‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 49 sur 123 · ONE · texte numérisé non relu

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le charge sur ses épaules et l'emporte hors de la salle. On n’a pas d’expressions pour rendre cette scène de tumulte, de vociférations et de cris de mort. C’est à la vie de Lacrosse que Codou et sa troupe en veulent. Pélage se jette devant les baïonnettes et couvre le Capitaine-général de son corps. Le citoyen Olivier, placé derrière son fauteuil, enlace son cou de ses bras, et de chaque main présente un pistolet aux meurtriers. Le capitaine Gédéon et le grenadier Sitteau joignent leurs efforts aux efforts de Pélage et du citoyen Olivier. Dans le tumulte, Pélage reçoit un coup de baïonnette au-dessus du soureil gauche. Son sang coule. La vue du sang qui inonde le visage de ce chef aïmé arrête la fureur des soldats. Un moment d’hésitation et de calme succède au tumuite. Pélage en profite pour faire passer le Capitaine-général dans une chambre haute. Codou se retire, mais pour concerter avec ses complices un nouvel attentat.

Lacrosse, se voyant au pouvoir de l’émeute, comprend qu'il n’a plus à dicter la loi, mais à la subir : ce qu’on a l'air de lui demander, c’est une approbation des événements du 21. Il charge Pélage d'annoncer à la force armée qu'il y consent, de rétablir l’ordre, et lui dit que, le calme revenu, il passera une inspection. Pélage accepte cette mission. Toutefois, il ne s’éloigne de la municipalité qu'après avoir pris les précautions qu'il juge convenables pour mettre la vie du Capitaine-général à l'abri d’un coup de main. Après avoir fait jurer à un détachement de chasseurs de défendre Lacrosse contre tous les dangers, il le place à la porte, sous le commandement du lieutenant Creugnier. Il part. Mais on a dû s’apercevoir que si Pélage était le chef de la troupe, c’étaient les émeutiers qui la commandaient. Ce chef de brigade ne savait jamais rien, n’empèchait rien. Honnèête, voulant le bien, mais d'une nullité complète en politique, son rôle se bornait, en acceptant les faits accomplis, à veiller à ce que le mal ne dépassât pas certaines limites. Pélage n’était beau que sur un champ de bataille. Or, tandis qu'il montait au fort, Ignace en descendait, accompagné d’une troupe d'officiers et de cinquante grenadiers avec musique et tambours. Où se rendait Ignace? Toute

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la force armée réunie au fort le savait, officiers et soldats, Pélage seul peut-être excepté: il allait prendre le Capitainegénéral, le conduire au fort et en faire un prisonnier. IL arrive à la municipalité; les chasseurs, malgré leur serment, le laissent passer; il monte près de Lacrosse et lui dit qu’il est demandé au fort. Lacrosse lui fait observer qu’il vient d'y envoyer le chef de brigade Pélage, et qu'il attend son retour pour s’y rendre avec lui. Ignace insiste, allègue que les troupes le demandent avec instance, qu'il n’y a pas de temps à perdre, qu’il faut partir sur-le-champ. Ce chef des révoltés commandait; il fallait obéir. Lacrosse suit Ignace; les aides de camp, les commissaires provisoires suivent Lacrosse, et tout le monde descend les escaliers. Dans la rue, on trouve les soldats d’Ignace formant déjà la haie; on se place au milieu, et le cortége part au son de la musique militaire.

Au fort, Pélage avait réuni les troupes en bataillon carré . et commençait à les haranguer lorsqu'arriva Ignace avec son prisonnier. Pélage fait battre aux champs, et crie : Vive la République! Vivent les consuls! Vive le Capilaine-général ! Ces cris trouvent de faibles échos. Le fond du bataillon carré était adossé contre la salle de discipline; Ignace va s’y placer. Lacrosse, accompagné de Pélage et suivi des commissaires provisoires, commence l'inspection. Mais à peine a-t-il fait quelqués pas que les soldats agitent leurs armes et font entendre les cris : À bas Lacrosse! Vivre libre ou mourir! L’inspection continue. Au fond du carré, à un signal d’Ignace, les rangs s'ouvrent et laissent voir la salle de discipline; Ignace y pousse le Capitaine-général, y fait aussi entrer ses aides de camp blancs, ferme la porte, retire la clef, et dit: « Personne autre que moi ne communiquera dans cette pri- « son. » Nul témoin de cette scène de violence et d’audace ne tenta de s’y opposer.

Delgrès avait voulu suivre les autres aides de camp et entrer avec eux dans la prison, mais Ignace, le retenant par l’habit, Jui avait dit: « Nous avons à vous parler. » On le conduit chez Pélage. Là, on s'efforce de le gagner à la révolte. « Mais

« ce que vous avez fait mérite la mort, s'écrie-t-ill » On le caresse, on invoque sa pitié pour des frères qui avaient tant souffert de la tyrannie de Lacrosse! Delgrès hésitait. IL comprenait que lui, aide de camp du Capitaine-général, ne pouvait entrer sous la tente des révoltés sans brüler ses vaisseaux, Il finit par dire à ceux qui le pressaient : « Soit! je suis avec < vous, mais à une condition, c’est que nous nous défen- « drons jusqu'à la mort, à moins d'obtenir un traité qui « couvre le passé et assure l'avenir ! » Chacun fit serment. Mais en réfléchissant sur les événements qui vont suivre, on est tenté de supposer que, de tous céux qui juraient, seul Delgrès était de bonne foi, et que les autres méditaient déjà, ceux-ci d’aller au delà, et ceux-là de rester en decà de la convention. |

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