre.

« D'après les ordres du général en chef, je vous pré- « viens, citoyen, de la part du général Gobert, que, de- « main 5 du courant, la commission s'assemblera, à « l'effet de juger les nommés Rigaud, Francœur, Cons- « tant et Corne, tous prévenus de crimes mentionnés « dans l'arrêté du général, en date du 2 de ce mois.

« A ces quatre prévenus doivent être ajoutés, d'après « les mêmes ordres, les nommés Doria, capitaine des « troupes de la colonie, et Roseberne, secrétaire de Del- « grès, prévenus d'être chefs de rébellion.

« Vous voudrez donc bien procéder de suite à l'inter- « rogatoire de ces individus, pour qu'ils puissent être « jugés demain.

« Je vous salue.

« Marie. »

Mondésir-Grippon, si arrogant et si fier, qui voulait tout pourfendre tant que le danger resta éloigné ; lui qui gourmandait les soldats noirs sur leur lâcheté, qui leur reprochait de ne pas savoir mourir pour la liberté, perdit toute contenance en face de la mort. Au pied de la potence, il montra une si grande frayeur que son supplice présenta quelque chose de bouffon.

D'autres condamnés, au contraire, et ceux-ci furent le plus grand nombre, obscurs durant la révolte, entendirent prononcer leur sentence avec impassibilité, et mon-

trèrent, en marchant à la mort, le stoïcisme le plus complet. Il y en eut qui, pendant le trajet fatal du tribunal à la batterie Républicaine, ne perdirent ni leur gaîté ni leur présence d'esprit. Un maquignon de profession, connu sous le nom de Mylord, rendu devant la fontaine du Cours-Nolivos, demanda et obtint la permission d'y boire. S'adressant ensuite à ses compagnons d'infortune: « On prétend qu'il ne faut jamais dire : Fontaine, je ne « boirai de ton eau. Moi, je le dis, et je gage que j'au- € rai raison contre le proverbe. Qu'en pensez-vous, Mes- « sieurs ? » Dix minutes après, son corps se balançait sur la potence.

Ce fut le 11 juin que Monnereau comparut devant la commission militaire avec quatre coaccusés, les nommés Hippolyte, Azer, André et Casimir-Avril. Sa jeunesse, son intelligence, ses avantages physiques, la franchise de ses explications et de ses aveux, son maintien pendant les débats, tout en lui avait conquis la bienveillance de ses juges. Il avait combattu dans les rangs des rebelles contre les troupes de Richepance, mais comme se bat un brave soldat, sans se rendre coupable ni d'un crime ni d'un délit. On ne pouvait donc, aux termes de l'arrêté du général en chef, le condamner à la peine capitale que si l'on parvenait à le ranger parmi les chefs de la rébellion. Pour le faire entrer dans cette catégorie, on argumentait contre lui de la proclamation de Delgrès. On lui disait : vous n'étiez pas le secrétaire du chef des rebelles ; il a signé sa proclamation, mais elle vous appartient dans le fond et dans la forme. Ayant rédigé cette pièce spontanément, vous vous êtes constitué l'un des chefs de la révolte en contribuant à l'organiser. La question ainsi posée, si l'on écartait la proclamation, Monnereau était sauvé. Le chef de brigade Depottre fit tout ce qui était possible à un juge, sans manquer à ses devoirs toujours pénibles, pour amener l'accusé à renoncer à la responsabilité d'une pièce dans laquelle était pour lui un péril si menaçant. On vous accuse, lui dit-il, d'avoir rédigé la proclamation du rebelle Delgrès. Vous êtes bien jeune pour avoir conçu un semblable document. On avait cru tout d'abord que votre rôle s'était

borné à servir de secrétaire à Delgrès, à n'être qu'un copiste. Le moment est venu de dire toute la vérité, de donner à la commission vos dernières explications.

Il était impossible d'indiquer à l'accusé plus clairement la voie dans laquelle il devait entrer. Mais soit que Monnereau crût qu'un honnête homme, même pour sauver sa vie, ne devait pas voiler la vérité, ou qu'il coûtât trop à son amour-propre d'auteur de répudier son œuvre, il persista à s'avouer l'auteur de la proclamation, à déclarer que seul il en avait conçu la pensée et la forme.

Le même jour il fut conduit à la batterie Républicaine avec ses autres coaccusés condamnés comme lui. Il était complètement vêtu de blanc. Au pied de la potence, il tira sa montre, et, la remettant au bourreau : « Tenez, « c'est tout ce que j'ai. Ne me faites pas souffrir. » Sur le haut de l'échelle, étendant sa main vers le soleil, qui allait se coucher, il dit : « Mes derniers vœux sont pour « le bonheur des Français et le pardon de mes accusa- « teurs. » Puis, se retournant du côté des spectateurs, — car il y a toujours des spectateurs à ces horribles fêtes, — il salua et se livra au bourreau.

Chaque jour, on voyait passer le convoi des victimes, qui se dirigeait vers la batterie Républicaine. Tristes et cruelles représailles qui sont comme la clôture de toute révolte et de toute révolution, et qui devraient dégoûter des révoltes et des révolutions.

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