GIRAULT
Pour exiger le confortable, les chefs militaires se servaient d'un argument qu’ils supposaient être sans réplique. Ils disaient : lorsque les rebelles dominaient dans la ville, rien ne leur manquait : c’est bien le moins que les autorités protectrices des foyers et de l’ordre jouissent du même avantage. Ils ne remarquaient point que c'était précisément parce que les insurgés avaient tout consumé ou emporté qu’on ne trouvait plus rien.
En ouvrant les magasins et les appartements pour prendre ce qui était demandé, on enlevait également ce qui ne l'était pas. Les soldats, voyant faire les chefs, les imitaient. D’un autre côté, le particulier dépouillé allait s’approvisionner chez son voisin absent. C'était un pillage général. On ne pouvait .
abandonner sa demeure sans qu'elle fut dégarnie à l’instant.de
ses meubles et effets. Gobert écrivait à la municipalité :
« Le citoyen Baptiste Pierre, qui m’a suivi dans notre expé- « dition de la Pointe-à-Pitre, et. dont j'ai été très-content, « vient d'arriver ici. Il a trouvé son domicile forcé et tous
« ses meubles et effets enlevés. Veuillez, citoyens, lui donner « toutes les facilités qui sont en votre pouvoir, pour les lui « faire retrouver. Il dit que plusieurs de ses meubles sont dans « différentes maisons qu'il indiquera. Je vous invite à y or- « donner des visites domiciliaires, afin de faire rendre ces «effets à leur propriétaire.