CHAPITRE V
Situation de la ville de la Basse-Terre pendant le siége du fort. — Pillage. — Arrêté de Richepance. — Anxiété des colons blancs, — M. Négré. — Le jeune Puëch. — Assassinat de l’instituteur Brun. — Les époux Morisot.— Les femmes de couleur retenues dans la ville. — Ordre de Delgrès de faire sauter le fort. — L’adjudant Monnereau et le sergent Bernard. — Incendie des propriétés dans la commune de la Basse-Terre (extra muros). — Assassinats. — Marcel et la tête de M. Guilbert. — Motif du meurtre de M. Lagarde. — Le bandit Pierre Biby. — M. Carreau. — La bande de Jean-Noël. — M. Cardonnet. — Supplice du nègre Ignace. — Tortures de la dame Turenne. — La famillé Dain. — Nombre et valeur des propriétés incendiées.
La ville de la Basse-Terre, par l'évacuation du fort, était. délivrée des horreurs du siége, mais, pillée avec violence soit par les insurgés, soit par les brigands qui marchaient à leur suite, elle avait bien souffert; les Français avaient achevé d'enlever légalement, en vertu du droit de protection, ce qui avait échappé au premier pillage. L'armée se mettait en possession des choses dont elle avait besoin par un procédé fort simple : ses chefs les demandaient à Bossant, chargé du service de l'administration, Bossant les demandait à l'agence municipale, et l’agencé municipale les faisait prendre. Trois ordres émis dans des situations différentes montreront le procédé.
« Basse-Terre, le 13 mai 1802.
« Le commissaire de la marine, chargé du service de l’ad- « ministration à la Basse-Terre, invite l'agence municipale à « faire une visite chez tous les marchands de la ville pour y
mettre en réquisition et faire porter de suite dans les ma-: gasins de la République tout le fromage qu’ils trouveront, pour la subsistance de l’armée.
| & BOSSANT. »
Au bas est écrit :
« L'agence municipale requiert tous les fromages qui sont tant dans les magasins que dans les boutiques, pour l’armée ; et, en cas de refus des personnes, le citoyen Barbat, officier municipal, chargé de cette mission, les fera prendre par un garde. ; | « Ep. LAMODE, agent municipal ; GILLET, BARBAT, adjoints; « BERNIER, Commissaire du gouvernement. »
Autre. ordre :
« Basse-Terre, le 17 mai 1802.
« Le commissaire de marine, chargé du service, à l'agence ‘« municipale.
« Citoyens, « J'ai un besoin extrême de marmites pour le service de l’armée. On n’en trouve plus en ville. Toutes celles qui y étaient sont déjà prises. Veuillez, citoyens, faire une visite dans les maisons dont les propriétaires sont absents, et mettre à ma disposition toutes celles que vous trouverez. & BOSSANT. »
froisième invitation :
« Basse-Terre, Le 18 mar 1802.
« La municipalité est invitée à procurer aux officiers de l'état-major les chemises et le linge de table qu’ils demandent pour leur usage particulier.
« BOSSANT. »
Au bas est écrit de la main de Bernier, avec la première lettre
di Fe
de son nom suivie de son paraphe : « Faire de suite une ré- « quisition. B. »
Les insurgés n'y mettaient pas tant de facons : ils prenaient sans intermédiaire.
Dans une ville déjà dépouillée, il n’était pas toujours facile de répondre à toutes les exigences; alors les derniers venus, n'étant pas pourvus comme ils le souhaitaient, n'étaient pas contents, et manifestaient leur mauvaise humeur à l’agence municipale, dans des termes comme ceux-ci :
« Lorsque j'ai demandé un lit complet pour le général, je « n'ai pas voulu dire des matelas déchirés, mais bien des draps, « oreillers et traversin: J'espère que vous vous empresserez
-« d'envoyer le tout, ainsi que le bois de lit.
« Je vous salue.