‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 44 sur 140 · ET · texte numérisé non relu

ET

liste de déportation comme gens sans aveu. Ces proscrits étaient

“arrêtés, mis au fort Saint-Charles et embarqués pour la France.

Un grand nombre fut expédié sur le navire la Demoiselle de Nantes, capitaine Reynaud. C'était leur préparer un triomphe. Encore quelques mois, et les perturbateurs d'aujourd'hui seront les seuls citoyens grands et vertueux ; Sabathier Saint-André,

le vagabond, l’homme sans aveu, sera fait président de la com-

mission générale et extraordinaire !

. Les listes des opposants se dressant dans le secret, on ‘aurait pu meltre la main sur tous ou sur presque tous, si l'assemblée coloniale n'eüt compté dans son sein un faux frère. Le citoyen

Leboucher, royaliste ici et sans-culotte là, ayant dérobé ces

listes, les communiqua aux intéressés. Cette circonstance fit que beaucoup de proscrits avertis purent se soustraire au sort qui les attendait. Bovis le républicain alla chercher un asile au Lamentin, chez son frère le royaliste. C'était précisément là que quelques royalistes du quartier s'étaient donné rendez-vous pour se concerter sur les affaires du jour. Ils arrivaient déjà lorsque le proscrit entra. Son frère eut à peine le temps de le faire monter dans un grenier. La réunion des royalistes eut lieu dans une pièce située sous.ce grenier. Bovis entendit toute la conversation, fut initié aux projets et aux espérances de ses adversaires. Un mouvement de sa part, un léger bruit pouvait le faire découvrir. Il est vrai que le risque qu'il courait n'avait

rien de bien périlleux : tout le mal qui pouvait lui arriver c'était «d’être expulsé de la colonie. C'était la différence, à la Gua-

deloupe, entre la fraternité républicaine et la férocilé aristocra-

tique : les aristocrates déportaient, les frères et amis tuaient.

…Bovis le royaliste, son parti triomphant, avait pu recevoir et

abriter sous son toit son frère le républicain; mais les rôles

vont changer et Bovis le républicain ne trouvera pas uneretraite assez cachée pour soustraire son frère le royaliste à la fraternité «républicaine; il s’efforcera en vain de l’arracher au couteau

révolutionnaire. .... Sa tête tombera!

à Les républicains avertis, plusieurs purent se cacher dans la

: = même, d’autres se réfugier dans ri le anglaise de la

Dominique. À ceux-ci vinrent se joindre lés partisans du nouvel ordre de choses, qui n’avaient pas été désignés pour la déportation, mais qui aimaient mieux souffrir l'expatriation que de paraître approuver, par leur présence, la révolte des autorités. Là, sur un sol étranger, ces fugitifs se proclamant le vraï, le seul peuple de la Guadeloupe, procédèrent à une élection, en vertu du décret de l'assemblée législative, en datè du 23 août, qui invitait la colonie à nommer trois députés à la Convention nationale. Cette élection eut lieu le 28 octobre. Les élus furent : Guillermin ainé, procureur au conseil supérieur; Dupuch, notaire; et P. J. Lion, négociant à la Pointe-à-Pitre, tous trois déjà en France pour les causes que nous avons fait connaître.

Cette élection faite à l'étranger, par une poignée d'individus, la Convention la trouva régulière, et Le 15 septembre 1795 Dupuch et Lion furent admis à siéger. Quant à Guillérmin, il était mort dans l'intervalle. Il avait été, au surplus, déjà élu par le département de Saône-et-Loire, et il justifia le choix des électeurs de la Dominique en votant la mort du roi et en repoussant le sursis à l'exécution du jugement. Plus tard Guillermin sera remplacé par Pautrizel dans des circonstances que nous rapporterons. Le nouvel élu prendra place à la Convention le 26 août 1794.

Dans le même temps, au même lieu, ét par des électeurs également proscrits, Dugommier était élu député de la Martinique. |

Les autorités, ne voulant pas laisser trace-dans la colonie du passage de la révolution, avaient ordonné d’effacer de l’uniforme des gardes coloniaux tout ce qu’il y avait de tricolore. « Les couleurs tranchées furent remplacées par une bandoulière blanche, ornée de trois fleurs de lys couleur d’or. Ce fut le citoyen Leboucher, royaliste ou sans-culotte selon l'occurrence, qui se chargea de procurer le nouvel uniforme. $

L’insurrection était dans tous les esprits. La Guadeloupe « s'était insurgée contre la France, Marie-Galante s'insurgeaw contre la Guadeloupe. La révolte semblait être le besoin du moment. On v poussait en la proclamant le plus saint des”

devoirs. Seulement, ceux qui s'étaient déjà insurgés ne voulaient point de l'insurrection des autres. Les moralistes s'étaient insurgés contre tout, même contre Dieu, mais trouvaient étrange qu’on se soulevât contre leurs abominables doctrines ; la Guadeloupe, elle aussi, supportera avec impatience la révolte de Marie-Galante.

La contre-révolution opérée à la GRO, Desnoyers, commandant militaire de Marie-Galante, sur l’ordre de d’Arrot, s était empressé de substituer le drapeau blanc au pavillon tricolore, et de prendre la cocarde blanche. Ce changement, accompli inopinément, avait causé de la surprise dans la population, mais elle était restée calme. Desnoyers ne croyait donc pas à une opposition. Quelques jours s'étant écoulés, il - vit entrer chez lui une députation à la tête de laquelle marchait le procureur syndic de la commune, portant entre les mains un objet couvert. Mis en présence du commandant, le syndic découvre ce qu’il portait: c'était un plateau en argent, sur lequel était posée une cocarde tricolore. La présentant au commandant, il s’exprima ainsi: « Cette cocarde, le roi lui-même l’a adoptée. « Elle est devenue le signe de ralliement de tous les Français. « Les habitants de Marie-Galante ne veulent point en recon- « naître une autre. Ils ont chargé la députation qui s’énonce « par mon organe de vous sommer de la reprendre. »

Desnoyers répondit qu'il ne pouvait que suivre les instructions de son chef immédiat ; qu’il se hâterait de reprendre la cocarde tricolore si l’ordre lui en venait du gouverneur d’Arrot ; mais que jusque-là il devait conserver la cocarde et le pavillon blancs, qui étaient les couleurs de la Guadeloupe.

Le syndic reprit: « Alors, Monsieur le commandant, vous « comprenez que la colonie ne peut laisser le pouvoir aux < mains d'un homme qui professe une opinion qui n'est pas « l'opinion du pays. Prenez le temps nécessaire pour faire vos « dispositions de départ : un navire sera prêt PQuE vous trans- « porter à la Guadeloupe. »

Marie-Galante étant dans le moment sans garnison, il n'y avait pas à songer à une résistance. Desnoyers répondit qu'il

pourrait partir le lendemain, et sans plus de cérémonie il fut.

renvoyé de la colonie.

Desnoyers parti, les événements du 10 août connus, et fa Guadeloupe persistant dans sa vaine et chevaleresque fidélité au roi, la petite ile de Marie-Galante s'organisa pour se gouverner par elle-même. Ses, trois paroisses nommèrent chacune quatre députés que l’on appela la commission des douze. Cette commission installée protesta contre les protestations de l'assemblée coloniale de la Guadeloupe, et proclama la scission se Ja re dance avec sa métropole.

Marie-Galante n’avait pas de commerce direct, soit avec la France, soit avec l'étranger. Elle expédiait ses produits à Ja Guadeloupe, qui, en échange, lui envoyait de l’argent ou les choses dont elle avait besoin. Ses fonctionnaires étaient payés par le trésorier de la Guadeloupe, dont la caisse était à la Basse-Terre. A la déclaration d'indépendance de Marie-Galante, l’assemblée coloniale répondit par un embargo mis sur tous les caboteurs en destination pour cette dépendance, et la défense au trésorier de faire aucun payement aux fonctionnaires de cette île. Afin de rendre efficace la défense de toute communication entre Marie-Galante et la Guadeloupe, un navire armé en guerre reçut la mission d'aller croiser entre les deux îles. Pour se procurer sa subsistance, Marie-Galante fit ce que la Guadeloupe allait faire elle-même : elle DEA ses poras aux Américains.

. Dans le temps où la Guadeloupe essayait de srédufe

sa dépendance par la faim, elle avisait aux moyens de se procurer des vivres pour elle-même. Lancée dans la voie de la rébellion , elle ne pouvait guère compter sur les expéditions des ports de la France. Les marchandises françaises étaient fort rares et à des prix impossibles. Un relevé fait de tout ce qu'il y avait chez les négociants et les marchands des deux villes ne constata ques les objets suivants :

BASssE-TERRE : j

46 barils bœuf. 550 idem farine. 90 caves huile. 42 paniers

idem. 25 cais::s chandelles. 50 fréquins beurre. 550 barriques

Pic be

vin. 200 caisses idem. 40 planches lard. 50 jambons. 2 quintaux légumes secs.

| PoiNTE-A-PITRE.

599 barils farine. 42 idem bœuf. 35 tonnes lard. 4 boucaut morue. 528 tierçons riz.

Avec cet approvisionnement la colonie ne pouvait vivre un mois. L'assemblée coloniale, par arrêté du 30 novembre, ouvrit les ports de la Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre à tous les pävillons, tant pour l'importation qué pour l'exportation. Une faveur plus marquée fut accordée aux Américains de l’Union. Ils purent faire le commerce dans tous les autres ports de la colonie où était établi un bureau du domaine. Entre les nationaux et les étrangers il n’y avait pas de droits différentiels. Ces droits étaient ceux précédemment perçus sur les navires français, augmentés d’un droit additionnel de 5 p. 0/0 ad valorem à la sortie des denrées. | AR UrA

Les ports ouverts, il fut ordonné, dans la prévision d’un blocus, à tous les propriétaires des villes et de la campagne de faire des provisions pour trois mois, tant pour eux que pour leurs esclaves. “ti

On se rappelle que, le 26 septembre, d’Arrot avait été requis, par l'assemblée coloniale, d'organiser la force armée. Dès le 27, il avait fait un règlement, formé des cadres et appelé à servir dans les milices tous les blancs et hommes de couleur capables de porter les armes. La population avait répondu à cet appel. Quelques capitaines, par excès de zèle, avaient même fait entrer dans leurs compagnies un certain nombre d’esclaves. L'assemblée coloniale vit un péril dans ces enrôlements d’esclaves, et Les défendit par un arrêté du 27 novembre. Les milices étaient organisées, mais dispersées dans toutes les parties de lle. Elles manquaient, en outre, d'instruction. D’Arrot voulut les réunir, dans le double but de les instruire et de les avoir sous Ja main dans le cas d’une attaque. Pour le succès de son “entreprise, il n'avait que la voie de la persuasion : il la tenta. Dans une proclamation du 7-décembre, il disait aux

blancs :

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