III
arriver à changer le caractère de la révolte. Lacrosse, qui ne pouvait se promettre un {riomphe, si la question restait entre lui et la colonie, devait désirer que la rébellion ne demeurût pas renfermée dans ses premières limites; son intérêt, à lui, était qu'elle prit de l'extension, afin qu'il püût lier sa cause personnelle à la cause de la France. On voudrait trouver aussi une raison qui expliquât la conduite de Lescallier et de Coster: étrangers dans le débat, ils se prètèrent à changer la couleur des faits pour nuire à toute une contrée au profit d’un seul homme. Ces hauts fonctionnaires paraissaient ne pas comprendre que la mesure d'arrêter les vivres, de les empêcher d'arriver à la Guadeloupe, d'affamer les habitants, devait tomber principalement sur ceux qui non-seulement n'avaient pris aucune part dans la révolle, mais qui encore en étaient les victimes. Les chefs des révoltés se souciaient bien que les vivres fussent chers! Disposant de tous les revenus du pays, que leur importait le plus ou le moins dans le prix des objets alimentaires? C'était au contraire leur mettre entre les mains un levier puissant pour soulever le peuple et. le jeter complétement dans la rébellion. Lacrosse ne voulait pas que les vins entrassent dans la colonie; personne n’en avait, mais Pélage s’en consolait en buvant celui du Capitaine-général. Le 24 novembre 1801, l'aide de camp Prudhomme, exécutant l’ordre qu’il avait reçu, expédia au président du Conseil, sur le bateau Le Somnambule, capitaine Fréburet, quatre barriques et vingt-sept dames-jeannes de vin qu'on avait trouvées à l'hôtel du gouvernement à la Basse-Terre.
L'arrêté et le manifeste produisirent le résultat que les Trois Magistrats semblaient avoir prévu, à savoir de créer des embarras à Pélage et à son Conseil, de rendre plus diflicile leur tâche déjà si lourde, en faisant surgir autour d’eux des idées d'indépendance. Pélage contenait plus l'armée qu'il ne lui commandait. Les meneurs de cette armée, Massoteau à leur tête, voulaient répondre à l'arrêté et au manifeste de la Dominique par le renvoi de {ous les fonctionnaires à peau blanche, à la place desquels on mettrait des nègres et des mulâtres. Ce point