CHAPITRE V
L’assembléecolonialesedéclareen permanence.—Municipalité de la Basse- Terre. — Rivalité. — Affaire des farines. — Affaire des munitions de guerre. —Les Royal-Goudrons.— Arrêté touchant les étrangers. — Opposition du maire. — Le gouverneur traduit devant les tribunaux. — Descente des planteurs en armes contre la municipalité. — Efforts de la municipalité pour gagner la troupe. —Intrigues. — Dénonciations. — Ajournement de l'assemblée coloniale. — La garde de la municipalité licenciée.—Déportations.—Malvault. — AffaireParent.—Affaire Négré. — Profession de foi du conseil supérieur.— Fédération des bonscitoyens. —Opposition. — Nouvelle de la fuite du roi. — Réunion de l’assemblée coloniale. — Arrivée des commissaires. — Récits historiques de la municipalité. — Compulsion de ses registres. — Arrêté de destitution. — Fédération à la Pointe-à-Pitre. — Refus de serment des grenadiers de Forez. —Proclamation des commissaires. — Refus du gouverneur de la publier. — Démission. — Intervention de l’assemblée coloniale. — La proclamation modifiée. — Décret de l’assemblée législative concernant les chefs militaires de la Guadeloupe.
L'assembiée coloniale, réunie à la Pointe-à-Pitre le 15 octobre 1790, s'était déclarée en permanence, et avait arrêté que chaque législature, fixée à une année, commencerait le 15 janvier. La nouvelle organisation des municipalités, promulguée le 26 novembre, avait été aussitôt mise à exécution. Les élections donnèrent à la Basse-Terre pour maire le citoyen Pautrizel; pour officiers municipaux les citoyens Artaud, Fougas, Dupuch, D. Romain et Delorme; pour procureur syndic le citoyen Bonnet. La plupart de ces élus étaient dés hommes à idées avancées, professant des doctrines républicaines, mais
honnêtes, voulant atteindre leur but sans décréter le désordre. C’est ainsi en révolution : on croit arriver à la réalisation de ses
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rêves par une voie licite, on est entrainé et l’on sème sur son passage perturbation et ruine; des échafauds sont préparés, lorsqu'ils ne sont pas immédiatement dressés.
La municipalité, à peine installée, entra en lutte avec l’assemblée coloniale et toutes les autres autorités de la colonie. Aspirant à tout dominer, elle se donna une garde, sous le nom de chasseurs de la garde nationale. On connaït les événements de la Martinique. Le gouverneur et l’assemblée coloniale étaient tout Gros-Morne, et la municipalité tout Saint-Pierre. Le 10 décembre, deux navires, au service de Saint-Pierre, viennent mouiller sur la rade de la Basse-Terre. Débarqués, les capitaines se rendent près de l’ordonnateur, M. Petit de Viévigne, et lui demandent des farines. Autant parce que la colonie manquait pour elle-même d’approvisionnements que par la raison que ces farines étaient destinées aux Pierrotins, regardés comme des insurgés par les autorités de la Guadeloupe, cette demande est accueillie par un refus. A cette nouvelle, la municipalité se soulève, l’équipage des deux navires descend à terre, se rend chez le sieur Petit et se saisit de sa personne; cet administrateur
est accablé d’outrages dans sa maison, trainé au collet, tête :
nue, à la municipalité, qui ordonne la délivrance des farines. Ainsi il y avait intervertissement de pouvoir: à la Basse-Terre, c'était la municipalité qui commandait et qui était obéie. Dans ces circonstances, l’ordonnateur dut se retirer à la Pointe-à- Pitre, où se trouvèrent concentrées toutes les autorités (4).
(1) Les bâtiments de la station marchaient avec le gouverneur, conséquemment avec le Gros-Morne. Si donc les deux navires avaient appartenu à la station, l’ordonnateur aurait livré toutes les farines dont il pouvait disposer ; la municipalité ne serait intervenue, au contraire, que pour s'opposer à leur délivrance : il serait arrivé, pour les farines, exactement la même chose que pour les poudres dont nous avons à parler. Cela est si clair, d’une telle évidence ; qu'on ne conçoit pas que M. Boyer- Peyreleau ait pu se méprendre, alors même qu’il trouvait le fait qu’il rapporte dans les récits, si peu conformes à la vérité, que faisait publier la municipalité. Au surplus, à voir la manière dont cet historien, recommandable d’ailleurs à tant d’autres titres, présente les événements