‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 86 sur 123 · LIL · texte numérisé non relu

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allait se mettre au lit. I prit le billet des mains de Courterey,

et, après l’avoir Iu, le passa à M. Lafon. M. Amaury marquant de l'hésitation sur ce qu’il devait faire, M. Lafon lui dit qu'il n'y avait pas à délibérer; que, dans la circonstance, linvitation de Delgrès était un ordre auquel il était impossible de ne pas se soumettre. M. Amaury passa dans sa chambre pour prendre des habits. Courterey, on en fit observation, ne le perdit pas de vue, surveilla tous ses mouvements. Le juge, revenu dans le salon, embrassa sa femme, serra la main de M. Lafon, et dit à Courterey qu’il était prèt à le suivre. On plaça la victime au milieu de l’escorte, et on se mit en marche.

Le cortége rendu au Morne-Rouge, l’un des bandits, sur l'ordre de son chef, ou de son propre mouvement, tira par derrière sur le prisonnier un coup de fusil qui atteignit à la cuisse. M. Amaury s’arrêtant court et découvrant sa poitrine : « Si c'est un assassinat, dit-il, que vous voulez conrmettre < sur ma personne, tirez-là! Ne me faites pas souffrir. » On ne tira pas; mais plusieurs sabres se levèrent en même temps et tombèrent sur la victime. Courterey et sa troupe se dispersèrent, laissant un cadavre sur la grande route.

Le nègre Pierre revint sur lhabitation Lafon, appela la dame Amaury, et lui présentant son sabre rouge de sang : « Tiens, dit-il, voilà le sang de ton mari! » Ce sang et les paroles du monstre jettent hors d'elle-même cette veuve infortunce; elle fait des efforts pour soulever une table qu’elle avait sous la main, afin de la lancer à la tête de l'assassin. Pierre, voyant son impuissance , s'éloigne en ricanant.

La dame Amaury, bercée par l'espoir que son mari pouvait n'être que blessé et qu'il n’était pas impossible que des soins le rappelassent à la vie, ne craignit pas, n'ayant personne pour l'accompagner, de se transporter sur le théâtre du crime. Elle n’y trouva qu'un cadavre mutilé. Ne pouvant seule enlever le mort, elle fut obligée de le laisser gisant sur le chemin ; elle lui retira du doigt un anneau qu’il affectionnait et le plaça au sien. n3 |

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