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On doit dire à la louange des noirs de Marie-Galante qu'ils ne commirent ni meurtre, ni pillage, ni incendie. Durant tout le désordre, M. Reynal de Saint-Michel seul fut blessé d’un coup de pique au bras. Les nègres se contentaient d’arrêter les blancs et de les faire leurs prisonniers. Ayant probablement à se plaindre de M. Langlois, après l'avoir arrêté, ils lui rasèrent la tête, le placèrent sur un cheval, la tête tournée vers la queue de l’animal, et le conduisirent jusqu’au bourg de la Capesterre, : où la municipalité parvint à le faire mettre en liberté.
Au Lamentin, les faits ne s’accomplirent pas aussi paisible= ment. Là, les insurgés avaient formé toute une organisation civile et militaire. Ils avaient nommé leurs généraux, leurs officiers et jusqu'à ceux qui devaient représenter les agents du Directoire. Pendant la nuit du 29 au 30 décembre 1797, ils vinrent, au nombre de deux à trois cents, attaquer le bourg. Sur leur route, ils avaient rencontré et égorgé les sieurs Hubert et Raphin, ainsi qu’un marin du corsaire l’Italie-Conquise. Fort heureusement que se trouvait dans le bourg, en changement d’air, le brave Modeste, capitaine de corsaire, homme de confiance de Victor Hugues. Il rassemble les habitants de toutes couleurs, se met à leur tête, et repousse cette bande d’insûrgés.
Dès le premier avis de l'insurrection, le général Boudet, qui se trouvait à la Pointe-à-Pitre, s'était rendu sur les lieux, précédé d’une compagnie de dragons et suivi des carabiniers de Pérard. Deux heures après la jonction des troupes au bourg du Lameniin, Boudet fut averti qu’il se formait un rassemblement: considérable dans les environs de la Ravine-Chaude. Il envoya à la découverte son aide-de-camp Rush Rezeville, avec un guide et deux dragons. Cette reconnaissance alla se heurter contre" l'arrière-garde des insurgés, forte d’une quarantaine d'hommes: Rezeville, les deux dragons et le guide, sans hésiter, firent une” charge ventre à terre contre les insurgés, qui jetèrent leurs armes pour mieux fuir dans les cafés. Rezeville apprit que Ies"« insurgés, dont il venait de mettre l’arrière-garde si facilement en déroute, étaient en marche, divisés en deux colonnes, pour 1 aller attaquer le bourg. Son retour près de Boudet se trouvait
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ainsi intercepté. Tandis qu'il hésite sur le parti à prendre il entend une vive fusillade. 11 pousse au galop dans cette direction, mais à son arrivée les insurgés étaient en fuite; il vint à temps cependant pour faire un prisonnier.
Boudet; après le départ de son aide-de-camp, informé que les insurgés s’avançaient, avait marché contre eux. Arrivé sur l'habitation Flachard, il avait tourné la lisière et les avait trouvés rangés en bataille. S’avançant seul , il les somme de déposer les armes. A cette sommation les insurgés répondent par deux coups de pistolet. Il fallut recourir à la force. Les grenadiers de Pérard ouvrirent le feu. Après quelques instants d’une fusillade bien nourrie, les insurgés, chargés par la compagnie des dragons, furent mis en déroute, laissant sur le champ de bataille trente à trente-cinq morts. Les chefs faits prisonniers,
livrés à une commission militaire, furent condamnés et fusillés.
La prompte répression de ces premiers mouvements arrêta le soulèvement général de la colonie, car l'esprit d’insurrection planait sur toute l'ile. Dans plusieurs communes, nombre de noirs, compromis dans la révolte et craignant d’être recherchés, se retirèrent dans les bois. La colonie toujours en état de
siége, le général Boudet, à la date du 20 mai 1798, écrivait à
Bartouilh, commissaire délégué à la Pointe-Noire : « Les agents « doivent prendre quelques dispositions pour les hommes re- « tirés dans les bois. Ils vont vous les faire connaitre. »
Mais aucune mesure ne fut prise contre ces fugitifs. Après avoir puni les chefs et rétabli l’ordre, les agents ne voulurent pas voir les autres coupables, séduits, entrainés avec d'autant plus de facilité qu’ils avaient des sujets réels de mécontentement.
* Contrairement à ses habitudes, Victor Hugues, pour prévenir . de nouvelles révoltes, pensa qu’il était plus simple et plus juste
d'écarter la cause des soulèvements que de contenir la population par l’effroi des châtiments. Le 8 janvier, en transmettant aux délégués des communes l’arrêté.sur l’état de siège, les ageuts leur disaient : « Instruits que des séquestres se per- « mettent, de leur autorité et sans même vous en donner « connaissance, d'infliger des peines aux cultivateurs, nous
« profitons de celte circonstance pour vous recommander « également de faire cesser cet arbitraire, et d’éviter vous- « même de prononcer aucune peine. Il faut qu’elles émanent « des municipalités, auxquelles vous déférerez les coupables : « elles seules ont le droit de prononcer des peines correc- « tionnelles. »
Ils défendirent en outre aux municipalités de prononcer la :
peine des fers pour le délit de vagabondage. Cette peine était :
évidemment hors de proportion avec le délit, surtout eu égard aux faits qui constituaient un cultivateur en état de vagabondage.
Aux fers fut substitué l’emprisonnement.