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que la suivre. L'un et l’autre, se confiant en de mauvais guides, allant toujours, tomberont dans un abime.
L'assemblée législative, tout en décrétant la loi du 4 avril, avait craint que ses dispositions ne rencontrassent de l’opposition aux colonies. Dans cette appréhension, elle avait voulu la faire accompagner d’une force capable de vaincre toutes les résistances. En conséquence, elle avait chargé le pouvoir exécutif de faire passer aux îles une force armée suffisante, et composée en grande partie de gardes nationales. L'assemblée coloniale avait été effrayée, non de cette force en elle-même, mais de sa composition. De fait, ce que l’on appelait alors les gardes nationales n’était guère fait pour rassurer. Voici ce qu’en pensait le général Chazot. Le 5 octobre nai il écrivait à Dumouriez.
« Je pense aujourd'hui qu'il est d'autant moins possible d’en- « treprendre une guerre sérieuse avec des troupes telles que « nos volontaires nationaux, qu'ils méprisent les lois, qu'ils » « ne connaissent ni discipline, ni règle militaire. Ce sont des « volontaires dans toute l’étendue du mot. Ils n’inspirent que « l’effroi. »
L'assemblée coloniale, ne connaissant de cette troupe queles excès dont les papiers du temps étaient remplis, appréhendait que sa venue ne donnât occasion à des désordres. Elle essaya de conjurer l'orage. L'envoi d’une force aux Antilles paraissait n'avoir qu’un objet, celui d'assurer l’exécution de la loi du 4 avril. Or, si cette exécution s’accomplissait sans opposition, spontanément, on pouvait croire que la force n’était pas nécessaire. Dans cette pensée, l’assemblée avait mis le plus grand empressement à la promulgation de cette loi; puis elle avait fait. une adresse au roi, dans laquelle elle lui disait que les colons « de la Guadeloupe, pleins de soumission à la loi, de respect, d’attachement et de fidélité pour sa personne, étaient disposés à“ recevoir toutes les lois qui leur seraient transmises par son organe; qu'à leur égard une loi quelconque n’avait pas besoin d’être appuyée d’un appareil de forces qu’il fallait réserver aux parties de l'empire déchirées par la guerre intestine.
Bien que l’assemblée coloniale eût la conscience d’avoir tout fait pour détourner le pouvoir exécutif d'envoyer des troupes à la Guadeloupe, elle n’était pas sûre du succès de ses démarches. L'assemblée coloniale de la Martinique, partageant toutes les craintes de celle de la Guadeloupe à l'égard des volontaires nationaux, avait cherché, de son côté, à les arrèter en chemin. Eà comme ici on doutait de la réussite des réclamations. Les gouverneurs des deux colonies étaient en parfaite communauté de sentiments et de vues avec les assemblées. On ouvrit des conférences , dans lesquelles fut prise la résoiution de recevoir les commissaires annoncés, mais sans les troupes dont ils pourraient être accompagnés.
Cependant les commissaires étaient en route. La flottille qui les portait, commandée par le capitaine Bruix, composée de la frégate la Sémillante, de la gabare la Bienvenue et de sept bâtiments de transport, était partie du port de Lorient le 10 août. Outre ces commissaires, nommés Fontigny, Lamarre et Girault, il y avait à bord du convoi deux mille hommes et trois généraux désignés, savoir : Rochambeau pour gouverner Ja Martinique, Collot, la Guadeloupe, et Ricard, Sainte-Lucie. Dans les deux colonies on veillait l’arrivée de la flottille. Elle fut signalée au vent de la Martinique le 46 septembre, à dix heures du soir. Dans la nuit même, le comité intermédiaire de l'assemblée coloniale, en séance à Fort-de-France, se réunit et arrête d'envoyer aux commissaires une députation de trois membres. Cette députation, embarquée de grand matin pour aller au-devant du convoi, était porteuse, indépendamment de la copie des arrêtés pris par les assemblées coloniales des deux colonies, relativement à l’exécution de la loi du 4 avril, d’une lettre du comité intermédiaire de la Martinique, ainsi conçue : | « Nous avons eu hier, à dix heures du soir, connaissance d'une escadre qui paraissait au vent de l'ile, et quoique nous « tenant sur nos gardes, relativement à l’état de guerre où est « notre métropole, nous avons supposé que ce pouvait être « celle qui portait ici les troupes dont l’envoi a été décréte
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par l'assemblée nationale le 28 mars, et sanctionné par le roi le 4 avril. Les dispositions de la colonie relativement au décret dont l'exécution vous est confiée sont consignées dans l'arrêté que l’assemblée coloniale à pris dans la séance du 3 juin, et que nous joignons ici.
« Nous nous empressons, Messieurs, de vous faire connaïtrela situation de la colonie et de vous donner les renseignements les plus importants pour le succès de votre mission, et nous vous députons à cet effet MM. Sinson de Préclere, Grenonville et Lecamus.
« D'après ce qu'ils vous exposeront, et pleins de confiance dans le caractère dont vous êtes revêtus et dans votre sagesse, nous vous prions de venir voir par vos propres yeux et recueillir des éclaircissements plus grands encore, avant de vous livrer à aucune mesure d'exécution. Nous vous conju-
rons de donner vos ordres pour que tous les bâtiments de
l'escadre, tant ceux de guerre que ceux de transport, se rendent au mouillage de l'Ilet-à-Ramiers, et n'aient aucune communication ni avec la terre, ni avec d’autres bâtiments ; et nous vous invitons à vous rendre dans notre sein pour y recevoir les témoignages de notre soumission à la loi et les informations nécessaires pour le succès de vos opérations et le salut des colonies sur lesquelles s'étend votre autorité.
« Telle est, Messieurs, la marche qu'ont suivie les commissaires du roi qui vous ont précédés en mars 1791. En vous rendant à nos vœux, vous acquerrez les premiers droits à notre reconnaissance. | 4
< Dupuc fils, président; FoRIEN, SiNsoN de PRÉCLERC, GALLET, CHARLERY, GUIGNOD, ROIGNAN. »
Les commissaires reçurent la lettre du comité, écoutèrent
toutes les raisons des députés, mais se refusèrent formellement
quitter le bord sans les troupes. Ce refus avait été prévu.
Tandis que les députés revenaient rendre compte au comité et au gouverneur de l'insuccès de leur mission, les commissaires donnèrent l’ordre à la flottille de manœuvrer
pour arriver au mouillage. Les navires s’approchaient de terre. Des coups de canon à boulet, partis des batteries de la côte, annoncèrent aux commissaires que la colonie était dans l'intention de leur faire entendre d’autres raisons que des paroles. Le convoi s’arrêta court. Sans instructions sur la résistance rencontrée, ne disposant pas d’ailleurs de forces capables de la vaincre, puisque toute la station des Antilles, alors mouillée dans la baie de Fort-de-France, marchait avec la colonie, les chefs de la flottille délibéraient sur ce qu’ils avaient à faire lorsque Mallevault, capitaine de la frégate /a Calypso, vint, au nom du gouverneur et du commandant de la station, leur signifier d'avoir à s'éloigner, sinon qu’on allait les traiter en ennemis. Le convoi s’éloigna. Mallevault remplit sa mission, sérieuse et grave, avec sa légèreté accoutumée. Dès qu'il vit Bruix donner le signal du départ, — « Adieu, Messieurs, ditil, avec ironie et en faisant une pirouette, bon voyage! »
Le convoi éloigné, Rivière, commandant de la station, voulant prévenir tout débarquement, soit sur les côtes de la Martinique ; soit sur celles d’une autre colonie des Iles-du-Vent, le suivit, afin de surveiller ses mouvements, avec le vaisseau la Ferme, la frégate la Calypso el la corvette le Maréchal de Castries. Les commissaires, avertis à la Martinique qu'il ne leur serait pas fait à la Guadeloupe un accueil meilleur, . passèment devant cette île sans s’y arrèter. L'un des navires du convoi, le Saint-Nicolas, sur lequel était le général Collot, s'étant approché de la Basse-Terre, le fort et Le poste de la Calle tirèrent sur lui plusieurs coups de canon à boulet. |
Le 19, à la suite du convoi, Rivière se présentait sur la rade de la Basse-Terre. Le comité intermédiaire de l'assemblée coloniale était alors composé comme suit: Marre, Godet, Chabert de Lacharrière, Clairfontaine, Petit, Blin, Dampierre, Moyencourt neveu, Desislets, Lavielle, Lebourg. Ce comité, instruit de ce qui s’était passé à la Martinique, députa près de Rivière deux de ses membres, Moyencourt et Desislets, à l'effet de le complimenter sur sa conduite énergique, sage et digne. Le même jour, il prenait un arrèté pour qu'une frégate restàt en
station sur la rade de la Basse-Terre. M. de Rivière désigna la Calypso (1). st:
Le 24, la Calypso était donc sur rade. Tout à coup une nouvelle, venue de la colonie anglaise de Mont-Serrat, éclate dans la ville et se répand avec le retentissement et la rapidité de la foudre. On annonçait qu'à l’aide des Autrichiens et des Prussiens, déjà rendus à Paris, les agitateurs avaient été vaincus, dispersés, les idées révolutionnaires comprimées; qu’en un mot Louis XVI avait reconquis tout le pouvoir, toute l'autorité
rovale. Cette nouvelle jette les uns dans le découragement et
dans la terreur, et fait naître chez les autres une joie aussi folle qu'immodérée. Cependant sa source était bien peu sûre. Qu'importe! le plus souvent la croyance se conforme au désir et à l'espérance. Le commandant de la Calypso, royaliste, désirait
avec ardeur le triomphe de la royauté, et, parce qu'il le désirait,
il crut à ce triomphe. Dans son enthousiasme, il se rend à terre et demande au gouverneur l'autorisation d'arborer le pavillon blanc. La nouvelle ne flattait pas moins peut-être les penchants aristocratiques de d’Arrot, mais sa situation de chef suprême de la colonie lui commandait une plus grande réserve. Pour se prononcer, il aurait voulu avoir un fait sur lequel il pût s’appuyer, et il n’y avait rien d’afficiel! la source même à laquelle la nouvelle était puisée, une lettre d’un simple particulier, avait quelque chose de si vague, de si peu certain, qu'il méfait pas
(1) Boyer-Peyreleau, dans son histoire, suppose qu’à l’arrivée des commissaires la contre-révolution s'était déjà opérée aux Antilles, et que si les chefs du convoi, repoussés de la Martinique, ne se sont pas arrêtés à la Guadeloupe, c’est qu’en passant ils virent flotter sur les forts de cette dernière colonie les mêmes couleurs que sur l’autre, le pavillon blanc. .
La date de l’arrivée des commissaires à la Martinique n’est pas douteuse; c’est celle du 16 septembre. A cette date, de même qu’à celle du passage du convoi devant la Basse-Terre, le 19, il n’était nullement question du pavillon blanc. Ce drapeau n’a été arboré que le 24. Entre tous les documents authentiques constatant cette date, on peut voir au Moniteur, Tome XIV, 1" partie, page 423, un extrait d’une lettre du 24 septembre; écrite par le gouverneur d’Arrot au commandant en second Fitz-Morris.
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possible d'apprécier le degré de confiance qu'on devait lui accorder. Une détermination intempestive faisait peser sur le gouverneur une lourde responsabilité. Dans le doute, d’Arrot refuse. Mallevault, lui, ne doute point. Faisant un rapprochement de tous les faits qui rendent lanouvelle probable, et puisant dans la contradiction une plus intime conviction, il insiste sur sa demande. D’Arrot persiste dans son refus. Alors le commandantde la Calypsoprend une détermination extrème : il retourne à son bord, faithisser le pavillon blanc, et le salue de vingtetun coups de canon.
A cet acte éclatant, ceux qui doutaient encore furent persuadés. Personne en effet ne put supposer que Mallevault n’eût pas en main la preuve certaine des événements survenus en France. La colonie fut entrainée, et le gouverneur avec elle. La Calypso mit ensuite à la voile pour porter à la Martinique la bonne nouvelle. Là, comme à la Guadeloupe, le pavillon blanc fut arboré. |
Lorsque ce fait s’accomplissait, il y avait quarante-cinq jours que l’infortuné Louis XVI, déjà descendu de son trône, était trainé dans cette voie où, couvert d'humiliations et d’outrages, on l’acheminait vers l’échafaud , afin de lui faire payer de sa tête le délit d'avoir été roi; il y avait trois jours que, sur la proposition d’un comédien ambulant, appuyée par un prêtre défroqué, Ja Conyention avait décrété :
« La royauté est abolie en France. »
Quoi qu'il en soit, la victoire supposée de la royauté sur la révolution avait exalté jusqu’au délire le parti aristocratique de la colonie. Dansles paroisses du Lamentin et de la Capesterre, le pavillon tricolore fut brülé en cérémonie ; en présence du maire et du curé. L'assemblée coloniale, réunie sous la présidence de Hurault de Gondrecourt, jura fidélité au roi, et lui vota une adresse. Toutes les autorités épuisèrent, à l’envi, les moyens les plus capables d'exprimer l’allégresse publique. Courte joie que plusieurs payeront de leurs têtes, et d’autres par l’expatriatiou et la perte de la fortune.
Cependant l'assemblée coloniale, tout en fétant des idées
qu’elle croyait triomphantes en France, comprenait qué la Guadeloupe s'était mise en état de rébellion en refusant de recevoir des troupes envoyées par le gouvernement métropolitain.
Elle pensait que le roi absolu oublierait aisément l’offense faiteau
roi constitutionnel, mais elle craignait que la révolte, présentée sous un faux jour, n’exercât une influence fâcheuse sur les relations commerciales de la colonie. Elle voulut donc rassurer le commerce français, et le 29 septembre elle adressa aux armateurs et aux négociants des ports la lettre suivante :
« La Guadeloupe, par sa sagesse et sa soumission aux lois, « avait triomphé de toutes les causes qui pouvaient lui faire
« partager les malheurs de Saint-Domingue. La prompte exécu-
« tion donnée à la loi du 4 avril dernier, et la célérité qu'elle « a mise à prévenir le ministère, semblaient devoir la garantir « des craintes que devaient faire naître les moyens décrétés « pour cette exécution. Devenue la ressource la plus précieuse « du commerce national, et glorieuse de la considération et de « la confiance qu’elle croyait avoir méritées de la métropole, « elle se flattait que les représentants de la nation se repose- « raient sur elle-même, jusqu'à des temps plus paisibles et « moins désastreux pour la France, du soin de sa conserva-
« tion, etqu’un ministre instruit récemment, et par ses propres.
« veux, de nos localités, épargnerait à l’État les frais d’un arme- « ment inutile pour les Iles-du-Vent. Des motifs particuliers’, « que le temps éclaircira, ont prévalu, et les commissaires du « roi, informés denos dispositions avant leur départ de Lorient,
« ont refusé, à leur arrivée à la Martinique, de débarquer sans « les troupes qui les accompagnaient.
« Nous avons adhéré, Messieurs, aux démarches sages, «
« fermes et salutaires de la Martinique, dans une circonstance
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situation. Résolus de vivre et mourir français, notre amour constant pour la mère patrie sera inséparable de toutes les précautions auxquelles nous pourrons recourir. Fidèles aux lois, nous aurons une attention exacte à conserver les in-
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qui compromettait le sort de toutes les Iles-du-Vent, et nous « concertons avec elle les mesures qu’exige désormais notre
« térôts du commerce de la France, et nous protégerons ses « opérations comme nous défendrons nos propriétés. |
«< Vous connaissez les funestes effets qu’a produits dans toutes « les parties de l'empire, et surtout aux colonies, l’indiscipline « des troupes. Vous n’ignorez pas les espérances que fondaient « sur cet armement les hommes pervers, ennemis du com- « merce et des colonies, et vous avez frémi en voyant sortir « de vos ports, comme le signal de notre destruction, les « forces destinées pour les Iles-du-Vent.
« Rassurés, Messieurs, par l'événement, sur votre fortune « et la nôtre, vous vous livrerez avec Labtnests à de nouvelles « spéculations; vous serez les garants de nos sentiments, et « vous déconcerterez les nouveaux projets que pourraient mé- « diter contre nous nos ennemis communs. »
L'assemblée coloniale accusait Lacoste du fait de l'envoi des volontaires nationaux aux colonies, et la Convention, de son côté, rendait cet ancien ministre responsable de la manifestation eontre-révolutionnaire de la Martinique et de la Guadeloupe, attendu qu'il aurait dû la prévoir et la prévenir. La rébellion de ces îles connue, Lacoste fut mandé à la barre de la Convention, intérrogé et décrété d'accusation.
L'assemblée coloniale parlait au commerce métropolitain des précautions auxquelles elle allait recourir. En effet, dès le 26 septembre elle avait requis le gouverneur de donner tous ses soins à l’organisation de la force publique, et demandé à l'impôt un supplément de cinq cent mille livres. Cette somme devait se réaliser à l’aide d’un droit additionnel mis à la sortie des denrées coloniales; sur la capitation des esclaves des villes et bourgs et sur les loyers des maisons. Mais, entée sur l'impôt, elle ne pouvait rentrer que comme l'impôt lui-même, c’est-à-dire par fraction et dans le courant de l’année, tandis que ce dont on avait besoin était une ressource actuelle. Le 13 octobre, l'assemblée décréta un emprunt de pareille somme de cinq cent mille livres, remboursable avec le produit de l'impôt extraordinaire. L'assemblée, pour la prompte souscription de cet emprunt, se reposait sur Le zèle des citoyens pour la cause du ro.
On crut avoir sous la main un moyen encore plus sûr et plus prompt d’avoir de l'argent. Par des passagers arrivés à la Basse-Terre, on avait appris que la gabare la Bienvenue était -en relâche à l'ile de Saint-Christophe, et le bruit courait que l'argent que la France envoyait à la Martinique et à la Guadeloupe était à bord de ce navire. La pensée vint d'enlever la Bienvenue avec tout son contenu, moins toutefois les gardes nationales dont on ne voulait pas. Cette expédition est confiée à Mallevault. Cinquante-six volontaires de la Guadeloupe, voulant y prendre part, s’embarquent sur la Calypso. Plusieurs membres de l’assemblée coloniale briguent la même faveur, mais la majorité modère leur ardeur par un arrêté portant : « que, lorsque la colonie est en danger, le poste des membres « de l'assemblée est au lieu des séances. » Cependant, par exception, Gaugy et Savournin, membres de l’assemblée, sont autorisés à accompagner Mallevault. La Bienvenue est enlevée, mais ce que l’on cherchait ne s'y trouva point. Les volontaires dela Guadeloupe, si pleins d’ardeur et d'enthousiasme au départ, de fierté et d’orgueil au retour, bientot ne sauront plus où se cacher, poursuivis, proscrits, flétris sous le titre devenu infâme de chevaliers de la Calypso (1).
Jusqu’alors, nous l’avons déjà fait observer, l'assemblée coloniale, et la colonie avec elle, ne pensaient pas avoir arboré
(1) Voici les noms de ces volontaires : Mamiel Duboulaine, Bouscaren fils, Dupuis Desislets, Louis Druault, Petit Saint-Georges fils , Édouard Petit, les deux frères Moyencourt fils, S'-Remi Moreau, Petrus Laugier, Charles Laugier, Dorigny Chuche, Lavielle, Longchamp fils, Lalung, Thierry fils, Joseph Maréchaux, Arquet, Lépinard père, Richer fils, le baron Desse, Anquetil Cavalier, Joyeux Beaupein Duplessis, S'*-Croix Lauriol, Daleyrac ainé, Edouard Daleyrac, Lacaze ainé, Neau fils, Sayournin, Mercier de Lécluse, F. Roujol, Étienne Duclerc, Boisnormand fils, de Gaugy, Paviot fils, André Beaufond Ruillier, Beauregard le Vassor, Gatien le Solitaire, Bontoux de la Blache, Dupeyré jeune, Leteille, Élie Savarin , Beauvoisin fils, Le Mercier Beauvoisin , Gardel Saint-Alary, Sergent de la Charouelle, Lavielle Duberceau , Boubers Montaulue , Delupé, Papin, Rousseau ainé (fils du négociant), Chevrigny Lacaze, Dorigny Lacaze, de Lacarrière, Roujol, Lavielle Bebel.
un autre drapeau que eelui de la France. Ici on fêtait la royauté parce que l’on croyait que là elle était triomphante. Cette erreur ne fut pas de longue durée. Dans les premiers jours d'octobre, la nouvelle des événements du 10 août circulait dans la colonie. Le 16, l’assemblée coloniale la reçut officiellement par une dettre de de Curt, datée de Londres, du 15 août. Cet ex-député de la Guadeloupe à l'assemblée constituante, sans mission, retiré à Londres, comme inspiré des sentiments qui devaient animer ses anciens mandants, avait rédigé, aussitôt les événements du 10 août accomplis, au nom de la colonie, un acte de protestation contre tout ce qui porterait atteinte à la monarchie française et au respect dû à la personne sacrée du roi.
L'assemblée, loin de renier la cause du monarque malheureux, fut enflammée d'un saint zèle pour son service. Dans un arrêté solennel, elle protesta contre le décret de suspension des pouvoirs du roi, déclara sa ferme résolution de persister dans sa fidélité en la personne du monarque et dans la soumission à sa volonté lorsqu'il pourrait librement la manifester. Cet arrêté fut notifié au gouverneur, et envoyé à toutesles municipalités. Les curés furent requis d'annoncer et de faire des prières publiques pour la conservation du roi et de la famille royale. Sur la proposition de Picard, le portrait du roi fut transporté dans la salle des séances de l’assemblée, « afin de « consacrer l'esprit des délibérations par la présence de cette « image sacrée. » Le même jour, sur la demande de la municipalité de la Basse-Terre, l'assemblée arrêta que les officiers municipaux remplaceraient l’écharpe tricolore par une écharpe blanche. C'était, comme l’on voit, un divorce‘complet avec les idées révolutionnaires.
À la Martinique, l'ardeur pour les choses monarchiques fut portée tout aussi loin qu’à la Guadeloupe. Les deux colonies professèrent les mêmes sentiments, émirent les mêmes vœux. C'était la guerre contre la Convention. Il fallut se préparer à Ja défense. Elles nommèrent des commissaires pour s'entendre sur les mesures à prendre en commun. Les deux îles se liguèrent, firent un pacte fédératif à l'effet de se secourir mutuelle-
ment dans lous les cas prévus où imprévus. II fut convena .
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qu'elles resteraient chargées, chacune en particulier, de ses .
dépenses intérieures, mais qu’elles feraient face, à frais communs, aux dépenses de la station. Béhague fut reconnu commandant général de toutes les forces de terre et de mer. Les
commissaires arrêtèrent, en outre, l’envoi en France de deux «
députés, choisis l’un à la Guadeloupe et l’autre à la Martinique,
mais revêtus l’un et l’autre des pouvoirs des deux colonies, l'un
en l’absence de l’autre restant seul chargé de la représentation. Ces députés, nommés plus tard, furent Dubuc fils à la Martinique et Clairfontaine à la Guadeloupe. Ils avaient pour instructions de remplir leur mission auprès du roi et de ne prendre voix délibérative, sous aucun prétexte, à une assemblée quelle
qu’elle fût, nationale, états-généraux ou Convention. Clair- …
fontaine, rendant compte à l'assemblée de la Guadeloupe des résolutions adoptées de concert avec l'assemblée de la Martinique, et expliquant la parfaite homogénéité de sentiments
existant entre les deux îles, faisait observer que l’on pouvait
dire avec plus de vérité du bras de mer qui les sépare que, dans une autre circonstance, des montagnes placées entre la France et l'Espagne, &/ n'y a plus de Pyrénées.
La supposition de la victoire de la royauté sur les idées ré
volutionnaires avait abattu pour un instant les républicains de”
la Guadeloupe : ils n'osaient lever la tête. Mais lorsque fut « certain le mensonge de la nouvelle, ils commencèrent à se re-
dresser et peu après à blâmer avec emportement les autorités d'avoir constitué le pays en état de révolte contre la mère-patrie.
Ces républicains pour la plupart étaient connus. Autant pour se l
débarrasser de leurs clameurs que pour arrêter une propagande
fàächeuse aux contre-révolutionnaires, l’assemblée coloniale
prit le parti de les faire sortir de la colonie. Après avoir consulté
les municipalités, une liste de ces républicains fut dressée. On y «
faisait figurer comme perturbateurs, apportant et semant la division entre les citoyens : Jusselin ainé, Amic, Dupuch jeune,
Lange, Lépinoy, Carreau dit Cœur-de-Roy, Bonjour et une foule. |
d’autres. Ancelot et Sabathier Saint-André furent portés sur Ia