‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 33 sur 140 · RS · texte numérisé non relu

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« plusieurs fois l'abandon, pour défendre avec modération les « autres comme un dépôt dont il était comptable. Il croit « avoir prouvé son dévouement au bien public par son arrèt du « 22 octobre 1789, son zèle à maintenir la discipline par sa « réponse du 8 mai 1790 aux demandes du comité colonial, « son respect pour les lois anciennes par ses arrêts des 5 et « 9 juillet, adressés au même comité; enfin son obéissance « passive aux lois nouvelles par son arrêt du 17 juillet dernier. « Plusieurs de ses membres ont cru même devoir se soumettre « aux délibérations de leurs paroisses relatives aux gardes bour- « geoises, tandis qu'il était au moins incertain si une paroisse « isolée pouvait, sans permission de l’assemblée générale, « appliquer à son service particulier des fonctionnaires dont « le temps appartenait à toute la colonie.

« Telle a été depuis la révolution — la Guadeloupe n’eût du « la connaître que pour en recueillir les bienfaits et non en « éprouver les secousses — la conduite du conseil supérieur. « Encouragé aujourd’hui par le témoignage éclatant d'estime et « d'attachement que lui donne la colonie par l'organe de ses « représentants, il fera de nouveaux efforts pour conserver ces « sentiments dont il sait apprécier la valeur, jusqu’à ce qu'ar- « rivé au terme de la carrière qui lui reste à parcourir, il puisse « remettre entre leurs mains le dépôt sacré qui lui avait été « confié. » |

Cette profession de foi, faite en dehors de l'influence métropolitaine, montre combien peu les membres du conseil supérieur étaient disposés à s'opposer aux lois que la France enverrait à la colonie. Dans une autre circonstance on verra les principes de l’assemblée coloniale. Cette assemblée et le conseil supérieur représentaient l'opinion de la grande majorité de la colonie. Le pays ne voulait donc faire résistance à aucune innovation juste et raisonnable. Ce qu'il repoussait, c'étaient les idées de substitution,, de brigandage et de meurtre.

Voyant les autorités se concerter, s'unir pour opposer une digue aux fauteurs du désordre, les partisans de l’ordre, dans le peuple, voulurent aussi s’entendre et se compter. Le 5 août,

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à Sainte-Anne, ou arrêta les statuts d’une association ou fédéraætion de tous les bons citoyens. Ces statuts furent adoptés par la Basse-Terre le 47 du même mois. Tout individu libre, sans distinction de couleur, était admis dans l’association sous deux conditions : la première, c'est qu’on n’aurait pas de torts graves à lui reprocher; la seconde, de prêter le serment de combattre l’anarchie. Les membres de l'association devaient avoir, -sans cessé, les yeux ouverts sur les gens reconnus dangereux et perturbateurs, et aviser aux moyens de les expulser de la colonie.

En 17992, si, après s’être reconnus et comptés, les hommes honnêtes de Paris avaient expulsé de la grande cité le petit nombre de bandits qui s’y trouvaient, trois cents scélérats n’auraient pas été, en septembre, de prison en prison, égorger des femmes, des prêtres ou d’autres personnes sans défense; la mesure étendue à toutes les provinces, bien certainement la France n'aurait pas subi les abominables orgies de 95.

Mais, en temps de troubles, les anarchistes, qui forment toujours une très-minime fraction de la société, ne veulent pas que les hommes d’ordre puissent se compter. Les fédérations de Sainte-Anne et de la Basse-Terre firent pousser à la municipalité des cris de détresse. Le mot d’ordre donné, tous les frères et amis élevèrent leurs voix au même diapason pour prophétiser les plus grands malheurs, la ruine de la patrie sortant de l’association des hommes honnêtes.

L'autorité devait périr : c'était une fatalité. Sitôt qu’elle faisait un pas pour se fortifier, un fait inattendu venait l’ébranler encore plus et la rejeter en arrière. La nouvelle de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes raviva toutes les espérances des partisans du désordre, un moment abattus par le coup d’autorité du 17 juillet. Cependant il était possible que le fait ne füt pas vrai. Il s'agissait de le vérifier : le gouverneur n'avait rien reçu d'officiel, et tous les paquets venus de France étaient adressés au président de l’assemblée coloniale, laquelle n'était pas en séance. Cette circonstance détermina le sieur Clugny de Nuits, dernier president de l’assemblée, à réunir tous les députés présents à la Pointe-à-Pitre, et à ouvrir Les paquets en

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leur présence. La nouvelle n’était que trop certaine. Les pièces communiquées au gouverneur, il adressa au sieur Clugny de Nuits le même jour, 12 août, la lettre que voici :

« Lorsque l'assemblée coloniale générale a jugé convenable « de suspendre ses séances jusqu’à l’arrivée des instructions que « l'assemblée nationale doit adresser aux colonies, elle ne « prévoyait pas les événements qui sont arrivés en France. « L'évasion de la famille royale, l'arrestation du roi, doivent « occasionner dans l'empire les mouvements les plus rapides : - « n’en ressentirons-nous pas le contre-coup? Si ce malheur « arrive, quels moyéns de pourvoir à la sûreté de la colonie? « Incertain de la marche que je dois tenir, plus encore d’être « obéi, le corps législatif seul peut assurer mes démarches et « rendre au pouvoir exécutif la force nécessaire pour le main- « tien des lois. Vous sentirez sans doute que les circonstances * « prescrivent au corps législatif de se réunir. Mon dévouement « aux intérêts de la colonie me fait une loi de vous engager à « convoquer l'assemblée le plus tôt possible. II me paraît urgent « de nous préparer à tout événement, afin que la colonie se « réssente le moins possible de ceux qui pourraient résulter des . « nouvelles que nous venons de recevoir. »

… Le sieur de Clugny de Nuits convoqua l’assemblée coloniale pour le 22 à la Pointe-à-Pitre. C’est trois jours äprès, le 25, qu'arrivèrent à la Basse-Terre les commissaires civils (1). Ils

(1) M. Boyer Peyreleau, passant sous silence le fait de la suspension des séances de l'assemblée coloniale, comme celui qui a motivé une nouvelle réunion, prend occasion de ce que l’assemblée était réunie à l’arrivée des commissaires civils pour accuser le gouverneur de mensonge, et l’assemblée d’abus de pouvoir. Voici son récit :

« Partis de la Martinique le 23 août 1791, MM. Lacoste, Magnytot, « Montdenoix et Linger débarquèrent le 25 à la Basse-Terre, où leur “ présence produisit des impressions très-diverses. Ils remarquèrent, « d’un côté, la joie peinte sur les visages de ceux qui s’attendaient, ce « jour-là même, à des proscriptions dont ils se trouvaient préservés, et, « de l’autre, des regards inquiets, soit par l'effet de projets déconcertés, « soit par celui des préventions qu'on avait eu soin de répandre centre

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