‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 4)Chapitre 95 sur 123 · LOS · texte numérisé non relu

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hètes fauves. Chaque tête apportée par cette troupe était payée une moëde, chaque fusil trois gourdes (1).

Pour exécuter les dispositions de cet arrêté, il ne fallait pas délibérer, mais agir. Aussi, par un autre arrêté du même jour, les agences municipales furent partout suspendues. On les remplaça, dans chaque commune, par un fonctionnaire unique, sous le titre de éommissaire du Gouvernement. Ces fonctions, pour la plupart, furent données à des hommes nouveaux. A la Basse-Terre, Négré succéda à Bernier.

Négré, qui va mettre au service de ses fonctions autant d'’énergie que d'activité, se placa, Le jour même de sa nomination, à la tête d’une grande patrouille et fouilla toutes les maisons de la ville, à l'effet d'arrêter les individus qui n'étaient pas porteurs de la carte de süreté. Cette visite domiciliaire fit découvrir un certain nombré de rebelles cachés dans les maisons. A

Le 7 juillet, Richepance renvoya en France tous les gros vaisseaux de l’escadre. Pélage et les autres membres de l’ancien Gouvernement provisoire s’embarquèrent sur le Fougueux. On plaça à bord du Redoutable trente-deux officiers provenant des troupes qui avaient été. désarmées à la Pointe-à-Pitre. Tous ces passagers, à leur arrivée à Brest, furent mis en prison. Le Gouvernement consulaire, dans un article inséré au Moniteur du 9 octobre 1802, faisait connaitre son opinion sur les auteurs des événements de la colonie. Le journal disait :

« Les dernières nouvelles de la Guadeloupe sont de {a « mi-août. Le général Lacrosse avait été rétabli dans son poste de Capitaine-général, et y avait été reçu avec toute « la pompe nécessaire pour réparer l’outrage qui avait été « fait par une poignée de brigands à l'agent du Gouvernement.

(1) Boyer-Peyreleau , sur la foi du mémoire publié par Pélage et les autres membres du Gouvernement provisoire, a mis sur le compte de

l'administration de Lacrosse le fait de la moëde payée par tête de nègre |

tué. | ‘

« ]l est temps que les colonies apprennent qu'il n’y a point « de grâce pour ceux qui essayeraient de troubler l’ordre, et « que le Gouvernement fera sévèrement exécuter les lois « envers ceux qui se révolteraient contre l'autorité de la mé- « tropole.

« Les individus qui composaient le comité d’insurrection,

« soi-disant Conseil provisoire, qui avaient insurgé la colonie « contre le Capitaine-général, sont dans les prisons de Brest, « ét vont être traduits devant les tribunaux. Les tribunaux « senfiront l’importance de leurs fonctions : il n’y aurait plus « de colonies, ni d'autorité nationale, si une poignée d’indi- « vidus pouvaient espérer l’impunité, en réussissant à ourdir « des complots contre les agents du Gouvernement. »

Pélage et ses collègues ne tardèrent pas à être transférés dans les prisons de Paris. Le 26 novembre 1805, après quinze mois de détention, ils furent mis en liberté, sans jugement, lorsque le ministre,eut apprécié leur conduite durant les troubles de la colonie par le mémoire justificatif qu’ils firent publier.

Pélage fut employé, pendant la guerre d'Espagne, dans son grade de chef de brigade. 4 mourut en 1813, après la bataille de Victoria.

Lacrosse, à l’arrivée de Richepance, avait quitté l’ile de la Dominique. Durant tout le temps des hostilités, il resta sur la rade de Saint-Louis de Marie-Galante, à bord de l’aviso l’Enfant- Prodique. 1] ignorait alors la destination que le ministre lui réservait. Cependant on lui avait fait espérer qu’il irait gou- - verner l'île de Tabago, restituéé à la France par le traité d’Amiens. Mais, pour aller prendre possession de cette colonie, il fallait des troupes. Richepance avait été chargé de les fournir. Toutefois, après la lutte sanglante que ce général avait eu à soutenir, il lui restait si peu d'hommes qu'il était aouteux, qu'ayant à achever de pacifier la Guadeloupe, il pût amoindrir encore ses forces au profit d’une autre colonie. Lacrosse connaissait toutes ces particularités, et il attendait les événements avec résigna-

tion. Le 22 juin, il écrivait à l’un des riches négociants de Ia Basse-Terre : |

« Toujours à bord de l’Enfant-Prodique, mon cher Solier, : « où vous m'avez trouvé, et dans la même position où vous - « m'avez laissé; mais bien résolu d’exécuter les ordres du « Premier Consul et d'aller prendre le commandement de « Tabago, si on m’en donne les moyens. Indiqué par le mi- « nistre, un militaire, dans la circonstance, doit obéir... »

Mais le Premier Consul, voulant punir la Guadeloupe de sa révolte, avait arrêté qu’elle aurait à subir, pendant un mois, l'administration de Lacrosse. La rébellion vaineue, et les membres de l’ancien Gouvernement provisoire renvoyés en France, Richepance pensa qu’il pouvait, sans danger pour la sécurité publique, exécuter les ordres du chef de l’État, et il rappela Lacrosse. Le 14 juillet, Richepance annonça à la co- Jonie le retour de ce chef, par la proclamation suivante :

« La Guadeloupe, sous l'influence d’une force armée com- « posée presqu'en entier d'hommes qu'aucune éducation, « qu'aucun principe n'avaient préparés au noble métier des « armes, dont toutes les passions, tous les besoins, toutes les « idées n’allaient pas au delà de celles de l'être le plus grossier, « devait nécessairement craindre une catastrophe qui la com- « promit envers la métropole, et la mit à la disposition du « premier ambitieux, ou de la nation la plus empressée à en « prendre possession.

« Une grande partie de ses habitants la pressentit, et pro- « priétaires ou non la redoutaient, comme devant leur aliéner « la bienveillance du Gouvernement, l’estime et la confiance « de leurs concitoyens d'Europe. La perte de ces avantages est « bien plus sensiole à un Français, qui peut s’honorer dé ce « beau nom et lire les annales de cette nation comme l’his- « toire de sa famille, que la destructiôn de ses propriétés.

« Les habitants de la Guadeloupe en ont donné un exemple, «< en ne perdant jamais de vue qu'ils étaient Français ayant

| d’être propriétaires. 11 n’en est point qui ne fût dévoué à

« l'autorité légitime, qui n'eût tout sacrifié pour maintenir

dans la personne du Capitaine-général Lacrosse la seule autorité qui pouvait être respectable, si, dans l'événement du -21 octobre, les énnemis de toute autorité, de toute espèce d'ordre, de ceux mêmes dont ils tenaient des avantages qu'ils prétendaient chérir plus que la vie, n’eussent usé de Ja plus indigne perfidie.

« Cette arme la plus efficace lorsqu'on l’emploie contre un homme d'honneur, la seule dont on pouvait se Servir contre le Capitaine-général Lacrosse avec l'espoir du succès, vainquit ce général, en paralysant le courage et la grande volonté « des citoyens les plus français, et les mit dans le cas de -gémir, plus d’une fois, d’avoir ignoré, jusqu’à cette époque, à quel point le cœur de certains hommes pouvait s’emplir de perfidies.

« Ces événements sont déjà loin de nous, citoyens; vous ne vous souvenez plus de vos pertes qu'en vous occupant du choix des moyens de les réparer. La confiance rétablie entre les citoyens ; les véritables intentions, la force et les moyens de coërcition de l’autorité, le courage et la discipline des braves qui composent l’armée de la Guadeloupe, font présager à tous une prospérité prochaine. Le retour du Capitaine-général Lacrosse, dans cet état de choses, met le sceau à l’allégresse publique, puisqu'il achève la réparation qui était due au Gouvernement et à la nation, pour l’injure qui leur a été faite en sa personne, et que la colonie reverra un chef qu’elle estime. »

Lacrosse était à là Guadeloupe, mais Richepance ne voulut pas le faire reconnaïtre à nouveau comme Capitaine-général, avant de s'assurer de l'effet que produirait sa présence. Il tenait d’ailleurs à ne pas céder à personne le soin d’organiser le pays, et l'anomalie eût été trop frappante si, Lacrosse étant Capitainegénéral, on avait vu un autre chef décréter des lois dont l’ Qhé était le renversement des principes existants.

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