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agir sur les autres chefs, à l'effet de les amener à déposer les armes.
Le Capitaine-général était informé des démarches de M. de Vermont. Il les approuvait, et même se montrait disposé- à accorder une récompense aux services que pouvait rendre Jacquet. Le 22 octobre, il écrivait au commandant des chas- Seurs :
« Je vous envoie, Mon Cher Commandant, deux pièces im- « portantes, et dont vous ferez usage, suivant les circons- « tances, pour amener Jacquet au point où il promet d’en e venir.
« Pour ne pas être trompé, je laisse la date en blanc. Vous « y mettrez celle qui conviendra, pour que le passe-port puisse « être utile et qu’il soit impossible d’en abuser.
« Mon intention est, si cet homme nous sert aussi fidèle- « ment qu'il vous l’a promis, de lui donner une récompense « qui le mette à même d’avoir une existence pour le reste de € Sa vie.
« Jude ne sera pas oublié. C’est le moyen le plus sûr de « détacher des scélérats ceux qui serviront fidèlement la Ré- « publique.
« Accusez-moi réception de la présente. |
« Je vous salue.
« LACROSSE
Pour suivre les faits particuliers dans leur développement, on à pu remarquer que nous devancçons les temps, eu égard aux faits généraux. Ainsi, afin de montrer ce qué c'était que la chasse aux brigands, nous avons conduit le lecteur jusqu’au 22 octobre ; mais c’est en laissant d’autres faits en arrière, en indiquant une situation qui n'existait pas encore au moment des événements que nous allons reprendre.
Ce fut:le 29 septembre que Lacrosse remplaça la commission militaire de Richepance par deux tribunaux spéciaux, dont l’un siégeait à la Basse-Terre, et l’autre à la Pointe-à-Pitre. Le
tribunal spécial de la Basse-Terre tint sa première séance le 4° octobre. IL était composé comme suit :
Delacroix, chef de bataillon, président;
Danthouars, chef de bataillon, juge;
Delignac, capitaine des grenadiers, idem ;
Frick, capitaine des grenadiers , idem;
Bouchard, capitaine d'artillerie, idem ;
Aubert, capitaine d'infanterie, 2dem ;
Sérane, notaire, idem ;
Vauchelet, notaire, idem ;
Gaterau, capitaine, remplissant les fonctions de commissaire du Gouvernement; ;
Duperron fils, secrétaire greffier.
Le tribunal spécial de la Basse-Terre, avec une activité nécessaire peut-être à l’état de transformation et de crise dans lequel on était placé, mais que la postérité trouve malheureuse, ramassa un grand nombre d'individus que la commission mili-
taire avait oubliés, femmes et hommes, et les envoya à la
batterie Républicaine.
Bien que l’on fût habitué à des spectacles du même genre, l'exécution de la mulâtresse Marthe-Rose dite Toto, concubine de Delgrès, produisit une certaine sensation. Cette femme était de Sainte-Lucie. S'enfermant au fort avec son amant, elle n’en était sortie qu'avec lui. Ne pouvant suivre la troupe dans sa marche rapide sur le Matouba, elle resta en arrière, perdit bientôt sa trace, s’égara au milieu de l’obscurité, tomba et se fractura la jambe. Au jour, transportée sur l’habitation Mirante, la maïitresse du logis, femme blanche, l’accueillit et lui procura tous les secours dont on pouvait disposer dans ces temps calami-
teux. Faute d’un chirurgien, sa jambe fut remise par des mains …
inhabiles. Lorsque l'appareil fut levé, on S’apereut que la malheureuse femme était affreusement estropiée. Elle ne pouvait se servir de sa jambe. C’est dans cet état qu’elle comparut devant le tribunal. On lui reprochait d’avoir abusé de som influence sur Delgrès pour le faire persister dans la résistance.
Ce chef avait-il besoin d’être excité? On l’accusait encore d'avoir fait des efforts pour déterminer les soldats noirs à égorger les blancs qui étaient dans les prisons du fort. On prétendait que, pour agir sur leur esprit, elle s’armait, lorsqu'elle voulait leur parler, d'un sabre et d’un pistolet. Condamnée à mort, il fallut la porter sur un brancard au lieu du supplice. Elle ne fit apparaître aucune faiblesse. Ayant la corde au cou, du haut de la potence, elle dit au peuple : « Des . « hommes, après avoir tué leur roi, ont quitté leur pays pour « venir dans le nôtre porter le trouble et la confusion : que « Dieu lès juge! »
Le tribunal spécial de la Pointe-à-Pitre tenait ses séances dans le salon du commandant de place. II était ainsi composé :
Pillet, chef de bataillon, commandant la place de la Pointeà-Pitre et l'arrondissement de la Grande-Terre, président;
Monnereaud, capitaine de la 15° demi-brigade, juge;
Alexandre Maïtre, capitaine d'artillerie, idem ;
Gibert, capitaine de la 4° compagnie de la garde nationale, idem ;
Cazy, lieutenant de la 15° demi-brigade, idem ;
Ducellier, lieutenant de la 7°, idem ;
Coupy, propriétaire, idem ;
Lehericy, propriétaire, idem ;
Descombes, lieutenant de la 4° compagnie de la garde nationale, commissaire du Gouvernement :
Gravier, secrétaire-greffier.
Ce tribunal ne déploya pas moins d'activité que celui de la Basse-Terre. Rouges, noirs, blancs, tout passait devant lui avec une célérité prodigieuse. Pour provoquer sa sévérité, il suffisait d’un fait de négligence ou d’inattention, sans intention coupable. Nicolas Mondé était un Européen, natif de Langres, département de la Haute-Marne. 11 faisait partie du très-petit nombre d'officiers blancs qui n’avaient pas quitté la colonie après les événements du 21 octobre. Capitaine d’artillerie, à ce
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titre, il avait dans sa maison des balles, de la poudre et des armes. Deux femmes de couleur, ses voisines, la demoiselle Palmyre et la dame veuve Songy, avaient l'habitude d'aller le visiter. Durant les troubles, Mondé, qui n'avait aucune raison pour se méfier de ces deux femmes, continua à les recevoir
comme, par le passé; il ne crut pas même devoir recourir à
une précaution à laquelle il n'avait jamais songé, celle de tenir constamment fermée la pièce dans laquelle étaient placées les armes etles munitions. La demoiselle Palmyre et la dame Songy étaient entrées dans cette pièce, comme elles entraient familièrement dans toutes les autres pièces de l'appartement de l’officier. Elles n'avaient touché ni aux balles, ni à la poudre, ni aux armes; mais ces choses avaient été en quelque sorte à leur disposition, et elles auraient pu en prendre pour faire passer aux rebelles. Le 12 octobre 1802, Nicolas Mondé, en réparation de son imprudence, fut condamné au bannissement à per-
pétuité de la colonie, et à mort s’il y rentrait. Il fut déclaré, en outre, incapable d'occuper aucun emploi civil ou militaire .
dans toute l'étendue du territoire de la République.
. Les hommes de couleur et les noirs, dans leurs propos comme dans leurs actes, montraient contre les militaires et contre les hommes qui étaient à la tête de l'Administration, une haine implacable. On vit des femmes sortir furtivement des bois et oser se rendre dans la ville pour solliciter un emploi dans les
hôpitaux, dans le dessein d’empoisonner les malades. Le tribu- :
nal spécial avait fait justice de ces tentatives criminelles; mais elles indiquent à quel degré étaient montées l’exaspération et la haine. Les forces des rebelles grossissaient. Ils ne craignaient plus de descendre des montagnes et de se montrer dans les plaines. Ainsi que nous l'avons dit, il avait fallu marcher contre eux à la Baie-Mahault et sous Fleur-d'Épée. Tout à coup on
apprit à la Basse-Terre qu'un soulèvement avait eu lieu dans la
eommune de Sainte-Anne.