‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 113 sur 140 · CRETE ARR NE · texte numérisé non relu

CRETE ARR NE

La Rivière-Noire, dont la source est voisine de la Soufrière, charria pendant douze heures une boue épaisse et noire, qu avait une forte odeur de gaz hydrogène sulfuré.

La Soufrière et les montagnes voisines, trois jours entiers, | restèrent plongées dans un océan d’épaisses vapeurs. Le volcan jetait une telle quantité de fumée que le soleil en était pàle; on le voyait comme au travers d’un verre de couleur. Les habitants, n’apercevant plus la montagne, croyaient qu’elle s'était abimée pendant l’éruption.

En effet, lorsqu'elle se montra, on vit que la One tou n’en était plus la même. Outre les deux éminences placées sur celui des bords de la montagne qui regarde la Basse-Terre, il * en existait une autre au lieu qu'on appelle aujourd’hui {a Grande Découverte, et que Labat désigne sous le nom de piton de la Soufriere. Sur le sommet du volcan, maïs au bas du piton, était un plateau qui, s'élevant en terrasse, menait, par une pente assez facile, jusqu'au haut de ce rocher. Hapel-Lachenaïe, distingué par ses connaissances en chimie et en histoire naturelle, donnait à ce piton une élévation d'environ cinquante mètres ; il pensait qu’à sa base il avait cent-vingt mètres de circonférence. Ce piton avait disparu et jonchait la montagne de ses débris. Dans certains endroits on évaluait que le terrain s'était abaissé de trente à quarante mètres. |

Les effets de l’éruption ne s'étaient pas fait sentir seulement, à la Soufrière: les sources des Galions en furent profondément altérées. Ces sources sont situées au pied du morne l’Échelle;: au sudest et à trois cents mètres environ de la partie du volcan” la plus rapprochée. Elles se composaient de sept jets d’eau chaude. La principale, qu’on voyait sourdre de la grosseur d'un | homme, et deux autres, d’un volume moindre, étaient taries. 1 . Pendant plus de six mois, le volcan continua, de temps à

eu temps, à faire entendre des grondements et à lancer des cendres, lesquelles, un jour, 1HéIgrI les hauteurs de la Capesterre. » : 400

Le 22 avril 1798, sur les deux heures de l'apre rit on

compta une nouvelle éruption. Elle se manifesta par un brui

pareil à celui de l'explosion d’un caisson de poudre, bruit qui continua environ deux minutes. La montagne s’ouvrit dans le nord-ouest, et le volcan lança au loin une énorme quantité de pierres. Ces pierres furent lancées avec une telle puissance, que de petites éminences trouvées sur leur passage furent emportées et devinrent des plateaux ; elles broyèrent les plus gros. àrbres; le morne voisin, contre lequel elles allèrent principalement se heurter, fut dépouiilé de sa verdure, et comme labouré. La masse de ces pierres fut si considérable, qu’elle combla une ravine profonde où la Rivière-Noire prend sa source. Cette rivière, pendant trois jours, cessa de couler. Le volcan demeura tranquille jusqu'en décembre 1856, époque à laquelle il jeta encore des cendres (1).

(1) Lors de l’éruption du 28 septembre 1797, Victor Hugues et Lebas, à la date du 3 octobre , nommèrent une commission à l'effet de visiter le volcan et de faire un rapport sur les causes et les effets de l’éruption. Cette commission était composée des citoyens Peyre, inspecteur général des hôpitaux ; Amic, médecin de l'hôpital militaire de la Basse-Terre ; Hapel- Lachenaiè, chimiste-pharmacien de 1" classe; Fontelliau, chirurgien de 1re classe; Codé, chirurgien de 2e classe, remplissant ses fonctions auprès de la force armée.

La commission remit aux agents un mémoire très-intéressant, qui fut adressé à l’Institut: Voici sur quelle hypothèse elle fonda la cause de l’éruption :

« À la Guadeloupe, nous avons éprouvé dans la même année cinq « tremblements de terre ...... Ces tremblements de terre auront ébranlé « la montagne; il se sera fait des éboulements partiels, qui auront donné « passage à l’eau des pluies déposée dans les réservoirs qu’elle renferme: « dans son sein; cette eau se sera précipitée sur le foyer du volcan : « C’est à sa masse, c’est à son expansion subite, c’est à.celle plus consi- « dérable encore que fournit sa décomposition lorsqu'elle se trouve dis- « persée et en contact avec les matières embrasées, qu’on doit attribuer « la cause de ce grand événement . On serait tenté de croire que le réser- - « voir qui se trouve dans le grand cratère a contribué à en fournir la ma- « tière, et qu’il concourt encore à l’entretenir. »

Fait remarquable ! La commission explique ici la force et la puissance de la vapeur, force et puissance qui alors n'étaient pas connues, du moins à l'état usuel.

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