A DR
Après l’attentat commis sur sa personne, le gouverneur, on le comprend, se souciait peu de continuer à faire sa résidence à la Basse-Terre. Toutefois, les citoyens de la ville l'avaient prié d'y rester, en signe de réconciliation, pour montrer qu’il ne se souvenait plus du passé. Mais lorsque l’assemblée coloniale eut ouvert sa session à la Pointe-à-Pitre, il s’empressa de se rendre dans cette ville, soit qu’il crüt que son devoir marquait sa place près de l'assemblée, soit qu'il y fût poussé par un reste de rancune contre les citoyens de la Basse-Terre.
L'assemblée coloniale, comprenant qu’il fallait donner de la force au principe d'autorité, que, dans un but coupable, on s’efforçait de dissoudre, prit, le 26 octobre, l’arrêté suivant : « Legouverneur dela colonie, queles instructionsdel’assemblée « nationale désignent sous le titre de représentant du roi, aura « provisoirement dans la colonie l'exercice de l'autorité du roi, « suivant les principes de la nouvelle constitution, jusqu'à ce que « l'assemblée nationale ait prononcé d’une manière plus précise « sur l'étendue du pouvoir du gouverneur dans les colonies. »
Et pour prévenir tout nouvel attentat semblable à celui de la Basse-Terre, le 29, l’assemblée arrêta : « Dans aucun cas il ne « pourra être attenté à la liberté du gouverneur, non plus qu’à « la sûreté de sa correspondance, sans se rendre coupable de . « crime capital envers la colonie, la nation, la loi et le roi, « se réservant la faculté de présenter à l’assemblée nationale « et au roi ses vues ultérieures sur le cas où la colonie croirait « sa sûreté et ses intérêts compromis. » |
Cependant, depuis l'affaire de la détention du gouverneur, la colonie était agitée. A la Basse-Terre surtout, on était très-mécontent de voir l'accord qui paraissait exister entre le baron de Clugny et l’assemblée coloniale. Les meneurs exploitaient cette disposition des esprits; ils s’efforçaient par tous les moyens de déterminer l'inquiétude, de pousser au trouble. Les auteurs de ces délits étaient inconnus. Le 20 novembre, l'assemblée coloniale envoya à toutesles paroisses un arrêté conçu en ces termes :
« 1° Que toutes les municipalités, les comités et juges de paix « soient non seulement autorisés, mais même soient spéciale-
it 58
« ment invités d'entendre et de provoquer toutes dénonciations « etinstructions qui pourraient faire connaitre les auteurs, fau- « teurs et instigateurs des troubles qui règnent dans la colonie ;
« 2 Que l'assemblée n'entend pas employer des voies de « rigueur contre qui que ce soit, mais seulement parvenir à « connaître ceux dénommés ci-dessus, afin de statuer dé la « manière la plus douce sur leur sort;
5° Qu'elle pardonne et pardonnera avec plaisir à tous « ceux qui sont trompés et aux trompeurs; mais qu’elle déclare « vouloir connaitre ces derniers, s’il est possible, afin qu'ils « soient publiquement démasqués, et qu ‘ils cessent par là d’être « dangereux. »
Les citoyens Amic et Pautrizel furent dénoncés. Pautrizel, député de la Basse-Terre, se défendit près de ses commettants par un écrit qui se terminait ainsi: « Ami de la paix, ami du « peuple, jaloux de la gloire et de la félicité de mon pays, je « ne souhaite que d’en voir établir les fondements d’une « manière inébranlable. Tels sont les vœux de mon cœur : ils « ne se sont jamais démentis, et je ne pense pas que des im- « putations secrètes et calommieuses, faites contre moi à la « Grande-Terre, puissent l'emporter sur des actions qui n’ont « jamais eu que le bien de l'humanité pour objet. »
Le sieur Amic possédait l’affection des citoyens de la Basse- Terre. La dénonciation faite contre lui étant connue, une pétition en sa faveur fut signée et adressée à l’assemblée coloniale. L'assemblée déclara : « Qu'il n’y avait pas lieu à inculpation « contre le citoyen Amic, ni contre qui que ce soit ; que toute- « fois il sera fortement recommandé au citoyen Amic d’être plus « circonspect dans ses propos. » Les citoyens de la Basse-Terre signèrent une nouvelle pétition pour demander à l'assemblée de suprimer la seconde partie de son arrêté. ë
La révolution marchait à grand pas ; chaque jour voyait grossir la phaiange des partisans de lagitation et du trouble. Les mesures prises pour les abaisser ne servaient qu'à les élever davantage. La dénonciation faite contre Pautrizel lui valut d’être élu maire de la commune de la Basse-Terre,