‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 52 sur 123 · ARE ET · texte numérisé non relu

ARE ET

Bory, Caillou et Delgrès. Les envoyés des deux villes, partis en même temps, se croisèrent au milieu de la route. Indépendamment des détails de vive voix que les envoyés de Pélage étaient chargés de donner, ils étaient porteurs d’une dépêche qui prescrivait l'apposition immédiate des scellés sur les papiers du Capitaine-général et la publication de tous les actes, procès-verbaux et proclamations faits ou rédigés depuis le 21 octobre par le Gouvernement provisoire. |

Bernier, en conformité des ordres qu’il avait reçus, voulant faire apposer les scellés à l'hôtel du Capitaine-général, s’adressa au juge de paix .… il était indisposé ; à son suppléant... il était retenu chez lui par suite d’une chûte.

Dans les circonstances difficiles, la maladie se met au service de la prudence.

Les envoyés de Pélage arrivèrent à la Basse-Terre le 27, à une heure de l'après-midi. Bernier publia sans tarder, et avec pompe, les actes du Gouvernement provisoire. Il se fit accompagner pour cette cérémonie d’un certain nombre de citoyens, choisis parmi les plus honorables de la ville, et d’un détachement de troupes commandé par le capitaine Aubert. Il profita de la circonstance pour faire au peuple un discours dans lequel, faisant un appel à tous les intérêts, il montrait la néces- sité de se rallier autour de Pélage. Après avoir conjuré tous les hommes honnêtes, amis de l’ordre, de donner l’exemple, il disait que, quant à lui, il était prêt à servir la chose publique avec zèle et loyauté. |

Dans ces temps orageux, Bernier ne donna pas seulement des preuves de zèle et de dévouement, il fut encore habile. C'est à lui, peut-être, que la Basse-Terre est redevable d’avoir élé préservée de plus grands désordres. Ne disposant d’aucune force, il eut l’art d'appeler tout le monde à concourir au maintien de l’ordre, en éveillant dans le cœur de chacun le sentiment qui devait le plus le flatter. Aujourd’hui c'était un discours, demain une proclamation. Sans désigner aucune classe, ais par une allusion transparente, aux hommes de couleur 1l montrait combien la cause de Pélage était la leur, combien con-

séquemment ils devaient s’efforcer de rendre facile la marche de son administration; aux blancs , il faisait comprendre qu’à moins de tomber dans une effroyable anarchie, il n’y avait pas d'autre parti à embrasser que celui de se ranger sous le Gouvernement existant et d'appuyer ses actes. II calmait celui-ci, menacait celui-là. A tous, il préchait l’union et la concorde.

Cependant l’agitation était tellement dans les esprits qu’il suffisait de la cause la plus simple, du fait le plus naturel, pour déterminer une vive émotion. Le 50 octobre, dans la soirée, toute la ville est mise en mouvement : on court, on se-heurte, on pousse des cris. Dans l'ignorance de ce qui se passe, les timides s’enferment dans leurs maisons, les hommes résolus jettent un coup-d’œil sur leurs armes. Quel est le danger qui menace la cité? Un caboteur, parti de l’'Anse-à-la-Barque, venait au mouillage dans la rade de la Basse-Terre. Les hommes politiques s'étaient imaginé que ce caboteur emportait quelques fuyards de la ville. De là leur fureur. Ils voulaient que l'on envoyät des navires à sa poursuite.

Le lendemain, Bernier faisait publier la proclamation suivante : | |

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