CHAPITRE IL
Les séances de rassemblée coloniale transportées à la Basse-Terre. — Etat des esprits. — Les travaux de l'assemblée. — Incendie à la Pointe-à-Pitre. — Empressement des Basseterriens à porter secours aux victimes. — Scène touchante. — Troubles à la Martinique. — Départ du gouverneur avec Dugommier et cent volontaires. — Nouveaux troubles. — Clugny et Dugommier retournent à la Martinique avec trois cents volontaires. — Troisième voyage de Dugommier à la Martinique. — Les patriotes. — Agitation dans la ville de la Basse-Terre. — Le gouverneur gardé à vue. — Les députés des paroisses. — Clugny recouvre sa liberté.
Le Petit-Bourg, aujourd'hui si déchu, était, en 1789, Tun des bourgs les plus considérables de la colonie. Néanmoins il n'était pas facile d'y loger les membres de l'assemblée coloniale et toutes les premières autorités du pays avec leur suite. Aussi, la paix faite entre la Grande- Terre et la Guadeloupe, les députés arrêtèrent d'aller tenir dans un autre lieu les séances de l'assemblée. Ils convinrent, pour ne pas éveiller les susceptibilités de l'une ou de l'autre ville, de se réunir tantôt à la Basse- Terre, tantôt à la Pointe-à-Pitre. En conséquence de cette décision, les députés, dans les premiers jours de janvier 1790, se transportère à la Basse-Terre.
Dans ce moment, la Guadeloupe, contrastant avec la Martinique et Saint-Domingue, jouissait de la plus parfaite tranquillité. Sauf les hommes qui plus tard devaient former la secte des patriotes, et dont les passions mauvaises n'osaient pas encore se produire, toute la population, sans distinction de couleur, était animée du meilleur esprit. Faisant la part de certains préjugés établis par les lois et consacrés par le temps, tout le monde était d'accord pour arriver à améliorer la situation : ceux-ci étaient disposés à accorder ce qui était juste et possible, et ceux-là ne demandaient pas autre chose.
L'assemblée coloniale, sans donc être distraite par les préoccupations du dehors, put s'occuper, dans le calme
et dans la réflexion, des institutions du pays. S' inspirant des travaux de rassemblée nationale, elle avait arrêté, dès le 31 mars, les bases d'une organisation des municipalités et des assemblées administratives. Elle n'attendait, pour mettre cette organisation à exécution, que les instructions qui avaient été demandées en France, lorsqu'arriva dans la colonie le décret du 8 mars 1790, dont l'article 1*' portait :
« Chaque colonie est autorisée à faire connaître son « vœu sur la constitution, la législation et l'administra- « tion qui conviennent à sa prospérité et au bonheur ft de ses habitants, à la charge de se conformer aux prin- « cipes généraux qui lient les colonies à la Métropole, « et qui assurent la conservation de leurs intérêts res- « pectifs. »
Et l'article 5 : « Les décrets de l'assemblée nationale « sur l'organisation des municipalités et des assemblées « administratives seront envoyés aux assemblées colo- « niales, avec pouvoir de les mettre à exécution. »
L'assemblée coloniale, n'ayant plus de motif pour différer la mise à exécution de l'arrêté organique, le fit promulguer le 28 mai. Par cet arrêté, les anciennes milices furent transformées en gardes nationales ; les villes de la Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre eurent chacune une municipalité ; un juge de paix et un comité de paroisse furent établis dans chaque quartier. Au nom près, ce comité était une municipalité.
Ces questions d'organisation politique n'empêchaient point l'assemblée coloniale de se livrer à d'autres travaux moins importants, mais qui embrassaient des mesures réclamées par les besoins et les idées du moment. Travaillant à effacer autant que possible des institutions de la colonie tout ce qui avait l'apparence d'un privilège, elle arrêta « la liberté pour toute personne de plaider « sa propre cause ou d'employer, pour le faire, indis- « tinctement tout avocat ou procureur qui avait sa con- « fiance. »
Par application de cet arrêté, le conseil supérieur, à la date du 8 mai, rendit un arrêt par lequel il était permis aux avocats et aux procureurs de plaider concur-
remment tant aux sièges des sénéchaussées qu'au conseil supérieur.
L'arrêté et l'arrêt devaient être accueillis favorablement par tous les partisans de la liberté. Ils le furent en effet, à l'exception des avocats au conseil supérieur, qui pourtant comptaient dans leur sein plusieurs démagogues. Ils députèrent en France le plus fougueux d'entre eux, Guillermin aîné, avec charge de réclamer tant contre l'arrêté de l'assemblée coloniale que contre l'arrêt du conseil supérieur. Ce même Guillermin, hostile à une liberté si innocente, parce qu'elle était contraire à ses intérêts, ira siéger à la Convention entre Robespierre et Marat !
L'assemblée coloniale, peu soucieuse des criailleries intéressées, prit, le 14 août, un arrêté sur la nouvelle forme de procéder en matière criminelle. Par cet arrêté toutes garanties étaient assurées aux accusés.
C'est pendant la cession de l'assemblée coloniale à la Basse-Terre qu'un incendie, dans la nuit du 12 au 13 février, dévora tout un quartier de la Pointe-à-Pitre. Les habitants de la Basse-Terre saisirent cette occasion pour faire oublier à ceux de la Pointe-à-Pitre leurs dissensions passées. Non-seulement ils envoyèrent aux incendiés des secours prompts et abondants, mais encore ils s'ingénièrent à rendre la manière de donner plus agréable que le don lui-même. Il y eut à ce sujet des scènes touchantes, entre autres celle que M. Turrier, député de la Pointe-à- Pitre, raconte à M. Darasse dans la lettre suivante :
« Basse-Terre, le 18 février 1790.
« Jamais, mon cher monsieur Darasse, je n'ai été ému « comme je l'ai été à la séance d'aujourd'hui. Mon cœur « a été si vivement attendri que j'en ai versé des larmes « de joie. De jeunes écoliers, au nombre de trente-huit, « se sont présentés à l'entrée de la salle de l'assemblée. « L'un d'eux portait à la main une bourse pleine d'ar- « gent, et un autre une lettre. Nous étions alors occupés à « traiter une matière très-sérieuse. L'entrée de ces aima- « blés enfants a été retardée. Enfin, à ma grande satisfac- « tion, le moment désiré est arrivé. Cette troupe de jeunes « citoyens est entrée avec un air enfantin, mais réservé « et intéressant. Les applaudissements réitérés de l'as-
« semblée et de la galerie m'ont convaincu que cette « scène mettait tous les cœurs à l'unisson. Parvenus « près du fauteuil de M. le Président, ces charmants en- « fants ont fait leur offrande et remis une lettre. « D'Eymard, l'un des secrétaires, en a fait la lecture. Elle « contient à peu près ces mots :
« Notre extrême jeunesse ne nous permet pas de nous « former une idée des sensations que fait naître dans les « hommes la perte des biens : mais nos cœurs sont affli- « gés quand nous voyons souffrir quelqu'un. Nos papas, « nos mamans plaignent toujours ceux de leurs frères « qui ont été incendiés à la Pointe-à-Pitre ; ils disent « entre eux qu'ils voudraient avoir de plus grands « moyens pour leur donner de plus grands secours. Par « ces propos, nous avons été convaincus qu'une partie « des habitants de la Pointe-à-Pitre sont malheureux. « Nous nous sommes demandés ce que nous pouvions « faire pour les consoler. Il faut, nous sommes nous dit, « que l'argent puisse les soulager, puisque nos papas « en ont donné, puisque nos aînés e^ ont donné, et que « l'un d'eux a même donné sa chaîne de montre d'or ; « et alors nous avons ramassé toutes nos économies : « elles ne sont pas, à notre grand regret, bien considéra- « blés, mais c'est tout ce que nous avons, et nous l'offrons « de bon cœur. Faites-les agréer. Messieurs, à ceux qui en « ont besoin. Nous ne demandons pas d'autre retour que « l'amitié de nos chers concitoyens. Sur toutes choses, « Messieurs, assurez bien aux jeunes enfants de la « Pointe-à-Pitre que nous sommes leurs bons amis.
« Voilà le langage des jeunes écoliers de la Basse-Terre. « Je défie que jamais les nations anciennes aient fourni « un si bel exemple
« TURRIER. »
Dans le temps même que la Basse-Terre envoyait des secours d'argent aux incendiés de la Pointe-à-Pitre, elle reçut une députation des habitants de Saint-Pierre, réclamant eux-aussi des secours, mais d'une autre nature, des soldats et des armes, pour les aider à repousser une invasion méditée contre leur ville par les militaires et
les planteurs réunis. Voici sur quels faits la ville de Saint-Pierre fondait ses craintes. Dès les premiers jours de la révolution, une divergence profonde s'était révélée entre l'opinion des habitants de Saint-Pierre et les planteurs, ceux-ci soutenant le principe d'autorité et les autres prêchant son renversement. Dans cette situation, le gouvernement fut naturellement porté pour les planteurs contre la ville. Les Pierrotins, qui avaient déjà contre eux les planteurs et le gouvernement, eurent la maladresse de s'aliéner la troupe, et, par une inconséquence de leur doctrine d'égalité et de liberté, de provoquer les hommes de couleur à la vengeance. Ils allaient donc être seuls contre toute la Martinique. Il est plaisant que ceux qui parlent tant de la liberté ne veuillent pas l'accorder aux autres. En général, les officiers des régiments en garnison aux colonies n'avaient pas embrassé avec ardeur les principes de la révolution. Un soir, au spectacle, des bourgeois de Saint-Pierre voulurent forcer deux officiers du régiment de la Martinique à prendre la cocarde tricolore. Ce fut l'oqcasion d'un trouble sérieux ; la garnison prit les armes, et le sang aurait coulé sans l'intervention de M. Thomaseau et de l'intendant Foullon, qui se jetèrent devant les baïonnettes. Les jours suivants, il y eut des duels entre les officiers et les bourgeois. La garnison prit le parti d'abandonner Saint- Pierre et de se retirer au Fort-Royal.
C'était dans cette dernière ville que se tenait l'assemblée coloniale, dans laquelle les planteurs dominaient par le nombre. Ils s'imaginèrent de punir les Pierrotins par l'endroit le plus sensible. Le seul port de Saint-Pierre était ouvert aux Américains : l'assemblée leur ouvrit également les ports du Fort-Royal, de la Trinité, du François et du Marin. Le comte de Vioménil sanctionna l'arrêté de l'assemblée. L'ouverture de ces ports était de la liberté, mais de cette liberté les Pierrotins ne voulaient point. A la date du 17 décembre 1789, ils rédigèrent contre l'arrêté une longue protestation, dont le grand argument était que l'ouverture des nouveaux ports allait favoriser le commerce interlope, au préjudice des plus chers intérêts de la Métropole. Dans la protestation,
on rappelait aussi au comte de Vioménil que, le 21 novembre, il avait juré à la face des autels d'être propice à la colonie, et de protéger principalement la ville de Saint- Pierre. C'était ici le véritable motif de la protestation : par Touverture des nouveaux ports, la ville de Saint- Pierre n'était pas principalement protégée ; le bénéfice résultant du commerce américain allait être partagé.
Les militaires et les planteurs, réunis au Fort-Royal, tenaient des propos dans lesquels se révélaient des projets que bien certainement ils n'avaient pas l'intention de mettre à exécution. Mais les Pierrotins, croyant à la réalisation de ces projets, appelaient les autres villes au secours de Saint-Pierre menacé. Le baron de Clugny et Dugommier, qui, dès cette époque, commençait à être reconnu pour le chef des patriotes de la colonie, accompagnés de cent volontaires, se rendent à la Martinique. Débarqués à Saint-Pierre le 6 mars, ils sont accueillis avec la joie la plus démonstrative. Le maire, les échevins, la milice sous les armes, avec deux pièces de canon et musique en tête, avaient été les attendre au débarquement. Clugny et Dugommier se rendirent immédiatement au Fort-Royal, et en revinrent le 11 avec un traité de réconciliation et de paix. Pendant le séjour des Quadeloupéens à Saint-Pierre, ce ne furent que réjouissances, fêtes, bals, spectacles gratis. Le 13, Clugny, Dugommier et les volontaires quittaient Saint-Pierre pour revenir à la Guadeloupe.
Clugny et Dugommier avaient à peine quitté la Martinique, que les alarmes de la ville de Saint-Pierre recommencèrent plus vives que jamais. L'intervention de la Guadeloupe en faveur des patriotes de cette ville n'avait fait qu'exalter leurs idées de résistance à l'autorité. Ils croyaient n'avoir plus de mesures à garder. Les planteurs, dont les idées étaient tout autres, dirigés par Dubuc, pensaient sérieusement à faire rentrer cette ville dans le devoir. Le gouvernement laissait faire. Beaucoup d'hommes de couleur armés, partisans des planteurs, étaient réunis au Fort-Royal.
Le 5 avril, des lettres de la municipalité de Saint- Pierre à l'assemblée coloniale et au gouverneur récla-
mèrent, dans les termes les plus pressants, une nouvelle intervention de la Guadeloupe. Le baron de Clugny se décida à retourner à la Martinique. L'assemblée coloniale désigna quatre de ses membres pour y porter des paroles de réconciliation, et Dugommier se présenta encore comme devant conduire les volontaires qui allaient partir. Monté sur un banc du Cours-Nolivos, il harangua la foule, et à sa voix trois cents jeunes gens s'offrirent pour aller délivrer les patriotes de Saint-Pierre. On partit. L'expédition trouva la ville de Saint-Pierre dans la plus grande agitation. Le bruit s'était répandu que les planteurs armaient leurs ateliers pour y faire une descente. La vérité était qu'ils avaient établi plusieurs postes pour empêcher les communications de la ville avec la campagne. C'était une manière de priver les Pierrotins de toutes les ressources de la colonie, et de les réduire par la famine. Clugny, qui s'était rendu au Fort-Royal, en revint le 15 avril sans avoir pu rien concilier. Les démarches des membres de l'assemblée coloniale n'eurent pas plus de succès. Au retour de Clugny, les volontaires de la Guadeloupe, réunis sur la place d'Esnots, voulaient marcher contre le Fort-Royal. Clugny eut toutes les peines du monde à leur faire entendre raison et à les détourner de cette expédition insensée. Pour calmer leur ardeur, Dugommier les conduisit contre les postes qui interceptaient les communications de la ville. Après l'échange de quelques coups de fusil, la colonne expéditionnaire rentra à Saint-Pierre. La ville et la campagne restèrent ensuite sur la défensive, et, de part et d'autre, l'ardeur belliqueuse s'usa. La découverte d'un complot d'esclaves, tramé simultanément dans les ateliers de la Capesterre, de la Goyave et du Petit-Bourg, ramena à la Guadeloupe, à la fin d'avril, le gouverneur, Dugommier et les jeunes gens de la Basse-Terre, qui ne furent plus appelés que les volontaires de Dugommier,
Le complot découvert à la Guadeloupe n'avait pas encore de profondes racines. Il avait pris naissance dans les idées d'égalité et de liberté qui commençaient à circuler. L'exécution de cinq des principaux chefs rétablit l'ordre et la tranquillité.
Dugommier devait faire un troisième voyage à la Martinique. Les chauds patriotes de Saint-Pierre entendaient régalité et la liberté pour les personnes comme la liberté commerciale ; ils les voulaient entières, absolues, mais pour eux seuls. Le 3 juin 1790, jour de la Fête-Dieu, on voulut faire parader à la procession le drapeau tricolore. La milice était composée de blancs et d'hommes de couleur. Pour escorter le drapeau, les blancs seuls furent convoqués. Réclamation des hommes de couleur. Leur pétition fut portée par trois de leurs capitaines blancs, les sieurs Fournier, Duffan et Richemont. Pour ne pas. accorder aux réclamants Thonneur de faire cortège au drapeau, on décide qu'il restera renfermé dans son étui,, qu'il ne sortira pas !
Pendant que la procession était dehors, quelques jeunes gens blancs se présentent devant le fort et veulent y entrer. La sentinelle, homme de couleur, s'y refuse ; c'était sa consigne. Les jeunes gens voulant forcer cette consigne, une lutte s'engage ; la sentinelle crie aux armes ! l'officier du fort accourt avec des hommes, repousse les jeunes gens et fait fermer la porte du fort. Les jeunes gens, en se retirant, appellent aux armes ! à la révolte ! chacun répète ces cris. Tout le monde court, se heurte ; la procession est bousculée ; on sonne le tocsin. Sauf les jeunes gens auteurs du tumulte, toute la population en ignore la cause. Mais on se rappelle le refus fait aux hommes de couleur d'assister à la procession, et la fatalité veut qu'on attribue le désordre à une févolte d'hommes de couleur ! On se jette sur ceux qu'on rencontre ; on se bat, on se tue dans les rues. Les trois capitaines porteurs de la pétition sont trouvés parmi les morts.
Plusieurs hommes de couleur avaient été arrêtés et emprisonnés. La municipalité, persistant à croire à une révolte de leur part, non-seulement ne voulait pas les mettre en liberté, mais encore avait créé, malgré les réclamations du gouverneur, une chambre prévôtale, à l'effet de les juger. Ainsi, sous prétexte de punir une prétendue révolte, la ville de Saint-Pierre se plaçait elle-même en révolte ouverte contre l'autorité !
Le gouverneur fut contraint de marcher contre cette cité rebelle. Elle ne se défendit pas ; occupée militairement, ses citoyens les plus turbulents, ceux qui s'étaient placés plus en avant dans la rébellion, craignant le juste châtiment des lois, abandonnèrent la Martinique et se réfugièrent à la Pointe-à-Pitre : immigration fâcheuse, qui transplantera dans cette ville les mauvais germes qui déjà avaient causé les troubles de la Martinique. D'autres citoyens compromis furent arrêtés et conduits au Fort- Royal, les uns furent enfermés à la geôle de la ville, les autres au fort Bourbon. Leur procès s'instruisait. Voilà que tout à coup la troupe, qui jusqu'alors s'était montrée si animée contre les Pierrotins, se lève pour défendre les prisonniers ; elle les entoure de sa protection et de son amour ! Quelle était donc la cause d'un changement si brusque et si complet ? Doit-on l'attribuer, comme on l'a prétendu, à de l'or répandu, ou bien l'esprit de révolte a-t-il une puissance assez attractive pour qu'il ait suffi du contact des prisonniers avec les militaires pour déterminer chez ceux-ci des pensées d'insurrection.
Quoi qu'il en soit, sur le point le plus élevé du fort Bourbon, on vit se déployer un pavillon tricolore, lequel fut salué de deux coups de canon. C'était l'étendard de la révolte de la garnison, qui venait de mettre en liberté tous les prisonniers. Peu d'instants après, une députation de cette même garnison se rend auprès du gouverneur, et lui demande, au nom de la troupe, l'élargissement des autres prisonniers détenus à la geôle. Sur le refus de ce haut fonctionnaire, le fort Bourbon tire à boulets sur la ville. Le gouverneur s'enferme dans le fort Saint-Louis. Mais voilà que la garnison de ce fort suit l'exemple de celle du fort Bourbon. Les bourgeois de la ville eux-mêmes se mettent en pleine insurrection. Le gouverneur, contraint de s'éloigner, se retire à la campagne, accompagné de la seule compagnie de grenadiers, restée fidèle. Là, il fait un appel aux planteurs, qui, suivis d'une foule d'hommes de couleur et d'esclaves armés, s'empressent d'entourer sa personne.
Saint-Pierre, en apprenant les événements du Fort-
Royal, se précipite dans le même mouvement. Les deux villes s'organisent révolutionnairement.
La guerre était donc déclarée entre les villes et la troupe, d*une part, et le gouverneur et la campagne de Tautre. Les habitants, après avoir séjourné quelques jours sur l'habitation La Trompeuse, allèrent prendre position au Gros-Morne.
Saint-Pierre fit un appel à toutes les villes des autres îles, disant qu'elle était menacée d'être envahie et saccagée par les planteurs, les mulâtres et les esclaves enrégimentés. Partout, la croyant victime, on s'empressa de lui envoyer des secours. Dugommier partit de la Basse- Terre le 6 septembre, sur un brick américain, avec ses trois cents volontaires, deux cent cinquante hommes du régiment de la Guadeloupe, et douze artilleurs.
A la Guadeloupe, on commençait à s'agiter. L'assemblée générale coloniale, convoquée à la Basse-Terre pour le 15 juin, après une courte session, s'était ajournée. La grande majorité de cette assemblée, composée de planteurs, paraissait marcher d'accord avec le gouverneur. On savait qu'à la Martinique les planteurs s'étaient ligués avec le gouverneur contre les villes, et les esprits ardents, ceux qui se disaient déjà des patriotes, s'efforçaient d'inspirer de la défiance à la population de la Basse-Terre ; ils lui disaient que, si l'on ne prenait pas garde, il arriverait à la Guadeloupe ce qui se produisait à la Martinique : une levée de boucliers de la campagne contre les villes, afin de les asservir. Les meneurs pensèrent qu'avant tout il fallait gagner la troupe ; ils la gagnèrent. Le 1" septembre, — cette date est remarquable : c'était le même jour que la garnison de la Martinique levait l'étendard de la révolte, — les soldats du régiment de la Guadeloupe, conduits par les bas officiers, quittent le fort, et viennent prêter, entre les mains de la municipalité, le serment civique. Ces soldats citoyens, comme on les appelait, furent accueillis et fêtés par les bourgeois. On se donna de part et d'autre le baiser de fraternité. Forts de l'appui de la troupe, les citoyens de la Basse-Terre, qui, depuis l'affaire de la Pointe-à-Pitre, n'avaient plus confiance dans le gouverneur, se mirent à
surveiller ses démarches. Cependant les meneurs ne restaient point inactifs : afin de provoquer l'irritation, ils faisaient parvenir à la municipalité et à d'autres citoyens de la ville des lettres anonymes sur les prétendus projets du baron de Clugny.
Le 10 septembre, quatre jours après le départ de Dugommier, un bateau, venant de la Martinique, débarque à la Basse-Terre deux passagers qui se rendent à l'hôtel du gouverneur. A la Guadeloupe, on le comprend, on était impatient d'avoir des nouvelles des faits accomplis à la Martinique. La foule, curieuse, suit les passagers. Après avoir stationné quelques instants à la porte du gouverneur, elle se détermine à envahir son hôtel ; s'y précipitant comme un ouragan, elle trouve le baron de Clugny lisant une dépêche, et exige que cette dépêche lui soit communiquée. Le gouverneur la livre. C'était une lettre du gouverneur de la Martinique, le vicomte de Damas. La foule se saisit encore d'une autre lettre dont les passagers étaient porteurs, laquelle était adressée par le chevalier du Rouil au sieur Bordier, directeur général du domaine. On conduit les passagers à la municipalité ; les lettres y sont portées en triomphe. Une grande conspiration est découverte ! A la municipalité, on donne lecture des lettres au peuple, et chacun crie à la trahison ! Que renfermaient donc ces lettres pour exciter ainsi la colère des patriotes de la Basse-Terre ? Il faut les rapporter pour que le lecteur en juge. Voici d'abord celle du vicomte de Damas :
« Au Gros-Morne, Martinique, le 6 septembre 1790.
« Je n'ai pu jusqu'à ce jour, Monsieur, faute d'occa- « sion, vous informer de la situation fâcheuse où se <( trouve cette colonie. La révolte a éclaté dans la garni- « son le 1" de ce mois. On a délivré les prisonniers de « toute espèce. J'ai donné ordre tout de suite au batail- « Ion en garnison à St-Pierre de se rendre au Fort-Royal.
« Le même jour, 1" septembre, je me suis retiré dans <( le Fort-Royal : on tirait à boulets du fort Bourbon sur « la ville. Le lendemain 2, le bataillon de Saint-Pierre « est arrivé au Fort-Royal. Il paraissait, en arrivant, « dans de bonnes dispositions. Mais bientôt l'esprit d'in-
« surrection s*est glissé dans cette troupe ; grand nom- « bre sont montés pour se joindre aux révoltés du fort « Bourbon, qui, pendant la journée, a tiré à boulets sur « le Fort-Royal. On a négocié inutilement avec les ré- « voltés. Il n'a pas été possible de les amener à aucun « terme raisonnable. Le désordre était à l'excès dans le « Fort-Royal. La compagnie des grenadiers seule est res- « tée fidèle ; mais elle a déclaré qu'elle ne pouvait pas « rester dans le Fort-Royal. Elle est sortie dans la nuit « pour aller joindre les habitants, qui s'étaient prompte- « ment réunis à la campagne. Elle occupe dans ce mo- « ment le fort de la Trinité, et nous assure la possession « de ce fort. Les habitants sont dans ce moment réunis « au Gros-Morne, qui en est à peu de distance. Dès que « les grenadiers ont eu quitté le Fort-Royal, j'en suis « sorti pour me réunir aux habitants, et aviser avec eux « aux moyens de sauver la colonie, menacée d'une ruine « totale.
« Le jour de l'insurrection, je fis une chute grave. Il « s'est formé un dépôt à la cuisse ; il a fallu l'ouvrir. « La blessure est profonde, et je serai vraisemblable- « ment longtemps retenu dans mon lit.
« On a convoqué pour jeudi prochain l'assemblée co- « loniale au Gros-Morne. On y travaillera aux moyens de « rétablir l'ordre dans la colonie. Les habitants se bor- « nent à se tenir sur la défensive, et ne sont réunis que « pour protéger leurs propriétés, bien résolus de ne rien « faire d'hostile s'ils ne sont attaqués. Ils sont en sû- « reté dans le poste où nous sommes ; on y a arboré le « drapeau national ; c'est sous cette enseigne que les « habitants de la colonie veulent se tenir toujours réunis.
« MM. de Laubenque et de Chabrol et la plupart des « officiers sont restés au Fort-Royal. Ils travaillent tant « qu'ils peuvent à empêcher que le désordre ne soit « porté au dernier excès.
« Le 4, la station a mis sous voile. On a tiré sur elle, « du Fort-Royal et du fort Bourbon, à boulets et à bom- « bes. Elle est restée à louvoyer à l'entrée de la baie : « et M. de Braye m'a mandé qu'il garderait aussi long- « temps qu'il pourrait cette position, et qu'il espérait
« pouvoir y rester jusqu'au temps à peu près où son dé- « part pour l'Europe était fixé.
« On a été obligé de distribuer aux soldats la plus « grande partie de l'argent qui était dans la caisse, « qu'ils voulaient piller. Il paraît certain que c'est à force « d'argent distribué parmi les soldats de la garnison du « fort Bourbon qu'on les a portés à méconnaître toute « autorité légitime, et qu'on les a égarés en leur don- « nant des idées fausses sur les décrets de l'assemblée, « comme si les habitants de la campagne n'étaient pas « autant la nation que les habitants des villes.
« J'ai cru devoir vous informer de ces désordres dans « un détail suffisant pour empêcher que de faux bruits « ne présentassent cet événement sous un faux jour. « Dans cet état des choses, vous voyez, Monsieur, que je « ne puis vous fournir aucune sorte de secours. Je ne « doute pas que vous ne fassiez tout ce qui sera en votre « pouvoir pour conserver votre colonie à la Métropole, <{ et la préserver des maux qui accablent celle de la Mar- « tinique. Je n'ai aucun moyen de faire connaître au « ministre l'événement qui met en si grand danger le « salut de cette colonie. Je ferai tout ce qui sera possible « pour la conserver à la France. Si vous trouvez quel- « que occasion, je vous prie d'en profiter pour informer « le ministre de notre position. Vous sentez combien les « Iles-du-Vent se trouvent exposées par cette insurrec- « tion, et combien il est urgent que la Métropole leur « envoie des secours. Mandez tout cela au ministre, si « vous en trouvez le moyen.
« J'ai l'honneur, etc. « Damas. »
Voilà toute la lettre du gouverneur de la Martinique. Celle du sieur du Rouil était ainsi conçue :
« N'ayez aucune inquiétude, Monsieur, sur Madame « du Rouil. Elle est en sûreté. Je n'ai pas le temps de « vous détailler tous nos maux ; nous espérons que « notre constance et notre accord pourront les adoucir. « Nous ne céderons du moins qu'à des forces très-supé- « rieures. Il faut espérer que l'on ouvrira enfin les yeux « pour s'opposer à toutes les horreurs que l'on veut « commettre. Au premier moment, je vous enverrai tout
« le détail. Mes respects à M. de Clugny. Je suis bien « fâché de n'avoir pas la possibilité de lui rendre les « comptes que je lui dois ; mais le Directoire colonial « m'a dit l'avoir fait,
« J'ai l'honneur, etc.
« Du RouiL.
Il fallait être véritablement patriotes pour trouver dans ces lettres la preuve des projets hostiles du gouverneur contre la Basse-Terre. Cependant, pour ces patriotes, la conspiration est évidente : ils la proclament. Ce qui complétait leur conviction, c'était cette phrase de la lettre de M. de Damas : dans un tel état de choses, vous voyez que je ne puis vous fournir aucune sorte de secours. Ils disaient : le gouverneur de la Guadeloupe n'a pu demander des secours à celui de la Martinique que pour mettre à exécution des projets liberticides. La même phrase donnait aux patriotes l'explication d'une lettre anonyme reçue par la municipalité au mois d'août. D'après cette lettre, un vaisseau et une frégate, partis de la Martinique et portant une armée expéditionnaire de trois cents mulâtres, partisans des planteurs, devaient venir mouiller à la Basse-Terre le jour de la Saint-Louis, à une heure du matin ; ces mulâtres débarqués, tous les braves patriotes auraient été arrachés au sommeil, des bras de leurs femmes, de leurs enfants, et jetés dans les fers. On avait vu passer la Saint-Louis, et les deux navires, aussi mystérieux que redoutables, étaient encore à venir. C'était égal : le secours demandé par le gouverneur ne pouvait être que les vaisseaux et les mulâtres !
Les deux passagers interrogés ne donnent aucune lumière. La foule retourne au gouvernement : elle veut avoir copie de la lettre en demande de secours à laquelle répond le vicomte de Damas. Le gouverneur proteste n'en avoir pas gardé copie, et d'ailleurs n'avoir rien écrit en dehors d'une demande d'argent. On se refuse à croire à cette protestation. La Basse-Terre est trahie, c'est évident ! Le chef de la colonie est retenu prisonnier dans son hôtel. On place à sa porte une garde avec consigne de ne pas le laisser communiquer avec les personnes du dehors !
Cet acte de rébellion accompli contre le représentant du roi, le comité colonial envoie à tous les comités dea paroisses copie : 1* de la lettre du vicomte de Damas ; 2" de celle du sieur du Rouil ; et 3" enfin la copie d'une vieille lettre du 7 juin du gouverneur de la Martinique^ sans nul rapport avec l'affaire en question, concernant la tuerie de la procession de la Fête-Dieu, lettre livrée à la publicité par le baron de Clugny lui-même, et conçue au surplus dans les termes que voici :
« C'est avec la plus vive douleur, Monsieur, que je « vous informe que des brigands, à Saint-Pierre, se sont « livrés, le 3 de ce mois, jour de la Fête-Dieu, à des « excès les plus atroces contre des gens de couleur et « trois de leurs capitaines. La colonie s'est assemblée « extraordinairement, et m'a requis d'employer la force « militaire pour faire rentrer dans le devoir cette ville, « troublée depuis long-temps par un parti de gens dont « les mauvaises intentions ont été portées à leur comble : « je vais m'en occuper, et vous prie de contenir vos ha-^ « bitants, qui pourraient être séduits, comme ils l'ont « déjà été, par la ville de Saint-Pierre.
« J'ai l'honneur, etc.
« Damas. »
Ces pièces étaient appuyées d'un mémoire, dans lequel la Basse-Terre développait les motifs de ses craintes, mais sans dire aux autres paroisses qu'elle avait recouru à la grave mesure de retenir le gouverneur prisonnier. Cependant le bruit s'en était répandu. Les comités s'assemblent en toute hâte, et décident d'envoyer à la Basse- Terre des députés pour prendre connaissance des faits. Quelques-uns, sur les pièces qui leur sont adressées, font, par avance, connaître leur opinion. Le procèsverbal du comité du Petit-Canal blâmait même en termes sévères la conduite des citoyens de la Basse-Terre ; comme la plupart de ceux qui ont signé ce blâme deviendront plus tard l'objet de la persécution des patriotes, nous pensons devoir faire connaître leurs noms et rapporter en entier le procès-verbal du comité.
« Aujourd'hui dix-huit du mois de septembre mil sept « cent quatre-vingt-dix, à neuf heures du matin, les
« paroissiens, assemblés extraordinairement sur une « lettre de convocation de M. le président du comité, « à Teffet de prendre connaissance d*un paquet adressé « par le comité général colonial à la paroisse assemblée ; « après avoir nommé M. Robert Poyen président et « M. Chabaud secrétaire, l'assemblée paroissiale a fait « Touverture dudit paquet, contenant une lettre du « comité général colonial, copie d'une lettre de M. de « Damas à M. le gouverneur de la Guadeloupe, datée du « Gros-Morne-Martinique, le 6 septembre de cette année, « copie d'une autre lettre écrite par M. du Rouil, com- « mandant d'artillerie, à M. Bordier, directeur du « domaine à la Guadeloupe, au Gros-Morne de la Marti- « nique, le 7 septembre 1790 ; et enfin copie d'une « lettre de M. de Damas à M. le gouverneur de la Gua- <i deloupe, en date du 7 juin de cette année.
« Lecture faite desdites lettres, les citoyens de cette « paroisse, aussi surpris qu'affligés de l'interprétation « maligne donnée à des expressions aussi simples que « relatives aux circonstances, déclarent ne rien voir dans « la réponse de M. de Damas qui puisse laisser les moin- « dres soupçons sur les démarches de M. de Clugny, « leur gouverneur ; qu'au contraire celle du 6 de ce « mois prouve évidemment, en lui annonçant le vide de « la caisse distribuée aux soldats, que sa demande portait « sur un secours purement pécuniaire ; que, quant à « la lettre de M. de Damas du 7 juin de cette année, « ils trouvent qu'il était au moins inutile de le rappeler « au souvenir des citoyens, d'après surtout la publicité « que M. le gouverneur lui-même lui avait donné dans « toute la colonie ; et qu'enfin la lettre de M. du Rouil, « en date du 7 du courant, justifie encore la légitimité « de cette interprétation, la seule raisonnable qu'on « puisse en induire ;
« Instruits encore, par la voix publique, qu'on s'est « permis d'enchaîner le pouvoir exécutif, sans avoir de « suite convoqué et consulté l'assemblée générale de la « colonie sur un fait qui intéresse aussi essentiellement « sa sûreté ;
« Arrêtent qu'il sera envoyé deux jdéputés au comité
« général colonial, pour lui remettre copie de la présente « délibération, s'instruire des motifs qui ont pu donner « lieu au parti violent de donner une garde au gouver- « neur, et énoncer à ce sujet les réclamations de la « paroisse.
« On a procédé de suite, par voix de scrutin, à la « nomination des députés qui doivent être porteurs de « la susdite réclamation. MM. Monneron et Délizordi ont « réuni la majorité des voix. Il a été aussi procédé à la « nomination d*un suppléant, et le révérend père Gré- « goire, curé de cette paroisse, a eu la majorité.
« Délibérant encore sur les dangers qui menacent en « ce moment la colonie, si tous les citoyens ne se conci- « lient pour y maintenir Tordre et la paix, la paroisse « assemblée déclare que, pénétrée de la nécessité de- « cette réunion, elle s'est décidée à faire part aux autres « paroisses et à tous les corps civils et militaires de cette « colonie, qu'elle croit partager son sentiment à cet « égard, du vœu qu'elle forme de se confédérer pour « maintenir la constitution décrétée par l'assemblée na- « tionale, sanctionnée par le roi, et adoptée par l'assem- « blée générale coloniale, et de réunir toutes leurs « forces contre les perturbateurs du repos public ;
« Arrête, en outre, que copie collationnée de la pré- « sente délibération sera adressée à toutes les paroisses « et aux corps civils et militaires de la colonie.
« Dans la même séance, et sans se déplacer, l'assem- « blée de la paroisse,
« Vu l'état de crise où se trouve la colonie, et le déposi- « taire du pouvoir exécutif n'étant pas libre, a cru de « sa prudence d'enjoindre à M. Marie, receveur des « deniers royaux, de ne point vider ses mains jusqu'à « ce que l'assemblée générale coloniale, qui doit repren- « dre ses séances le 15 du mois prochain, en ait autre- « ment ordonné ; et, en ce moment, l'assemblée parois- « siale a reçu la déclaration de M. Marie qu'il a entre « ses mains une somme de douze à treize mille livres, « et sa promesse de ne délivrer aucune somme sans un « ordre exprès de l'assemblée générale coloniale.
« Fait lesdits jour, mois et an que dessus, et ont les « délibérants signé sur le registre.
« CouppÉ de LiSLE. — Gaschet Dumaine. — Lemorne « Plaisance. — Courdemanche Boisnormand. — Bour- « DON. — Nadau-Dutreil. — GiRAUD. — Chérot Lasali-
« NIÊRE. LORET. BOUBERS. BrAGELOGNE.
« JouRDANs. — Girard. — Turcon. — Ledemandé. « — SoLOUL. — Brun Beaupein. — Ledoux cadet. — « DÉLizoRDi. — F. Grégoire. — Legier. — Vidau. — « Vincau. — Barille. — CouppÉ de K/oual. — Monne- « RON. — Bourdon. — Dieudonné. — Lafontaine cadet. « Roux. — Demignot. — Blanchet. — Lambert Macil- « Lio. — CouppÉ de K/madec. — Gaalon. — Creny. « — Lambert Boisjoli. — de Bordmère. — Leroy. —
« EsCUDIEN. PeLLICIER. DUPARC. DUHALDE.
« — Lange frères. — Dorgemant de Richemont. — « BuTEL DE MoNTGAY. — V. PoYEN, président. — « Chabaud, secrétaire. »
Les députés des paroisses, réunis à la Basse-Terre, furent convoqués, avec tous les citoyens, à une assemblée qui devait se tenir le 26 dans la salle du palais de justice. Ce jour, probablement sans aucune malice, des citoyens, se fondant sur Texiguïté de la salle du palais, proposent d'aller tenir la séance à la comédie : l'assemblée s'y transporte. Là, il y eut des discours pour prouver que personne n'avait eu tort, que les citoyens de la Basse- Terre avaient eu de justes sujets de craindre, mais que toutefois le gouverneur n'avait rien à se reprocher. La question de savoir si la garde du gouverneur serait maintenue ou levée fut mise aux voix. Pour ne pas perdre du temps, on ne recourut point à un scrutin : il fut convenu que les citoyens qui seraient pour la levée de la garde resteraient découverts, et que ceux qui seraient d'avis de la maintenir se couvriraient, A la seconde épreuve personne ne se couvrit. Le chef de la colonie avait été privé de sa liberté pendant dix-sept jours. Il y eut une motion pour envoyer près de lui une députation à l'effet de le prier d'oublier le passé. De telles injures ne s'oublient point.