II. G
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Cependant les différents actes d'énergie du gouverneur avaient enlevé aux perturbateurs toute pensée d’agitation. La colonie était tranquille. Mais pour allumer un nouvel incendie il ne fallait qu'une étincelle. Le blâme seul des actes du gouverneur et de l'assemblée coloniale pouvait suffire, puisque ce blâme aurait été un encouragement donné aux perturbateurs, à ceux contre lesquels ces actes avaient été dirigés. C’est pourtant par. cela que les commissaires eivils voulaient marquer leur passage à la Guadeloupe. Depuis un mois ils avaient borné leur rôle à prêcher l'union des cœurs : les cœurs ne voulant pas s'unir, les commissaires crurent qu'ils n'avaient plus rien à faire, et que le mieux était de se retirer. Ils voulurent pourtant paraître avoir fait quelque chose, et ils rédigèrent une proclamation dans” laquelle ïls censuraient certains actes du gouverneur et de l’assemblée coloniale. Cette proclamation communiquée au gouverneur, il déclara qu’il ne pouvait se prêter, à sa publication. Des troubles étant survenus à Sainte-Lucie, deux des commissaires, Linger et Montdenoix, se hâtèrent de s'embarquerpour se rendre dans celte île, laissant à Lacoste et à Magnytôt" le soin de poursuivre l'œuvre de la publication de leur pro= clamation. Si nous en croyons M°° Roland, Lacoste n’aïimait” pas à être contredit; il tenait d'autant plus à sa proclamation. que le gouvernenr déclarait que cette pièce pouvait rallumer les passions, devenir un danger public. Les commissaires per- | sistant dans leur volonté, le baron de Clugny, le 3 octobre, leur envoya sa démission. Ils se retournèrent du côté du com=" mandant en second, devenu gouverneur par suite dela démission du titulaire; le vicomte d’Arrot répondit qu’il appréciait las proclamation au même point de vue que le baron de Clugny, et que si les commissaires persistaient à vouloir la publier, il était. prêt, comme son prédécesseur, à se démettre de ses fonctions: Le gouverneur et le commandant en second n'avaient opposés aux commissaires qu’une résistance passive; mais bientôt l'as= semblée intervint dans le débatet prit un rôle actif: elle défendit aux municipalités de rien faire publier sans son ordre. Force fut à Lacoste et à Magnitôt de modifier leur préclamation. Cette se-
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conde proclamation publiée, ils quittèrent la Guadeloupe le 49 octobre.
Rendus à la Martinique, Lacoste et Magnytôt proposèrent à leurs collègues de renvoyer en France le gouverneur et le commandant en second de la Guadeloupe. Linger et Montdenoix s'y opposèrent. Le gouverneur général Béhague s'étant rangé de l'avis de ceux-ci, les autres ne persistèrent point dans leur première proposition. Les choses en cet état, le gouverneur général donna l’ordre au baron de Clugny de reprendre ses fonctions. à
Les commissaires qui, dans les premiers temps, paraissaient avoir les mêmes vues, finirent par ne plus s'entendre; ils se divisèrent, Linger et Montdenoix d’un côté, et Lacoste et Magnytôt de l’autre. Ces deux derniers, décidés à retourner en France, mettent dans une caisse tous les documents relatifs à leur mission gux Iles-du-Vent. Au moment où le navire sur lequel ils étaient embarqués allait lever l’ancre, le gouverneur général, sur la réquisition des deux commissaires Linger et Montdenoix, envoie à bord un officier de la marine, qui enlève la caisse. Sur le rapport que firent en France Lacoste et Magnytôt de cet acte arbitraire et violent, ainsi que des autres faits accomplis aux Iles-du-Vent, un décret de l'assemblée législative en date du 2 juillet 1792, ordonna que Montdenoix, Béhague, Clugny et d’Arrot comparaitraient à la barre de l'assemblée à l'effet de rendre compte de leur conduite. Linger était mort; Clugny lui aussi ne tarda pas à succomber, et les événements qui suivirent empéchèrent l'exécution du décret.
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