‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 108 sur 123 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La révolte de Sainte-Anne.

L'ordre de choses existant à la Guadeloupe avait été violemment renversé, les institutions anciennes substituées aux institutions nouvelles, l'esclavage à la liberté. A tous ces noirs, composant la force armée, encore fiers de leurs victoires sur les Anglais, habitués à dominer, comme toutes troupes peu disciplinées, à traiter en vaincus les anciens propriétaires, on avait fait déposer le fusil et prendre la houe. Ce brusque changement de situation , déjà cruel par lui-même, empruntait encore aux circonstances un caractère plus insupportable. A part de nobles, de touchantes, de généreuses exceptions, devenus libres dans la tourmente révolutionnaire, plus encore, un instant les dominateurs et les maîtres, les noirs avaient gardé la mémoire du passé et usé de représailles à l'égard de leurs anciens maîtres, alors proscrits. Il y avait peu de propriétaires qui n’eussent été en butte aux outrages et aux vexations de ceux-là qui avaient été leurs esclaves. Quelques-uns, sur. leur dénonciation ou leur témoignage, étaient montés à l’'échafaud. Mais les femmes, les fils ou d’autres parents restaient; et c’est à ces-maitres qu’on avait livré ces esclaves ! On n'avait pas frémi en songeant que les rapports du maitre à l’esclave allaient se revêtir, pour les rendre plus rigoureux, de la souvenance des injures.

Le danger toutelois ne venait pas des noirs seuls. 11 y avait encore les hommes de couleur. A leur arrivée, les Français les avaient trouvés en possession, dans l’armée surtout, de presque toutes les positions élevées. Sans distinguer le bon grain de l’i-

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