CHAPITRE VI
Arrêlé touchant les insurgés faits prisonniers. — Instructions sur le genre de supplice à faire subir aux condamnés. — Pendaison à la batterie Républicaine. — Exposition des cadavres sur le morne Constantin. — Composition de la commission militaire. — Circonstances de la mort des condamnés François Rigaud, Mondésir-Grippon,
- Mylord et Monnereau.
Après la défaite d’Ignace et de Delgrès, la rébellion n'avait plus d'armée : elle n’était représentée que par quelques bandes, qui, obcissant à des chefs fanatiques, tels que Palerme, Fourne, Jacquet, Codou, Noël-Corbet, s'étaient réfugiées dans les coins ies plus reculés et les moins accessibles des montagnes. La plus nombreuse de ces bandes comptait à peine une centaine d'hommes, dont la moitié seulement avait des fusils. Il n'y avait pas à leur faire la guerre, mais la chasse. En atten-
. dant l’organisation d’une troupe spéciale pour cette nouvelle campagne, Richepance, après avoir offert le pardon aux hommes égarés qui rentreraient volontairement dans le devoir, voulut montrer aux pervers qui persisteraient dans leur désobéissance, quel. châtiment leur était réservé s'ils étaient pris les armes à la main.
Jusqu’alors les chefs faits prisonniers avaient été immédiatement fusillés. Ces exécutions, passant inaperçues, n'étaient päs un enseignement pour les masses, sur lesquelles surtout il était nécessaire d'agir. Il ne fallait pas que les hommes des ateliers fussent tentés d'aller se ranger sous la bannière des restes des insurgés. Le général en chef crut utile de donner de l'éclat aux exécutions, en soumettant à la solennité d'u un juge- . ment les hommes que l’on destinait à la mort.
Nous avons vu que, par arrêté du 19 mai, une commission militaire avait été instituée pour juger les soldats coupables de vols commis dans les maisons. Le 50, un nouvel arrêté chargea la même commission de connaître des crimes de la révolte. Le lendemain 51, l'officier Dauphin était condamné à mort. Le jugement portait qu’il serait pendu à l’un des arbres du Cours-Nolivos. IL fallait des bourreaux. Le capitaine rapporteur, sous une promesse de grâce à ceux qui voudraient en faire l’office, demanda aux prisonniers deux hommes de bonne volonté.-François Serrant et Remi Damas se levèrent spontanément. C'étaient deux soldats de l'assassinat. Ils allaient encore tuer. C'était, sous un certain rapport, exercer les mêmes fonctions. |
Mais tous les insurgés n'étaient pas coupables au même degré. Il était à craindre, en les envoyant devant la commission militaire, en vertu de l'arrêté du 49 mai, qui ne prononçait qu'une peine, la mort, que tous ne fussent indistinetement condamnés à la peine capitale. Richepance fit des catégories et régla, par arrêté du 2 juin 4809, le châtiment à infliger aux hommes qui s’y trouvaient rangés.
Voici cet arrêté :
Le général, commandant en chef l’armée de la Guade- « loupe et dépendances, muni de pouvoirs nécessaires, vou- « lant régler les peines que devront subir les rebelles convain- « cus d’avoir porté les armes contre les troupes françaises et « tous ceux qui se sont rendus coupables de vol, d'incendie et « d’assassinat,