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« Ciloyens, « Si la colonie était en danger, si des RENTE pren
la menaçaient d’une invasion prochaine, je ne doute pas que
ces mêmes colons qui ont résisté pendant trois mois aux efforts de l’armée anglaise ne volassent, au premier signal, pour défendre leurs propriétés et la cause d’un roi qui leur est d’autant plus cher qu'il est malheureux. Mais l'orage qui sgronde encore au loin, des événements imprévus peuvent l'attirer bientôt sur ces rivages, et la ruine des bons Français deviendrait la cause de la vôtre Vos ennemis, quels qu'ils soient, nous trouveraient-ils sans défense ?
« Jaloux de mettre vos côtes à l’abri de toute insulte, je viens d'indiquer, pour chaque paroisse, des moyens de surveillance générale, que votre intérêt vous commandera d'adopter; mais ces mesures insuffisantes, parce qu'ellessont partielles, tromperaient, en cas d'attaque, vos espérances et les miennes, si je ne cherchais avec vous des ressources plus efficaces.
« La garnison, réduite à un trop petit nombre d'hommes pour occuper tous les postes, a besoin de renfort. Il convient « de la soutenir par un corps de volontaires qui, représentant une force armée sans cesse en activité, lui dispute la gloire de défendre la colonie, et partage ses travaux en marchant avec elle dans le chemin de l'honneur. |
« Eh! qui remplira cette tâche importante que vos pères envieraient, sans doute, si les circonstances ne nécessitaient aussi leur résidence dans les paroisses, si ce n’est vous, «
brave jeunesse créole ? C’est donc vous que j appelle, avec l
confiance, au secours de votre pays, parce que vous avez le ! loisir et les forces nécessaires. C’est vous dont-les bras, « exercés d'avance au maniement des armes, doivent protéger vos familles et leurs propriétés ; c'est vous seuls qui pourrez établir, dans vos compagnies, la discipline militaire et l'ordre que vous avez jugé nécessaire à vos succès ; € est vous enfin qui, à l'exemple de vos frères de la Martinique, *
présenterez à l'ennemi une phalange invincible; parcé que
votre cri de guerre sera : l'honneur et la patrie. »
Par les institutions du pays, Les hommes de couleur, libres
de fait, étaient astreints, avant d'entrer légalement dans la classe des libres, à servir dans les milices pendant huit années. . C'était un temps d’épreuve durant lequel ils devaient donner à la société des gages de leur bonne conduite. Ces hommes, encouragés , pouvaient être d’une grande utilité dans la circons- “ tance. L'assemblée coloniale, voulant seconder les vues de … d’Arrot, accorda les droits civils à tous les libres de fait, sous la condition de servir dans les milices, selon les prescriptions du gouverneur. Le 8 décembre, d’Arrot leur adressait la pro-
| clamation suivante :
« Hommes de couleur !
« Vous étiez assujettis par la loi à servir au moins Rte ans dans les milices pour obtenir la liberté. L'assemblée coloniale, ne méttant point de bornes à ses bienfaits, a voulu
. récompenser votre zèle et la fidélité que vous lui avez jurée.
Vous êtes libres en vertu de son arrêté que j'ai sanctionné, et vous pouvez exercer, dès que vous vous serez mis en règle,
. tous les droits attachés à l’existence civile; vous avez donc
touché d’avance le prix de vos services, sans avoir encore rempli les conditions qui devaient vous le procurer.
« Que vous demande aujourd’hui la colonie en reconnaissance d’une faveur aussi signalée? Elle exige que vous preniez les armes pour défendre sa cause et celle du monarque infortuné qui confirme votre affranchissement par l'organe de son représentant. Elle exige que vous soyez en activité de service tant que dureront les troubles qui compromettent sa sureté et la vôtre. Elle fait plus ; elle vient à votre secours pour vous en faciliter les moyens. En est-il un parmi vous qui püt oublier ses propres intérêts au point de balancer sur le parti qu'il droit prendre? En est-il un qui püût se faire à l'idée de trahir son serment et de déchirer le sein qui l’a nourri, en écoutant les conseils pernicieux de ces hommes
- pérvers qui travaillent à vous égarer ?
« Non, non, la conduite que vous avez tenue jusqu'ici
répond que vous ne serez pas des ingrats! Vous voudrez,
« à l'exemple des hommes de couleur de la Martinique et de la
« Guadeloupe, vos aînés en liberté, sauver, par votre courage, « la patrie qui a tout fait pour vous, et mourir, s’il le faut, à « côté de vos bienfaiteurs. »
Aux troupes de d’Arrot on n'aura pas besoin d’opposer d’autres troupes : elles seront vaincues sans: Fe par Ja seule puissance d’une idée.
Après la promulgation de la république, les nouveaux souverains de la France avaient envoyé dans les départements de nombreux commissaires, avec la mission de convertir, en les démocratisant, toutes les parties de l'empire au culte des nouvelles doctrines. Les colonies n’avaient point été oubliées dans la propagande révolutionnaire. On voulut qu’elles aussi eussent leur missionnaire. Un lieutenant de vaisseau, le citoyen Lacrosse, parut réunir les qualités propres à l'emploi; on lui donna une frégate, [a Félicité, et il partit de Brest le 24 octobre.
Il était chargé : 4° de remettre aux gouverneurs des différentes
iles, avec les dépèches du ministre de la marine, une copie des décrets de l’Assemblée législative et de la Convention rendus depuis le 40 août ; 2° de prendre des informations exactes sur la conduite tenue aux colonies par les agents civils et militaires,
et de les transmettre au ministre dans lesplus court délai
possible. Là ne se bornait pas sa mission. Il devait encore expliquer les événements aux colons, et user de tous les moyens
que lui suggérerait son civisme pour leur faire aimer, res-
pecter la république, et les attacher à la métropole ie la reconnaissance et la fraternité.
Le capitaine Lacrosse, arrivé devant la rade de Saint-Pierre «
le 1” décembre, à quatre heures du matin, envoya à terre les citoyens Devers et Lepelletier, pour prendre des informations sur l’état des choses dans la colonie. Ces émissaires, revenus à
bord, firent le récit des événements que le lecteur connaît: Ils
ajoutèrent, ce qui était vrai, que Sainte-Lucie et Marie-Galante
n'avaient pas suivi la Martinique et la Guadeloupe dans leur:
rébellion ; que là étaient en honneur le pavillon tricolore et «
tous les principes de la révolution ; que des patriotes en grand
PT
re
nombre s'étaient réfugiés à Roseau, ville de l’île anglaise Îa Dominique. ;
L'état de révolte de la Martinique et de la Guadeloupe n’ayant pas été prévu, il y avait impossibilité pour Lacrosse de remplir sa mission en conformité des instructions ministérielles. Deux partis lui restaient : reculer devant la difficulté, comme l'avaient fait Rochambeau et les commissaires civils, ou tenter d’en triompher. Quant à uné attaque actuelle et de front, il n’y avait pas à y songer; mais, par des promesses et des menaces,
- on pouvait essayer de désunir le parti dominant, d'appeler sous
les drapeaux de la république les hommes qui avaient été séduits ou entrainés, et de pousser teux-ci contre les autres. C'était quelque chose comme une guerre civile, mais en révolution on n’y regarde pas de si près. Lacrosse, sa détermination arrêtée, quitte les parages de la Martinique et se dirige vers l'ile de la Dominique. En route, rencontrant la corvette /e Ballon, ïl remet au commandant les paquets à l'adresse du gouverneur général, accompagnés d’une lettre dans laquelle, faisant le récit des événements survenus en France, il marque sa grande surprise de ce qu'il a appris des choses de la Martinique; il fait des vœux, en terminant, pour que sa narration ramène ceux que l'erreur avait entrainés dans de coupables démarches.
Ce qui étonne, c’est que ces bruits de liberté qui retentissaient de toutes parts n’éveillaient ni les colons, ni les ports de mer de la France. La traite se faisait encore comme aux plus beaux
… jours de l'esclavage. En France, on faisait des armements pour la
côte d'Afrique, on portait aux iles des noirs, que les colons achetaient comme si cette propriété n’était l’objet d'aucune menace; et ce qu'il y a de plus incompréhensible, c’est que la Convention ne cessait pas d'accorder au commerce une prime pour ce trafic : ce n’est que le 27 juillet 1793 qu'interviendra le décret portant suppression de cette prime. Dans les derniers jours de novèmbre, un navire de Saint-Malo, le Louis-Marie, Capitaine Damas, arriva à la Basse-Terre avec une cargaison d’Africains. Ces noirs furent vendus dans un marché ouvert les 27, 28 et 29, conséquemment l’avant-veille de l’arrivée de
Lacrosse! Et chose bien propre à sérvir d'enseignement, ceux qui, dans quelques instants, se montreront de chauds républicains, des sans-culottes accomplis, allèrent s’approvisionner à ce marché avec non moins d'empressement que les aristocrates. La liberté serait-elle, comme les richesses, un moyen de jouissance que l’on réclame pour soi, sans se préoccuper de la part revenant aux autres? |
Les patriotes de la Martinique et de la Guadeloupe, réfugiés à la Dominique, se disant le vrai, le seul peuple des Antilles, voyant venir Lacrosse, le proclament leur chef et le légitime commandant des forces de mer de la république française aux Iles-du-Vent. Lacrosse accepte ce long titre, et entre dans l'exercice de ses fonctions en rédigeant un écrit intitule : Dernier moyen de conciliation entre la métropole et les colonies révoltées. Dans cette pièce, il divise les colons en deux classes : les planteurs et les chefs militaires d’une part et les autres colons de l’autre. Quant aux premiers, ce sont des scélérats, les instigateurs de la révolte ; ils n’ont aucune grâce à espérer. Pour les colons non planteurs c’était autre chose : ils n’avaient ‘été qu’entrainés ; ils pouvaient attendre leur pardon, mais à une condition, de séparer leur cause de celle des planteurs et des
chefs militaires. Le divorce opéré entre les planteurs et les autres colons, Lacrosse disait à ceux-ci ce qu'illeur restait à
faire : | « Mettez bas l’étendard honteux du despotisme ; saisissez les
« coupables instigateurs, les chefs de la révolte ; assurez-vous=M
« en: la loi vous le commande. Appelez-moi : je volerai vers
« vous ; je serai votre médiateur auprès de la patrie, et nous" « confondrons dans nos embrassements notre joie réciproque. M
Le commandant de la Félicilé, pour peser sur les poltrons,
avait soin d'annoncer l’arrivée prochaine d’une station républicaine. | L'ile de la Dominique était devenue un foyer révolutionnaire: Les cris de liberté si souvent répétés pouvaient être entendus
par les esclaves. Le gouverneur de cette île considéra la pré=«
sence de Lacrosse comme un danger publie, et fit inviter ce