ARRÉTENT
« ARTICLE 1°. Tout commandant militaire dissipera, par la
« force, tout rassemblement de citoyens et autres à qui la
« sommation de se séparer serait faite, et qui n’obéiraient pas « sur-le-champ. |
« Arr. 2. Ceux des citoyens et autres individus qui, après
« cette sommation, seraient arrêtés dans le rassemblement,
« seront traduits au tribunal spécial, pour être poursuivis et
« jugés suivant la rigueur des lois.
ART. 5. Les six premiers et six derniers signataires d’une « pétition collective, qui serait présentée, seront également « arrêtés, traduits et jugés par le même tribunal. »
Ce fut Mirabeau qui dit : « Trop souvent on ntoppose que « les baïonnettes aux convulsions de l’oppression ou de la « misère. Mais les baïonnettes ne rétablissent jamais que la « paix de la terreur et le silence du despotisme.... » Mais si Mirabeau avait dit cela au moment où se signait la pétition, il eût été conduit en prison avec les pétitionnaires.
Cependant les terribles tribunaux spéciaux dont on se servait comme une menace et qui canne l’'épouvante, allaient cesser leurs fonctions, faute de gens à tuer ou à condamner aux galères. Déjà ceux de la Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre avaient été absorbés par celui de Sainte-Anne. Ce dernier tribunal, resté seul debout, avait clos sa session de la Pointeà-Pitre le 13 novembre 1802. Passant à la Basse-Terre, il rouyrit ses séances le 29 du même mois et continua de siéger jusqu'au 51 janvier 1803. Ce jour, il apprit que ses travaux
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étaient arrivés à leur terme par la lettre suivante, écrite à son président par le Capitaine-général :
« L' organisation des tribunaux, CABre DEA enE, concou- « rant aujourd'hui avec le degré d'ordre et de tranquillité « auquel la colonie est parvenue, pour rendre à la justice son « cours et ses formes ordinaires, j'ai à vous annoncer que le « tribunal spécial dont vous êtes le président est arrivé au
« terme de sa session.
« Dans la tâche aussi pénible qu'honorable que vous avez eue « à remplir, il était difficile de concilier les vues du Gouver- « nement avec l'intérêt particulier ; mais vous avez su, par la « sagesse et l’équité de vos jugements, vous mériter la satis- « faction du Gouvernement et vous rendre digne de l'estime « publique.
« En mon particulier, je reconnais que le tribunal, dans « les circonstances critiques où s’est trouvée la Guadeloupe, a « béaucoup contribué à l’état de sécurité dont elle jouit au- « Jourd'hui. Je me fais un devoir de lui en renouveler ma « reconnaissance el ma satisfaction.
« Comptez, Citoyen Président, ainsi que les membres du *« tribunal, sur les sentiments d'estime et d’attachement que « je vous ai voués.
« LACROSSE
Les tribunaux spéciaux eurent une existence de quatre mois. Durant ce temps, celui de Sainte-Anne, indépendamment des jugements rendus à l’occasion de l'affaire pour laquelle il fut institué, prononca soixante-douze condamnations à mort et soixante-deux aux galères. Parmi les décisions des tribunaux spéciaux, on en trouve de bizarres. Nous en rapporterons deux de celui de la Basse-Terre. La première a été rendue le 9 octobre 1802, contre une femme appelée Désirée. Elle est ainsi conçue : |
« Considérant que la nommée Désirée est prévenue d’avoir gardé chez elle un pistolet et des cartouches qu’elle a déclarés
Napre
« appartenir à un nommé Michel, absent et présumé ètre
« encore avec les rebelles; qu’elle n’a point obéi à la procla-
« mation qui ordonne la remise des armes; et enfin, qu'il est
« prouvé qu'elle est depuis longtemps en démence, condamne
« ladite Désirée à la détention jusqu'à la fin de la guerre des « bois. »
L'autre décision a été prononcée le surlendemain, 41 octobre, dans les termes que voici :
« Considérant que Marie-Madeleine, veuve René, est con- « vaineue d’avoir de tout temps recelé chez elle des diva- « guants, et, de son aveu, avoir recu et traité un nommé « Jean-Baptiste, noir, rebelle sortant des bois, la condamne « à Ja peine des fers à perpétuité. Et attendu que la maison de « ladite Marie-Madeleine, située entre l'habitation Ducharmoy « etle Parc, vu sa position dans un fond, a toujours été le « repaire des rebelles et des divaguants et qu'elle pourrait leur « servir encore, ordonne qu’elle sera rasée; charge particu- « lièrement le commissaire du Gouvernement auprès du tri- « bunal de hâter l'exécution de cette partie du jugement. »
On se rappelle que Richepance, après avoir arrêté que les révoltés pris les armes à la main seraient condamnés aux galères , avait ordonné de les envoyer aux Saintes sans jugement, et que Lacrosse avait étendu cette mesure aux esclaves qui avaient servi dans l’armée de la Guadeloupe depuis l’arrivée de Victor Hugues. Rien n’avait été préparé pour recevoir une si grande masse d'individus, ni logements, ni dépôts de vivres. Tous ces hommes, au nombre de plus de trois mille, étaient entassés sur l’ilot de la Terre-de-Haut, sans abri,-et ne recevaient qu'une ration très-insuffisante. Leur situation misérable ne se peut décrire. On les entendait pousser des cris affreux. Ils se révoltèrent plusieurs fois. Les garder indéfiniment aux Saintes n’était pas possible. On les envoya vendre dans les colonies espagnoles de la Côte-Ferme et dans les îles du golfe du Mexique. Il y eut des gouverneurs qui refusèrent de les re-
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. cevoir, datis la crainte qu'ils ne fissent passer chez les autres esclaves l'esprit de sédition qui les avait animés à la Guadeloupe. Ceux de ces malheureux qu'on ne put vendre absolument furent déposés sur les côtes inhabitées de l'Amérique du Sud. Voici le nom des navires qui furent plus spécialement affectés à celle déportation : le Sully, capitaine Blany ; la Charmante, capitaine Bride; la goëlettc l’Harmonie, capitaine Rufz; la goëlette Mimi, capitaine Lubré; la goëlette /a Camarine, capitaine Mazurin; la flûte le Rhinocéros, la frégate l’Incorruptible, et enfin une goëlette appartenant au commandant Delacroix, capitaine Féret.
Après la rupture de la paix d'Amiens, on croyait à la Guadeloupe que les Anglais avaient arrêté d’enrégimenter tous ces noirs autrefois soldats ct de s’en servir pour faire la conquête de la colonie. Le 26 août 4805, le général Ernouf écrivait à M. de Vermont, commandant général des milices :
« …….. L'adjudant général Ducomet, notre envoyé à Saint- « homas, me mande, comme une chose très-certaine, que « les Anglais ont formé à la Trinité un corps de trois mille « noirs dont la majeure partie est composée des hommes « vendus par Lacrosse, Ménard et Narcisse, de déportés ou « autres brigands; il y en a même de Saint-Domingue; qu’ils « doivent attaquer nos colonies avec ces hommes et faire sou- « lever les ateliers par leurs émissaires, D’après eette étrange « façon de faire la guerre, ils doivent peu compter sur leurs « colonies des Antilles, et ils n’y tiennent que parce que nous « y sommes. Une fois chassés, l'incendie se communiquera « chez eux; mais ils s'en moquent, parce qu’ils ont les Indes. « Ils font tout leur possible pour empècher notre marine de « renaitre, et certes il y réussiront s'ils nous privent de nos « colonies; et tous les moyens leur sont bons pour parvenir « à ce but. J'espère qu’aidés par les braves habitants de la « Guadeloupe, nous rendrons leurs efforts inutiles. »
On le voit, ce n’est pas seulement dans ces derniers temps