‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 14 sur 123 · IE · texte numérisé non relu

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parvenu, par un biais, à procurer aux officiers de tout grade et de toute arme un supplément de solde. Ce biais consistait dans l'autorisation qu'il leur avait accordée de se porter adjudicataires des biens nationaux. A l'aide de certaines précautions, l’adjudication étant faite à bon compte, les militaires cédaient leur marché et réalisaient un bénéfice immédiat. Le corps . d'artillerie, par l'intermédiaire de Gaterau , capitaine quartiermaître, son fondé de pouvoirs, s'était ainsi rendu adjudicataire de deux sucreries et de deux caféyères.

Ces tripotages étaient communs sous le gouvernement corrompu du Directoire. En France, certains pillards, dits fournisseurs de l’armée, passaient à des états-majors, afin d'acquérir leur protection, jusqu’à quarante pour cent sur leurs bénéfices. Le Directoire lui-même donnait l'exemple de cette dilapidation des deniers publics. Personne n’ignorait qu’un de ses membres entrait pour moitié dans les profits des fournisseurs. On savait de plus que le Directoire grappillait sur le trésor de l'État, par des arrangements faits en famille. Exemple : chaque année, le corps législatif allouait au Directoire des frais de mobilier qu’on avait le soin d’enfler le plus possible; on n’en dépensait qu'une partie, et le surplus était partagé entre les cinq Direc-

teurs. Autre chose : un républicain ayant été directeur ne pouvait

plus aller à pied; on laissait donc le directeur sortant partir dans une voiture de l'État, traînée par des chevaux de l'État. Il était convenu qu'il oublierait de renvoyer et chevaux et voiture. Ce mème directeur, pour se consoler de ne plus gouverner la France de ia manière que chacun sait, recevait, en cachette, la somme ronde de cent mille francs.

A chaque degré de l’échelle sociale, les TARN En en jetant les yeux vers l'échelon supérieur, apercevaient des

exemples de ces honteux trafics des deniers de la Répu- «

blique, et le plus grand nombre les suivaient. C'était comme un pillage dans lequel chacun prenait ce qu’il pouvait attraper. Cependant, parmi les fonctionnaires de tous les ordres, on n’était pas sans en rencontrer dont la probité et le désintéres-

sement faisaient encore plus ressortir l’avidité des autres. Pour “

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ne pas sortir des faits coloniaux, celui-ci, entre plusieurs, est aractéristique.

Le général Freytag, alors capitaine, avait rendu des services à la colonie de Cayenne. L'agent Jeannet, voulant l'en faire récompenser, le chargea d’une mission de confiance auprès du Directoire. Il s'agissait, avec des dépèches, de remettre aux Directeurs, en mains propres, deux coffrets renfermant des pierreries d’une valeur de cinq millions cinq cent mille francs. Sur la fin du voyage, étant près des côtes, le capitaine du navire joua envers son passager, mais avec moins de succès, Le rôle du serpent à l'égard de nôtre mère Eve. Votre fortune et la mienne sont entre vos mains, dit-il à Freytag. — Comment? — Ne voyez-vous pas ce navire qui est là-bas? — Eh bien! — II est anglais. — Après? — Rien ne serait plus facile que de nous faire amariner par lui. — Merci d’une fortune qui nous conduirait prisonniers en Angleterre. — Vous ne comprenez pas. Pris par les Anglais, nous n’abordons pas la France, et votre mission devient impossible. Alors, au lieu de remettre les coffrets, nous les gardons, et avec cinq millions et demi, en Angleterre, en France, partout, on se console de ce que peut penser de soi un gouvernement ingrat, livré à l'intrigue et à la fourberie. — C’était tentant; mais le devoir d’abord, puis l’éclat de sa mission, qui, en le mettant en évidence, assurait son avancement dans la carrière militaire, l’emportèrent dans l'esprit du jeune officier sur le bonheur promis par le capitaine en pays étranger.

Après mille dangers, Freytag arrive à Rochefort. Avant d'entrer dans le port, le capitaine lui avait dit un dernier mot. « Vous vous repentirez de n'avoir pas écouté ma proposition. » Le navire mouillé, on se rend à bord, et dépèches et coffrets sont saisis. L’envoyé de Jeannet. veut ravoir les coffrets et demande en même temps les moyens les plus sûrs et les plus prompts de se rendre à Paris. L’amiral commandant le port lui répond : « Mon cher capitaine, votre mission se termine ici; .« j'ai les ordres les plus formels de ne laisser approcher de « Paris aucun officier venant des colonies, sous quelque prétexte “« que ce puisse être. »

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