CHAPITRE HUE
Réflexions sur les événements accomplis à la Pointe-à-Pitre, — Pre-
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miers actes du Gouvernement provisoire.— La nouvelle de l’arrestation de Lacrosse parvient à la Basse-Terre.— État de la ville.— Les prisonniers du brick les Trois-Sœurs. — Rigaud et les autres détenus de la geôle. — Députation. — Scellés apposés sur les papiers du Capitainegénéral. — Publication à la Basse-Terre des actes du Gouvernement provisoire. — Bernier. — Efforts du Gouvernement provisoire pour ramener l’ordre. — Massoteau, commandant de place à la Basse- Terre. — Delgrès, commandant du fort Saint-Charles, — Kirwan et Nicolo appelés à commander les troupes blanches venues avec Lacrosse. — Agitation. — Les blancs veulent s'éloigner. — Refus de passe-ports. — Lacrosse dans sa prison. — Demande de lé mettre en Jugement. — Conférence de Lacrosse avec le capitaine Gédéon. — Indignation de la force armée. — Le Capitaine-général embarqué la nuit sur un navire danois.
Le 23 octobre, Pélage avait écrit à Lacrosse : « J’ai la volonté constante de me soumettre à votre autorité; la force armée et tous les bons citoyens partagent ce sentiment avec moi. Venez donc, général, parmi nous, avec la confiance que doit vous inspirer le caractère dont vous êtes revêtu. Vous ne trouverez ici que des Français attachés à la mère patrie, soumis à ses lois, et pleins de respect pour vous, général, qu’elle nous a envoyé pour nous gouverner... A votre arrivée ici nous nous rendrons à la municipalité, qui déjà est convoquée pour quatre heures précises; et là, après avoir entendu le vœu unanime des citoyens, vous donnerez vos ordres. Je vous réponds, général, de leur exécution ; comme aussi je réponds qu’il sera conservé pour votre personne tout le respect et toute la soumission que vous avez le droit d'attendre. » |
Le lendemain, les députés qui lui sont envoyés répètent les
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mêmes choses, lui donnent la même assurance. Il vient. et ce même jour, il ne trouve que des Français révoltés; son autorité est méconnue, ses ordres foulés aux pieds, sa personne conspuée. JL n'échappe à la mort que pour tomber dans un cachot. Il a donc bien pu s’écrier : Frahison!
On a dit, pour justifier Pélage, qu’il n’y avait pas à songer à replacer Lacrosse dans son autorité; que chercher à le soutenir c'eût été vouloir tomber avec lui, sans utilité pour personne; que, bien plus, une simple tentative pour l’arracher des mains des forcenés avides de son sang aurait donné le signal de sa mort; qu’'Ignace l’eût égorgé de sa propre main; que le pouvoir étant par terre, Pélage l’a ramassé, et pour sauver les jours du Capitaine-général et pour empêcher que la colonie ne s’abimât dans un effroyable massacre.
Nous ne pouvons souscrire à cette apologie. Le chef de brigade Pélage, pas plus que les autres militaires, ne voulait de Lacrosse gouvernant comme il gouvernait en 1801. Voilà la vérité. Tous poussaient à un changement. Seulement, à la différence des autres, Pélage, dans les premiers temps, aurait ‘ consenti à prêter son appui au Capitaine-général, si celui-ci eût voulu suivre une autre route.
Il est bien certain que, le 24 octobre, après que Lacrosse eut été mis sous clef et qu'Ignace se fut constitué son geôlier, il n°y avait pas possibilité de lui redonner le pouvoir. Si done Pé- Jage avait voulu que ce pouvoir ne lui tombât pas des mains, il p’aurait pas attendu ce jour pour chercher à le lui conserver. C’est au moment de la rébellion qu’il aurait dù se séparer franchement et ouvertement des révoltés, appeler à lui les. officiers encore fidèles, faire entendre aux indécis le langage du devoir, contenir les révoltés et donner à tous l’exemple du respect et de l’obéissance à l'autorité. Avec cette attitude et l’énormeinfluence que le commandant de l'arrondissement de la Grande- Terre exercçait sur la troupe, la révolte d’Ignace aurait-elle dépassé les limites d’une échauffourée ?
Au lieu de cette conduite, quelle est celle de Pélage ? L'émeute éclate, et il prête aux révoltés le prestige de son nom et