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voyaient copie de toute leur correspondance avec l'assemblée,
Le gouverneur, l'assemblée coloniale et les planteurs, qui comprenaient combien le pays avait besoin d'entente pour se. défendre contre tous les dissolvants qui l'entouraient, étaient alarmés et irrités des tendances et des brigues de la municipalité. Les planteurs crurent pouvoir s'en débarrasser par lintimidation. Ceux des quartiers les plus voisins de la Basse-Terre s’entendirent, réunirent les hommes de couleur leur clients, armèrent quelques esclaves, descendirent à la ville ie 4° mai, et vinrent camper au Champ-d'Arbaud. Leur but était de contraindre la municipalité à résigner ses fonctions. La commune, qui avaiteu connaissance du mouvementdirigécontreelle, s'était préparée à la défense; elle avait réuni ses partisans eur la place de l'église Saint-François. La ville était en émoi. Des hommes sages intervinrent pour empêcher les deux partis d'en venir aux mains; on ouvrit des conférences. Les planteurs demandaient que la municipalité se retirât: un envoyé de celle-ci répondit qu'elle n’y consentirait jamais; qu’elle était décidée à vaincre ou mourir. « Vous vous trompez, Monsieur, dit le planteur « Beauvallon, cen'estpas mourir que vous avez voulu dire, c'est « courir. » Les planteurs, trouvant de la résistance lorsqu'ils avaient pensé qu'une démonstration suffirait pour mettre la municipalité en fuite, effrayés des conséquences de leur entreprise, se séparèrent sans la pousser plus loin.
A la suite de cette affaire, le maire de la Basse-Terre fit les plus grands efforts pour gagner à son parti les soldats du régiment de la Guadeloupe. Mais le gouverneur avait donné l'ordre de les garder au fort, de les distraire par des exercices et d’empêcher, dans là mesure du possible, toute communication entre eux et la ville. Cela ne faisait pas Le compte du maire. }1 dénonça ces mesures de précaution aux commissaires civils comme des actes de tyrannie exercés contre les militaires citoyens. A. cette dénonciation les commissaires répondirent, le 26 juin : « Sur l’activité du service que font au fort les officiers et soldats « du régiment de la Guadeloupe, ou c’est affaire de discipline, « et vous ne prétendez pas, sans doute, vous opposer à l'exécu-
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« tion des ordonnances; ou le motif est d'exercer la troupe, « et, dans ce cas, vous ne pouvez qu'applaudir à la vigilance « des chefs et aux peines qu'ils se donnent à ce sujet. »
C'est précisément cette vigilance des chefs dont la municipalité me voulait pas. S’étant donné une garde, pouvant compter sur le bataillon de Forez, quelques soldats du régiment de la Guadeloupe suivant déjà sa politique, si elle avait pu enrôler les autres sous sa bannière, la colonie était à elle (4).
Le gouverneur, en parfait accord avec l'assemblée coloniale, avait demandé aux commissaires civils la suspension de la municipalité. Ils s’y étaient refusés. Alors le baron de Clugny songea à enlever à la municipalité les troupes à sa dévotion, et qui fondaient sa puissance. Aucun document officiel ne le constate, mais on ne saurait douter que le gouverneur de la Guadeloupe, pour exécuter son petit coup d’état, n’ait demandé l’assistance du gouverneur général, et que celui-ci n’ait mis à sa disposition deux des navires de la station. Le {1 juillet, les frégates la Didon et la Calypso mouillaient sur la rade de la Basse-Terre. L'assemblée coloniale, qui avait continué ses séances malgré les protestations de la municipalité, le 46, déclarait les suspendre jusqu'à l’arrivée des nouvelles instructions de l'assemblée nationale. Par ce fait, le gouverneur, resté la seule autorité du pays, était libre d'agir. Il pouvait compter sur les officiers
du régiment de la Guadeloupe : eux avaient des principes opposés |
à ceux de la municipalité. Le 17, il part de la Poiïnte-à-Pitre, arrive à la Basse-Terre, et, appuyé sur le régiment de la Guade-
(1) Le bataillon de Forez était animé du plus mauvais esprit. Ce furentles .
premières troupes qui levèrent l’étendard de la révolte à la Martinique. Le gouverneur général et les commissaires civils , pensant modifier leur esprit en les faisant changer de lieu, les avaient envoyées tenir garnison à la Guadeloupe. Ce bataillon, venu dans la colonie au mois de mars, y apporta l'esprit de turbulence et d’indiscipline par lequel il s’était signalé à la Martinique. Le baron de Clugny, afin de paralyser son action , l'avait disséminé dans plusieurs quartiers. Mais ce fut un mauvais levain qui fermenta
dans toute l’île. Ces soldats du désordre répandirent par tout l'esprit ré- .
volutionnaire.
loupe et sur les deux frégates sur rade, il obtient le licenciement des chasseurs de la garde nationale, et fait exécuter l'arrêté de. l'assemblée coloniale, en ce qui touchait le port des médailles de Saint-Pierre. La compagnie d'artillerie de Marcilly, s'occupant beaucoup plus de politique que de ses canons, après avoir été désarmée ; fut embarquée pour la France.
Avant cet acte d'autorité, et le jour même de l'arrivée de /a Calypso, il y avait eu à la Basse-Terre une scène dont nous n'avons pas rendu compte pour ne pas interrompre notre récit. La Calypso était commandée par le sieur de Malvault. Dans les troubles de la Martinique, cet oflicier s'était ouvertement prononeé poür le gouverneur et les planteurs contre les villes. Cette conduite lui avait valu les sympathies des planteurs et la haine des habitants des villes de la Guadeloupe. Le sieur de Malvault n'avait pas en outre, dans le caractère, assez de cette retenue et de cette gravité si nécessaires à un chef. Il savait qu'il était venu pour aider à comprimer le trop vif élan des Basseterriens en faveur des nouvelles idées, et sans attendre le signal d'agir, au risque de compromettre sa mission, il leur montrait ses défiances. Quelques hommes de sa frégate étant descendus à terre, Malvault, les voyant causer avec des citoyens de la ville, dit tout haut qu'on voulait séduire son équipage. Ce propos répété, lecommandant de /a Calypso futinsulté sur la promenade Nolivos. La sagesse commandait de laisser tomber ces insultes; le sieur de Malvault les releva, menaça les habitants de la ville du canon de sa frégate. Cette querelle particulière prit en un moment les proportions les plus larges. Le maire, oubliant son caractère de magistrat civil, l'épée nue, parcourait les rues, appelant les ciloyens aux armes. On courait, on s’agitait; toute la ville fut dans le trouble et dans la confusion.
Indépendamment de la compagnie de Marcilly, le gouverneur avait profité des circonstances pour renvoyer de la colonie
+ d’autres militaires, qui ne cachaient pas leurs opinions révolutionnaires. Par ce fait, ceux qui composaient le régiment de la Guadeloupe étaient purs. Les patriotes, par dérision, les appe-
… laïent /e noyau. Le 2 août, le sieur Parent, étant chez le sieur
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Bouche, voyant dans la rue le lieutenant-colonel Dubarail, cria : « Voilà une partie du noyau qui passe. » Le militaire ne répondit pas à cette provocation, mais, rendu au fort, il en parla à l'un de ses sous-officiers, le sergent Legai. Le lendemain, celuiei prit Lebel, autre sous-officier, et tous deux allèrent près du sieur Parent pour lui demander explication de sa provocation de la veille. Le sieur Parent n’aurait pas été fâché peut-être de commencer avec un lieutenant-colonel une querelle qui aurait pu produire un mouvement semblable à celui du 11 juillet; mais une discussion avec un sous-officier, où l'affaire pouvait se traiter d'homme à homme, lui souriait beaucoup moins. Legai, trouvant Parent sur le seuil de la porte du sieur Bouche, lui dit: « Monsieur, je voudrais vous parler. » Au lieu de venir, Parent s'enfonca dans la maison. Legai voulut entrer, mais il en fut empêché par le maitre du logis. Dans sa frayeur, voulant fuir, Parent saute par une fenêtre, se casse la jambe et meurt quelques jours après.
Cette affaire n’était pas digne peut-être de trouver une place dans l’histoire. Nous ne l'avons rapportée qu’à cause du bruit que les patriotes en firent : ils prétendirent qu'après sa chûte, ayant la jambe cassée, Parent avait été assommé par les sousofficiers à coups de bâton, et que chez les aristocrates c'était un projet arrêté de traiter de la sorte tous les patriotes. Ce fut en vain que les procès-verbaux, dressés par un médecin et un chirurgien qui ne pouvaient être suspects aux patriotes, constaterent que fe sieur Parent n'avait reçu aucun coup; ils firent imprimer qu'il avait été assommé.
Voici une autre affaire qui eut encore plus de retentissement, qui même eut l'honneur d'occuper la Convention pendant quelques minutes. Au fond ce ne fut qu une scène de cabaret. Le 5 août, deux sous-officiers, Robineau et Lebel, sur les sept heures du soir, entrent dans la boutique du sieur Négré et demandent à boire. La dame Négré répond qu’elle ne vend plus ni rhum, ni aucune autre liqueur; qu’elle débite du tafia, mais dehors, et non dans l'intérieur de sa boutique. Les sousofficiers prennent cette réponse pour un refus de leur donner à
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boire. Ils disent que si on ne leur en donne point, ils vont faire du boucan. L'un d'eux, mélant le geste à la parole, lève son bâton'et par mégarde casse le globe qui éclaire la boutique. On est dans l’obscurité. Négré veut mettre les sous-officiers à la porte. Ils dégainent leurs sabres. Négré s’arme d'une paire de pistolets, tire, mais sans les atteindre, sur Robineau et sur Lebel. Dans le tumulte, le sieur Négré avait reçu au-dessous de l'épaule gauche une très-légère blessure.
Cette affaire si simple fut transformée en cause politique. Sur les plaintes tant du sieur Négré que des sous-officiers, la justice informait; mais les patriotes criaient à la partialité des juges, les dénoncaient aux commissaires civils. Pour proclamer l’impartialité des magistrats, ils auraient voulu qu'ils ne vissent pas les deux coups de pistolets Lirés par le sieur Négré, et que les deux sous-officiers fussent seuls poursuivis.
La justice voulait poursuivre, prendre connaissance de tous les faits ; c’est au contraire la municipalité qui ne le voulait pas. Le conseil supérieur, se fondant sur ce que l'affaire du sieur Négré, n’ayant rien de politique, ne pouvait tomber sous l’application des dispositions de la loi du 15 septembre, résista même à une proclamation d'amnistie faite par les commissaires civils. Ce fut là le motif pour lequel le sieur Négré fut obligé d'aller à la Convention demander la ratification de l'acte d’amnistie des commissaires civils (1). :
Dans ces temps de trouble et d’anarchie, les partisans de l’ordre voulurent se compter et serrer leurs rangs. Dès le 19 avril l’assemblée coloniale avait tendu la main au conseil supérieur par la lettre que voici :
« C’est avec bien de la satisfaction, Messieurs, que l’as- « semblée coloniale croit devoir à l'esprit de prudence et de fer- « meté qui vous a toujours caractérisés un hommage solennel. « Dans ces temps de trouble et d’anarchie, où tous les pouvoirs « paraissent ou confondus ou abattus, vous n'avez jamais « désespéré de la chose publique , et, toujours agités du désir de
(1)M. Boyer Peyreleau dit que les juges ne voulaient pas poursuivre,
« remplir le devoir sacré qui vous est confié, la justice à tou- « jours suivi son cours. Recevez donc, Messieurs, les remer- « ciments de la colonie entière, dont nous sommes les organes, « et soyez assurés que, si notre estime pour vous avait pu s’ac- « croître, elle aurait été augmentée par tout ce que vous avez « fait pour le maintien du bon ordre. »
« Nous avons l'honneur etc.
ROMAIN LACAZE, Président.
« L'abbé FoucquiER, MERCIER, secrétaires. »
Malheureux Pomain Lacaze! votre nom paraît trop souvent dans des actes publics : vous courez au-devant de Ja mort!
Cette lettre était un appel; le conseil supérieur y répondit par un arrêt dont nous eroyons devoir rapporter les termes :
« La Cour, délibérant, a arrêté de témoigner d’abord à « l’assemblée générale coloniale combien elle est vivement « pénétrée d’une démarche bien faite pour exciter sa juste « reconnaissance, démarche dont la publicité augmente encore « le prix dans des circonstances où le suffrage public, s’il est la « plus douce, est aussi l’unique récompense de ses travaux.
« Mais elle a cru devoir, en même temps, déposer dans le « sein des représentants de la colonie la profession publique « des principes qui l'ont toujours guidée et dont elle ne peut « que s’applaudir, puisqu'ils ont mérité leur approbation.
« Garder une fidélité religieuse à la loi qu'ils ont juré « d'observer; maintenir les lois générales jusqu’à ce qu’elles « aient été remplacées par d’autres officiellement envoyées ; « adopter les lois locales, lorsqu'elles sont revêtues de tous les « caractères qui peuvent les rendre authentiques, et opposer « une résistance courageuse au torrent des innovations, quand « l'anarchie, confondant ou annulant tous les pouvoirs, veut « substituer l'empire de l'arbitraire à celui de l'autorité légi- « time: tels sont les devoirs des magistrats. .
« Le conseil supérieur, recherché tantôt sur ses priviléges, « tantôt sur ses droits et ses principes, a sacrifié volontiers les « premiers, qui lui étaient personnels, et dont il avait offert