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CHAPITRE IX

Administration anglaise.

Les Anglais maîtres de la colonie, les émigrés, les planteurs, les anciens prisonniers des montagnards apparurent tout-puissants. Les rôles étaient changés. Les proscripteurs furent proscrits, les opprimés devinrent des oppresseurs. Entre les dominateurs actuels et les dominateurs d'autrefois, il n'y avait que cette différence : c'est que ceux-ci voulaient tuer et que les autres se contentaient d'exiler, de chasser de la colonie. Les prisons furent aussitôt remplies de tous ceux qui avaient témoigné de leur amour pour la République. Là, ils attendaient que des navires vinssent les prendre pour les porter dans les îles neutres ou sur le continent américain. C'était à leur tour de fuir, afin de pouvoir choisir leur lieu d'exil. Il fallait se hâter, car des patrouilles, dans lesquelles on avait mêlé des nègres, sillonnaient les communes pour procéder aux arrestations. Chose remarquable ! Ces mêmes nègres qui, le moment auparavant, écoutaient avec une grande avidité les prédications des montagnards, faisaient à ces montagnards abattus, la chasse avec une ardeur incroyable. Entre tous, Jean, de la commune du Gosier, se faisait distinguer par son exaltation. Marchant à la tête de la patrouille, brandissant deux longs couteaux, il s'écriait : « En voici un pour « les patriotes ; l'autre c'est pour leurs bœufs. » En effet, lorsque la patrouille s'abattait sur une habitation appartenant à un patriote, la traitant en terre conquise, on égorgeait les plus belles pièces des troupeaux pour servir aux repas de la troupe. Jean échangeait alors ses fonctions d'archer contre l'office de boucher ; ce qui explique ses paroles et donne la raison des longs couteaux.

Les femmes même n'étaient pas à l'abri des arrestations. Les prisons en étaient peuplées.

Les patriotes arrêtés, l'administration s'occupait peu de leurs habitations, lesquelles, restant abandonnées» étaient dévastées, pillées par les nègres.

C'était peut-être cette partie des expéditions qui les rendait si ardents à faire découvrir la retraite des patriotes. Les autorités anglaises, intervenant à leur tour, confisquaient à leur profit toutes les denrées coloniales ayant une teinte de patriotisme, soit qu'elles fussent encore sur les habitations, soit qu'elles fussent déjà rendues dans les magasins des commissionnaires. Ces vexations amassaient des haines qui ne tarderont pas à éclater. Les représailles vont être terribles ! L'humanité sortira-t-elle un jour de cette roue qui tourne depuis Adam, amenant incessamment des opprimés et des oppresseurs ? Les faits du passé devraient être un enseignement, mais l'homme ne porte jamais ses regards en arrière : il marche, précédé de ses passions.

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