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De 1493 à 1645, nous traversons des années vides. Nulle part on ne trouve un mot sur le volcan. A cette dernière date vient Dutertre, et voiei ce qu’il dit de la Soufrière :
« Au milieu de l’ile, tirant un peu vers le midi, est la célèbre « montagne de la Soufrière, dont le pied foule les sommets « dés autres et qui s'élève fort haut dans la moyenne région de « l'air: de sorte que si l'on était sur le haut de cette montagne, « on aurait le plaisir de voir se former les nues et-d’ouir gronder . « le tonnerre sous ses pieds. Cette montagne est presque ronde. | « Au dessus de la plate-forme s’élèvént deux petites éminences, « comme deux pointes de rochers, distantes de vingt à trente « pas, une du côté du sud et l’autre du côté du nord. Celle-ci « semble être une gueule de l'enfer ou une cheminée du mont « Gibel, fumante comme une fournaise enflammée ; et dans les M « nuits les plus sereines, on voit cette fumée entremèléé de « petites flammes. » | à
Ainsi, du temps de Dutertre, le volcan, avec de la fumée, jetait de petites flammes. À un demi-siècle de là, ces flammes n'étaient plus que des étincelles. En effet, Labat, qui a visité la « Soufrière en 14696, nous en a laissé le récit suivant:
Quand nous eûmes marché environ trois heures et demie < en tournant autour de la montagne, et montant toujours, « nous nous trouvâmes dans des pierres brûlées, et dans des « cendres qui sentaient très-fort le soufre. Enfin nous arrivames « sur la hauteur. C’est une vaste plate-forme inégale; la terre « fumait en bien des endroits, et surtout dans ceux où il y avait « des fentes et des crevasses, où nous ne jugeàmes pas à propos « de nous aller promener; mais nous primes de côté, sur un F « amas de grosses pierres calcinées, appelées le piton de La « Soufrière. Comme il n’y avait ni cendres ni fumée, nous « montâmes sans crainte, et nous vimes au-dessous de nous, y « du côté de l’est, la bouche de la Soufrière: c’est un trou ovale « qui me parut de dix-huit à vingt toises de large dans son plus « grand diamètre. Ses bords étaient couverts de grosses pierres « mélées de cendres et de quartiers de soufre. Il en sortait une « fumée noire mêlée d'étincelles de feu. X y a une autre bouch@
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« beaucoup plus Ce que la première, et qui parait comme
« une voûte ruinée.”
Labat dit autre dus que le volcan jetait des cendres de tit en temps, et qu'il en trouva plus d’un demi pied entre les roches brülées qu’il rencontra en montant sur la montagne.
En 1696, la Soufrière lançait donc encore des cendres et jetait une fumée mêlée d’étincelles.
Depuis cetté époque, non-seulement le volcan ne faisait plus d’éruption, mais encore on aurait dit qu’il allait s’éteindre. En 4797 , il ne montrait sa vitalité, de même que de nos jours, que par des jets de vapeur, qui sortaient en sifilant de quelques crevasses de la montagne”
Le 28 septembre, sur les six heurés du soir, par un temps calme et serein, le vent étant à l’est, un bruit sourd, semblable au grondement du tonnerre, se fit entendre à la Basse-Terre, dans les environs, et même dans quelques parties de la Grande- Terre. Ce bruit cessa sans qu’on pût en connaître la cause. A huit heures, il recommenca, accompagné d’une légère secousse de tremblement de terre, et alla toujours en augmentant jusqu’à éclater comme la décharge d’une pièce d'artillerie. On fut cerain alors qu’il venait du volcan. Vers minuit, les personnes qui dormaient furent réveillées par des mugissements profonds et étranges : on eût dit la grande voix de l'ouragan, mêlée et confondue avec le bruit de vagues en fureur se brisant contre des rochers. Ces mugissements, qui durèrent deux heures et demie, plongèrent dans un sentiment de grande terreur les habitants qui étaient le plus à proximité du volcan. Une forte odeur de soufre se répandant dans l'air et l’altérant, détermina la mort de quelques personnes déjà affaiblies par des maladies chroniques. Un nuage noir et épais UE, la montagne. Poussé par le vent d’est, il s’avança, tel qu’un immense crêpe funèbre, sur le Matouba et les Vieux-Habitants, plongea ces deux communes dans de profondes ténèbres, et s’étendit sur la mer à perte de vue. Il était formé d’une cendre grise, rude au toucher, laquelle, tombant en pluie, couvrit la terre et les végétaux de tous les lieux sur lesquels passa le nuage.