partie des navires de son expédition. Là, il fit rencontre avecle
célèbre et si intrépide voyageur Alexandre de Humboldt, qui Jui remit une lettre et quelques curiosités pour faire passer au savant Fourcroy. Parmi les objets destinés au musée de Paris se trouvait une tabatière à l'usage des Otomaques, nation
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qui se nourrissait de terre, avec la simple préparation de la brûler légèrement et de l'humecter. Cette tabatière, qu’on aurait prise d'abord pour une énorme pipe, était une espèce de plat dans lequel on mettait du fruit pourri et rapé d’un mimosa, mélé de sel et de chaux vive. L'Otomaque, pour respirer ce tabac stimulant, s’armait d’un tube dont l’un des côtés avait deux bouts ; il placait les deux bouts du tube dans ses narines et l'autre côté dans le plat.
M. de Humboldt était fort satisfait de son voyage. Il disait à Kourcroy : « ... Quelle jouissance, mon digne ami, de vivre « au milieu des richesses d’une nature aussi majestueuse ef « imposante ! Le voilà donc enfin rempli le plus cher et le plus « ardent de mes désirs! Au milieu des bois épais de la Rivière- « Noire, entouré de tigres et de crocodiles féroces, le corps « meurtri par la piqüre des formidables mosquites et fourmis, « n'ayant eu trois mois d'autres aliments que de Feau, des « bananes, du poisson et du manioc; parmi les indiens Oto- « maques qui mangent de la terre, ou sur les bords du Casi- « quiare (sous l'équateur), où, en cent lieues de chemin, on ne « voit aucune âme humaine; dans toutes ces positions embar- « rassantes, je ne me suis pas repenti de mes projels.... »
Sur les quatorze corsaires qui formaient la ‘flottille de Bresseau , neuf seulement revinrent à la DRE les autres furent capturés par les Anglais.
Le publie de la colonie assigna à l'entreprise des agents une tout autre cause que celle d'empêcher que l'ile de Curaçao ne se livrât aux Anglais. Il s’obstina à supposer que les motifs avoués de l'expédition masquaient un acte de piraterie. Le citoyen Dosse la chanta en très-mauvais vers. Et pourtant cette pièce eut un succès prodigieux : preuve certaine qu'elle était l'expression des sentiments de la généralité de la population. Après cinquante ans, nous avons entendu des vieillards nous la réciter, de mémoire, d’un bout à l’autre. C’est une espèce de complainte dont voici le début :
« Venez jouir de la relation « De la fameuse expédition
CROEUL
« Faite par les agents consulaires.
« Jeannet-Cognac, Valet-Bresseau « Sont arrivés à Curacao. »
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De tous les points de la colonie on poussait contre l'administration des agents un immense cri de réprobation. La pensée du peuple ne se révèle jamais mieux que dans la correspondance intime des particuliers. Là, dans les épanchements de l'ami à son ami, du père à son fils, du fils à sa mère, on n’a pas d'intérêt à voiler la vérité : mise à nu, elle apparaît tout entière, belle ou hideuse. Eh bien! toutes les lettres de ce genre que nous avons consultées, et le nombre en est grand, disent la même chose : c'est partout la même malédiction prononcée contre la manière de faire des agents. En voici une, en date du 9 octobre 1800, écrite de la Basse-Terre par le sieur Mare Solier à sa mère, domiciliée à Marseille. |
La Guadeloupe est bien malheureuse à présent. Notre po- « sition n'a jamais été si triste. Le Gouvernement nous vexe. « Tous nos bâtiments sont constamment mis en réquisition « pour la communication des îles voisines, l'échange des pri- « sonniers, le transport des troupes, provisions, bois, etc. « L'expédition aussi sotte que méchante contre Curaçao nous « a privés et nous prive encore depuis près de deux mois de « dix bâtiments. Tout est à la charge des particuliers. La ville «incendiée, comme vous l'avez laissée, n’a été rebâtie que par « les avances que le peu de négociants qui sont ici ont faites « aux propriétaires des terrains. Malgré cette pauvreté, les « agents et le département ont imposé, pour l'an vin, les « propriétaires , et les locataires des biens de la nation à «42 p. 0/0, et les sept huitièmes, par l'ignorance des mu- « nicipalités, sont imposés à 20 p. 0/0, ayant DOrIéAl les re- « venus bien au delà de ce qu’ils sont.
« L'ordre dans les campagnes a bien changé. Les Re « EE à la Guadeloupe, sont imposées à 10 p. 0/0 pour « Ja République, et celles conduites aux îles neutres ou ailleurs,
« à 25 p. 0/0. Les denrées, embarquées sur les bätiments « neutres, sont soumises à des droits, savoir : la livre de « café, quatre sous six deniers; le coton, les.cent livres, qua- « rante livres; le sucre, la barrique, quarante livres. Et malgré « cela le Gouvernement est obéré! Enfin, ma chère mère, nos « chefs ne nous rendent pas heureux, bien s’en faut; et, si « nous n'avons pas un changement, plaignez-nous. »
Et lorsque le sieur Marc Solier écrivait cette lettre, il n’avait pas encore à se plaindre personnellement d’un acte qui, chez un particulier, serait l'indice d’une insigne mauvaise foi, et qui, chez un administrateur, ne peut être qualifié. Le Premier Consul négociait un arrangement avec le gouvernement des États-Unis d'Amérique. Le commerce, qui le savait et qui s’attendait à la conclusion d’une paix prochaine, se mit à spéculer sur les denrées coloniales, lesquelles étaient tombées dans ün grand discrédit. Aussi bien que le commerce, les agents devaient être informés de la négociation poursuivie à Paris par le gouvernement de la France et celui des États-Unis. Le 28 décembre 1800, Jeannet vend à Marc Solier et Crémony deux cent cinquante barriques de sucre, à raison de 16 francs 20 centimes les cinquante kilogrammes, sous la condition que le tiers du montant de cette vente sera payé avant livraison de la marchandise. Cette somme est immédiatement versée au trésor. Mais voilà que trois jours après, le 51 décembre, arrive dans la colonie le traité de paix , conclu à Paris le 50 septembre. Cette paix fut proclamée avec pompe le lendemain 1% janvier : le’ commissaire du Gouvernement, dans les deux villes de la Pointe-à-Pitre et de la Basse-Terre, accompagné d’un détachement de la force armée, se rendit sur la place publique et fit lecture du traité au peuple, au bruit de salves d'artillerie. Le prix des sucres s’en ressentit à l'instant même, et les agents refusèrent de livrer ceux que l’un d'eux avait vendus! Ils les firent mettre en adjudication. su TE
Baco, malade, mourut le 50 décembre 1800, sur une habitation de la Baie-Mahault, où il avait été en changement d'air. Jeannet et Bresseau déclarèrent qu'ils ne remplaceraient point