‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 42 sur 123 · XIE · texte numérisé non relu

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É2010) APNENCRRS k leur collègue décédé : qu'à eux denx ils sauraient conserver la colonie libre et tranquille. | (

Par leur arrêté du 45 avril, les agents avaient considérablement simplifié la machine gouvernementale qu'ils avaient essayé de monter à la Guadeloupe : un nouvel arrêté du 49 janvier 1801 supprima encore plusieurs rouages. Il n’y eut plus de juges correctionnels. Leurs fonctions, en ce qui concernait l'application des peines contre la divagation, passèrent aux commissaires du Gouvernement près les agences municipales.

Ces commissaires, choisis parmi les planteurs ou les industriels, non salariés, cumulant avec les fonctions publiques le négoce ou les travaux des champs, manquaient pour la plupart . des connaissances nécessaires à l'exercice du terrible droit de juger. C'était à ces commerçants et à ces planteurs, fonctionnaires-par circonstance, qu'avait été confiée la mission, étant tout à. la fois ministère public et juge, de prononcer sante: un citoyen, sans appel, jusqu'à cinq années de fers !

Le nombre des juges du tribunal civil fut réduit à cinq. Les membres conservés étaient Darboussier fils, Baudrais, Buffardin , Guitton et Caussade.

Le citoyen Deshayes fut Seul retenu pour représenter l gdri:

nistration centrale et pour en faire les fonctions.

L'administration des domaines fut également confiée à ‘un seul administrateur, le citoyen Couturier. |

.. Les agents, en faisant leur nouveau règlement, n 'avaient pas : fait attention que le tribunal civil, de même que le tribunal. criminel, se trouverait, la plupart du, temps, par-suite. de maladies ou autres empêchements, dans l'impossibilité de fonetionner, puisque les membres de chacun de ces tribunaux . étaient réduits à cinq, nombre exigé pour la compétence, aux termes de l'arrêté du 45 avril. Huit jours après, ils durent prendre un nouvel arrêté, qui fixa la compétence des tribunaux

tant civil que criminel à trois juges, suppléants ou rempla-

EEE Sous l'administration. des, agents, les fonctionnaires marchant dans la:voie tracée par Desfourneaux, les travaux des «

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champs se soutinrent. Les produits du sol compensaient, en partie, les sources taries de la richesse, découlant pour la colonie de l'immense commerce auquel elle s'était élevée au temps où florissaient ses corsaires. Mais l’agriculture était Ja seule chose dont la Guadeloupe püt alors se glorifier : elle était, pour tout le reste, dans une décadence complète. Despotes par soubresauts, les agents ne savaient pas prendre l’une de ces déterminations vigoureuses , laquelle, après avoir remis chacun à sa place, continue à l'y maintenir. Avec eux disparut le prestige de l'autorité. Le désordre fut aussi bien moral.que matériel. Les. villes fourmillaient de tous les mauvais sujets des autres iles. Parmi eux, on comptait un nombre assez considérable de citoyens de Saint-Domingue, dont quelques-uns se vantaient de la part active qu'ils avaient prise dans les déplorables événements de cette colonie. Tous cés gens avaient apporté à la Guadeloupe leur esprit de turbulence et d'indiscipline. On se battait. à coups de pistolet dans les rues. La police était impuissante pour réprimer de semblables écarts, ou plutôt il n'y avait pas de police. Avant l’arrivée des agents, les dépenses communales se payaient sur les fonds généraux de la colonie: eux venus, les communes furent abandonnées à elles-mêmes. Aucun système: d'impôts n’ayant. encore été créé pour fonder les revenus communaux, il en résultait que les communes: manquaient de ressources. Les villes avaient été autorisées à percevoir 40 p. 0/0 sur les loyers des maisons; mais ce revenu étaitinsuffisant, d'autant plus que la majeure partie des maisons : étaient, sous le séquesire, et que les agents avaient défendu d’asseoir aucun impôt sur les biens. confisqués ou séquestrés. On manquait done de fonds pour payer une police. ,

La discipline de Ja force armée, n'étant plus contenue. par une volonté forte et énergique, avait cessé d’être observée: on voyait des. grenadiers abandonner leur drapeau pour aller exercer le métier de boucher.ou d’autres professions. La force publique, loin d'offrir des gages de sécurité, était devenue un danger. Bernier, commissaire du Gouvernement: près l’agence municipale de la Basse-Terre, écrivait, à la date du 6 décem-

bre 1800, au chef de bataillon Pautrizel, commandant de l'arrondissement : re

« Tous les jours des militaires se présentent à la municipa- « lité pour réclamer en faveur des divagants. Il est connu qu'ils « les soutiennent en grande partie, eét-qu'il y en a beaucoup « dans le Fort. C’est pourquoi il serait nécessaire que vous or- « donnassiez de fréquentes patrouilles.

«Je suis fondé à penser que s’il y avait une rixe, une dispute « dans la ville, les militaires s’y mettraient à la tête. »

Le mode de recrutement adopté avait dû aussi puissamment contribuer à cet état de choses, qui, tout en menaçant le présent, était gros de péril pour l'avenir. On n'avait aucune préoccupation de la moralité des individus qu'on enrôlait. Le citoyen noir ou de couleur qui arrivait dans la colonie, libre ou esclave, échappé des galères ou fuyant la vindicte publique, pourvu qu'il fût ingambe et d’un âge convenable, était incorporé dans la force armée. De telles recrues, dans tous les cas, . étaient des hommes entreprenants et hardis : des libres courant après les hasards de la fortune, ou des esclaves impatients du joug et de la discipline, fuyant l’autorité de leurs maîtres. En présence de l'ennemi, on peut compter sur une troupe composée avec de pareils éléments; mais ce n’est pas sur elle qu’il faut fonder l’ordre, la sécurité publique. Dans ce mode de recrutement, il y avait pourtant une pensée politique : c'était de pouvoir tenir au complet le personnel de l’armée sans avoir besoin d'enlever des bras à l’agriculture. Ceci nous montre qu'en administration est aveugle celui dont les regards ne s'étendent pas au lein et s’arrètent à l’un des côtés des choses. La mesure des agents laissait à l’agriculture quelques bras en plus, mais préparait les événements qui ne tarderont pas à s’accomplir. Dans les troubles dont nous aurons à parler, ce seront des hommes étrangers à la colonie que l’on verra à la tête de presque tous les mouvements.

Du temps de Victor Hugues, les Angiais n’osaient pas s’approcher des côtes de la Guadeloupe; sous les agents, ils envoyaient de simples canots enlever des navires à l’ancre sur ces mêmes

côtes, autrefois si redoutées. Ces petites attaques furent suivies d’une agression contre le territoire de la colonie même, par l'occupation de Saint-Martin,

En 1794, cette colonie, comme toutes Les autres dépendances de la Guadeloupe, était tombée au pouvoir des Anglais. Victor Hugues venu l'avait reprise et avait rendu à la Hollande la partie de cette ile qui appartient à cette puissance. Cependant, afin de conserver l'unité dans le gouvernement, il avait établi son administration à la Grande-Baïe, c’est-à-dire dans la partie hollandaise. Le chef du Gouvernement, la force armée, les casernes, l’hôpital, les magasins, tout y avait été fixé. Les navires de guerre et de commerce, comme aussi les corsaires, ne fréquentaient que ce port. Ce système de centralisation, qui avait l’avantage de tenir réunies, afin de pouvoir les opposer à l'ennemi, toutes les forces de la colonie, tant hollandaises que françaises, présentait aussi l'inconvénient de ruiner la partie'de l'ile qui appartient à la France, au profit de celle qui appartient à la Hollande. Le bourg du Marigot était désert.

Le 19 juin 1799, sous Desfourneaux, l'administration française fut reportée au Marigot.

A l’arrivée à la Guadeloupe de Jeannet, Laveaux et Baco, un certain Bello, natif de Bordeaux, domicilié à la Pointe-à- Pitre, commit sur mer, non loin des côtes de Saint-Martin, un crime dont l'idée fut conçue avec une audace égale à la férocité qui présida à sa consommation. Bello étant à Saint- Barthélemy, prit passage, pour l'ile de SainteCroix, sur la soëlette anglaise l’Élisabeth d’Antigue, commandée par le Capitaine Scherry et moutée de quatre hommes d’équipage. En route, Bello égorge le capitaine et les quatre matetots. Resté seul à bord de la goëlette, il la conduisit à Saint-Martin.

Les agents, informés de ce crime, prirent, à la date du 80 décembre 1799, un arrêté qui leur fait honneur. I était ainsi CONÇU :

« Considérant qu'autant la République française honore une « guerre loyale, autant elle a d'horreur pour la DérRee et « l’assassinat ;

€ Voulant venger, autant qu’il est en eux, l'honneur, la bonne « foi et l'humanité outragés par l’action atroce d'Antoine Bello, « et réparer tout ce que ce funeste événement laisse de ré- - « parable; | |

« Arrétent :

« Article 4%. Les huit procès-verbaux et interrogatoires, « datés de Saint-Martin les 17 et 18 de ce mois, concerhant l’en- « lèvement de la goëlette d’Antigue /’Élisabeth et l'assassinat des « cinq Anglais qui la montaient par Antoine Bello, passager « sur ladite goëlette, seront remis, sans délai, ainsi que la per- « sonne d'Antoine Bello, au juge de paix le plus voisin du « lieu de la détention actuelle de ce dernier.

Article 2. La goëlette l'Élisabeth, avec toutes les pro- «priétés anglaises, et, en cas de vente d’icelles, la somme totale « en provenant, sera immédiatement envoyée à à Antigue sous « pavillon parlementaire, aux ordres du gouverneur de cette « ile, pour être rendue à qui de droïi.

« Article. 3. Expédition du présent arrêté sera adressée au « gouverneur d'Antigue. Il sera en même temps écrit à ce « gouverneur pour lui témoigner l’indignation et la douleur « dont le crime d’Antoine Bello pénètre les agents du Gouver- « nement français, et toute la part-qu’ils prennent au malheur « des familles que ce crime prive d’un parent et d’un appui. »

Les États du nord de l'Europe, la Russie, la Suède et'le Dariemarck, s'étaient enfin entendus pour défendre, par-une neutralité armée, l'indépendance du pavillon des neutres contre: les prétentions insupportables de l'Angleterre. Le’ cabinet de Saint-James, voulant maintenir ce qu’il appelait les priviléges du pavillon britannique, se décida à faire attaquer ces: puissances sans déclaration de guerre. En conséquence, tandis qu'il poussait contre Copenhague les amiraux Parcker et Nelson, il donnait l’ordre au lieutenant général Trigge et au contre-amiral Duckworth de s'emparer des possessions suédoises et danoises des Antilles. Ces deux chefs, après avoir réuni des forces considérables, partirent le 16 mars 1801 de l'île d'Antigue. Les

petiles colonies suédoises et danoises n'étaient pas en mesure de se défendre : elles se rendirent à la première sommation.

Trigge et Duckworth n'avaient pas d'instructions touchant les colonies françaises. Mais, le 24 mars, passant devant Saint- Martin, ils furent tentés d'en prendré possession, et ils envoyèrent aux autorités du lieu la sommation de livrer l’île. Cette dépendance de la Guadeloupe n'avait à opposer à l'ennemi que 428 soldats, tant hollandais que francais. Bresson, délégué des agents, et Bonnier, chef militaire, refusèrent la capitulation qui leur était offerte. Alors le général Trigge et l’amiral Duckworth envoyèrent à terre deux divisions, l’une de 1,800 hommes, commandée par le général Fuller, et l'autre de 1,500. hommes, commandée par le brigadier général Maitland.

Les Français et les Hollandais se défendirent comme 428 hommes, dans des lieux non fortifiés, peuvent se. défendre contre 5,300 : on échangea quelques coups de fusils. Bresson et Bonnier signèrent Le soir, à neuf heures, la capitulation qu’ils n'avaient pas voulu accepter le matin.

Il y avait trois corsaires sur rade: Deux purent se sauver, la Réunion et le Léger; le troisième, appelé le Lévrier, fut capturé. Ce fut {a Réunion, capitaine Rufz, qui, arrivée à la Basse-Terre le 30 mars, donna la première nouvelle de l'attaque ‘et de la prise de l'île de Saint-Martin.

Jeannet et Bresseau firent une proclamation dans laquelle ils se disaient étonnés que. 428 soldats français n’eussent résisté qu’un seul jour à 3,000 Anglais. tar

Du temps de Victor Hugues, la Soufrière avait fait une éruption de cendres et de pierres. Sous l'administration des agents, il y eut un autre phénomène. Le 24 janvier 1801, on observa que tous les poissons de la rivière des Galions étaient morts et flottaient sur l'eau. Une commission, composée d'hommes de l'art, fut nommée pour rechercher la cause de cet événement, laquelle demeura cachée.

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