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adoplé, ils en proposaient un autre, consistant à élever le chiffre de l’armée active à dix mille hommes, et à créer un corps auxiliaire également de dix mille hommes, qui seraient recrutés parmi les noirs les plus valides des ateliers. Masso-
teau insinuait que si Pélage mettait obstacle à l’organisation,
du plan de défense proposé, ce serait la preuve certaine qu’il était vendu au gouvernement établi à la Dominique, et, dans ce cas, qu'il ne fallait pas hésiter à s'en débarrasser.
Dans tette situation délicate, le Conseil déploya une grande
prudence. Il feignit d'ignorer le complot et parvint à neutraliser l’action des conjurés en les faisant partir pour des postes éloignés les uns des autres, sous le prétexte de les mettre plus à portée de veiller sur les tentatives que Lacrosse, de concert avec les Anglais, pourrait faire contre la colonie. Mais comme tous les officiers de l’armée partageaient à peu près les idées de ceux qu'on venait d’éloigner, ceux-ci partis, Pélage assembla les principaux chefs de ceux qui étaient restés, leur peignit la situation de la colonie; leur dit combien il étaitutile, en combattant Lacrosse, d'éviter de faire naître le soupçon d’une hostilité contre la France; raconta tous les sacrifices qu’il avait faits pour la cause commune, tous ceux qu'il était prêt à faire encore. « Cependant, ajouta-t-il, en fixant Ignace, on ne m'en « lient pas compte. Il existe des cabales contre moi, je le « sais! qu'on y prenne garde toutefois. Je ne suis pas La- « crosse !.... Je suis de ces hommes que l’on tue, mais qu’on
< n’embarque pas! Voilà pour l’audacieux qui oserait porter .
« la main sur moi. » Disant cela, il sortait de sa poche une paire de pistolets.
Les fonctionnaires, placés entre le danger de ne pas obéir au Gouvernement légal et celui plus grand de désobéir au Gouvernement de la force, voulaient pour la plupart quitter leurs
fonctions et s'éloigner de la colonie. Les meneurs de l'armée,
poussaient par des vexations à ce résultat qui les charmait. Le Système des vexations était surtout employé contre les quelques officiers blancs restés dans les bataillons. Hs s'en plaignaient à Pélage, et demandaient qu'il leur fût permis de se
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retirer. Pélage leur répondait: « Vous vous dites en butte: à « des déboires, à des vexations, et vous demandez à vous « éloigner. Mais n’apercevez-vous pas qu'abandonner la partie « c’est servir ceux de qui vous recevez ces vexations et ces « déboires! Il faut savoir souffrir. Et moi, croyez-vous que « je ne souffre rien! Si les gens sages se retirent, s’ils ne « m'entourent, s'ils ne m'’aident de tous leurs moyens, inca- < pable de résister seul, la colonie est perdue, elle tombe dans « un abime! »
Conséquent avec les principes qu’il émettait, Pélage défendait d'accorder aux blancs aucune autorisation pour sortir de la colonie. Cependant, effrayés des discours des meneurs, les colons employaient la ruse pour partir; les habitants de la Pointe-à- Pitre demandaient des passe-ports pour la Basse-Terre, ceux de la Basse-Terre des passe-ports pour la Pointe-à-Pitre, et, une fois sur mer, ils se faisaient déposer aux Saintes. On s’aperçut de cette tactique, et cette sorte de passe-port fut également refusée. Le 24 décembre, Bernier écrivait au Conseil : « Je crois devoir vous prévenir que quantité de femmes me « demandent des congés pour le Port-de-la-Liberté. Comme « j'ai reconnu que ces congés entrainent à un abus qui peut « préjudicier à la tranquillité publique, en favorisant la sortie: « de la colonie à beaucoup de personnes; j'ai eru devoir en « refuser à tous ceux qui en demandent. » .
Quatre jours après, le commissaire du Gouvernement reve- . nait sur le même sujet: « Je suis continuellement persécuté «pour des congés demandés par des femmes. Je vous ai écrit « dernièrement à ce sujet. Beaucoup de ces femmes paraissent « avoir des craintes, malgré mes efforts pour rassurer les « personnes inquiètes. Je ne vous cacherai pas qu'il est néces- « saire, Ou que vous autorisiez ces congés, Ou que VOuS-rassu- « riez les esprits par une proclamation. »
Le Conseil faisait en effet des proclamations, cherchait à rassurer tout le monde; mais que peuvent faire des proclamations quand les faits se chargent de leur donner des démentis!