P TE TS PE VS
dé 3-e ho AR
ln
chef à s'éloigner. Mais le commandant de {a Félicité ne voulut partir que sur un ordre écrit, dont on lui ferait connaitre les motifs. Bruce, le gouverneur, lui envoya la lettre que voici :
« Les bonnes dispositions que j'ai manifestées pour vos « besoins doivent vous convaincré que j'ai de fortes raisons « pour désirer que vous partiez ce matin. Sur ce sujet, je mai « d'explication à donner à personne autre qu'au roi. »
Lacrosse, obligé de quitter ses frères de la Dominique, se rendit à Sainte-Lucie. IL fut reçu avec enthousiasme et reconnu, comme à la Dominique, pour le seul légitime commandant des forces de mér de la république française aux Iles-du-Vent. En un clin-d'œil Sainte-Lucie fut organisée révolutionnairement. Elle échangea son vieux nom contre celui de la Fidele; elle eut la Marseillaise, des clubs, des plantations d'arbres de liberté et le bonnet rouge.
Lacrosse, établi à Sainte-Lucie, se mit en rapport avec l’ile de
Marie-Galante. Il écrivit à la municipalité du Grand-Bourg pour féliciter les habitants de la colonie sur leur dévouement et leur . fidélité à la mère patrie, ainsi que sur le courage qu’ils avaient déployé contre les ennemis de la révolution. La municipalité lui répondit :
« C’est avec la plus grande satisfaction que nous avons appris votre arrivée aux Iles-du-Vent, ainsi que le progrès des armes de la République. Quelques instants plus tard notre « Ilaque était peut-être en proie aux horreurs de la guerre « civile ; mais l’union des bons citoyens et la fermeté de leurs « représentants ont prévenu les malheurs, déjoué les machina- « tions et détourné les effets en éloignant la cause.
« Ce west pas, frère et citoyen, qu'il n'existe encore parmi « nous quelques malveillants ; mais ils sont en partie connus, « etc’est beaucoup.
T« Cependant nous avons besoin de votre protection, et s’il « vous élait permis de venir passer quelques-instants parmi « nous, votre présence réjouirait les bons citoyens, en im- « poserait aux méchants, dissiperait les doutes qu'ils ont ré- « pandus tant sur l’existence d'une frégate nommée [a Félicité,
Le]
« — ce nom leur est si peu connu, — que sur les nouvelles « dont vous nous avez donné le détail. Elle échaufferait le zèle « de quelques personnes bien intentionnées, mais faciles à « circonvenir, encouragerait de plus en plus ceux que rien n’a « pu ébranler, et porterait le dernier coup à l’aristocratie.
« Mais si l'intérêt de la république nous prive du bonheur de « vous posséder, n'oubliez pas, frère et citoyen, que nous « avons fait et que nous renouvelons le serment de vivre libres « et de mourir pour la liberté et l'égalité.
« LEMERLE, maire; BESNIÉ, CHovor, officiers municipaux; « LABEYRIE, secrétaire greffier. »
Lacrosse s'excuse de ne pouvoir serendre, pour le moment, aux vœux des habitants de Marie-Galante. Il y viendra plus tard. En attendant il leur donnele conseil d'établir des clubs. Et, pour les diriger dans l’œuvre révolutionnaire, il leur fait envoyer
par Laroque Montal, commandant de Sainte-Lucie , le capitaine | 4
Kermené, chaud patriote, qui avait fait ses preuves à l’île la Fidele.
Ces faits se passaient le 41 décembre. Le 2 janvier, nouvelle lettre du commandant de la Félicilé, pour exhorter les Marie- Galantais à former des clubs, vantant leurs bons effets à l’île la Fidèle. I raconte que l’arbre de la république, appelé en France l’arbre de la liberté, a été planté à Sainte-Lucie, et que cette fête civique a été célébrée avec ordre et gaité. IL espère que cette cérémonie auguste se fera à Marie-Galante.
Aussitôt la commission des douze prend un arrêté (5 janvier) par lequel le citoyen Lacrosse sera invité à se trouver à la fête solennelle que la colonie prépare pour la plantation de l’arbre de la république, surmonté d’un bonnet rouge, au pied du arbre sera chanté l'hymne des Marseillais. |
Cette invitation est portée à Lacrosse par deux membres,
avec la mission de lui témoigner le désir des citoyens de lui
donner le baiser fraternel.
Au milieu de cette grande expansion patriotique, survint un incident qui mit toute l'ile en rumeur. Le-nègre Auguste avait été loué pour porter aux citoyens une cireulaire à l'effet de se
réunir en assemblée primaire. Pour être certain que les habitants fussent avertis, on les avait invités à apposer leur signature au bas de la circulaire. Un plaisant, à la place de son nom, écrivit : Le capilaine des aristocrates. Cet attentat provoqua une incroyable colère. Dans le moment même où l’on cherchait à découvrir le coupable, on discutait sur la peine que méritait un tel forfait. Le capitaine des aristocrates ne put être connu. Des soupçons toutefois planaient sur le sieur Gaucher fils. Mais le temps n’était pas encore venu où le soupçon suffisait pour faire jouer la guillotine. Il viendra, et l’imprudent jeune homme montera les degrés de l'instrument de mort, trainant à sa suite son frère et son vieux père!
Cependant l’écrit de Lacrosse, répandu à la Guadeloupe avec profusion, avait produit l'effet attendu. Tout ceux à qui le capitaine de la Félicité avait promis le pardon s’ébranlaient pour passer du camp de la royauté dans le camp de la république. Le comité de l’assemblée coloniale vit le danger du dernier moyen de concilialion, etcrut pouvoir le conjurer en déclarant supposé l'écrit de Lacrosse et en le prohibant. En conséquence, le . 10 décembre, il prit l’arrêté suivant :
« Le comité, considérant que les malveillants introduisent et « font circuler dans la colonie des papiers faux et incendiaires, « dans le dessein d’y fomenter le trouble et la division, d’y « semer des alarmes, d’ébranler les esprits faibles et de « favoriser, par là, les intentions perverses de nos ennemis ; « Considérant qu'il est de son devoir de ne négliger aucun « des moyens propres à garantir la colonie de l'effet de ces .« manœuvres perfides, et à maintenir la tranquillité dont elle « jouit, « À ARRÊTÉ ET ARRÊTE Ce qui StÂt :
« 4° IL est expressément défendu à toutes personnes d'in- « troduire, vendre, distribuer, copier ou communiquer, en « façon quelconque, aucuns papiers-nouvelles, imprimés ou à « la main (la gazette et les petites affiches de la Martinique « exceptées) et notamment un écrit faux, calomnieux et in- « cendiaire, soi-disant adressé de la Dominique à tous les habi-
RO
« tants des colonies françaises, et attribué au sieur Lacrosse, « commandant la frégate la Félicité, lequel n’a pour cet effet « ni pouvoir, ni mission connue; à peine contre les contreve- « nants d’être arrêtés, poursuivis extraordinairement devant « les tribunaux comme fauteurs de troubles publics, et con- « damnés à telles peines qu’il appartiendra, même à ua de « mort, si le cas y échoit.
« 2° Enjoint à tous particuliers qui auraient en leur pos- « session de semblables écrits, et notamment celui ci-dessus « désigné, d’en faire remise à leurs municipalités respectives « aussitôt après la publication du présent arrêté, et ce à peine « contre les contrevenants, s'ils se trouvent saisis desdits écrits, « d'être poursuivis et punis suivant les dispositions de l’article « précédent.
« Le comité instruit, par les renseignements qui lui sont « parvenus, de la fausseté dudit écrit, et du motif de ceux qui « l'ont fabriqué, invite les citoyens à n’ajouter aucune foi à « cette production mensongère, répandue clandestinement ” « dans le public, et à se garantir de l'effet les ennemis de … « la colonie semblent en attendre. »
L'annonce de peines si terribles contre les contrevenants à l'arrêté n’était qu'un épouvantail. |
Le chirurgien Fontelliau, convaincu d’avoir fait circuler le dernier moyen de conciliation, fut simplement mis au fort Saint-Charles. | |
Jusqu’alors les hommes de couleur, en presque totalité, M avaient suivi les blancs, même lorsque ceux-ci marchaient dans la voie de l'erreur. C’est avec leur concours que, plus d'une fois, . à la Martinique comme à la Guadeloupe, les planteurs avaient pu« triompher de la turbulence des villes. Blancs et hommes de couleur, restant unis, auraient été forts contre les principes démagogiques. Lacrosse le vit, et s’efforça de faire ce qui depuis fut tenté avec le même succès, à savoir de persuader aux hommes de couleur que la cause des blancs n'était pas la leur:
L'assemblée coloniale de la Martinique, elle aussi, avait pensé devoir prendre des mesures pour garantir cette colonie
nt mis 3
des effets des écrits de Lacrosse. Elle avait fait précéder ces mesures par une déclaration de principes. Une lettre adressée aux armateurs et aux négociants des ports de la France, pour expliquer et justifier les événements, débutait par ces paroles : « La colonie de la Martinique était en paix... »
Répondant à cet écrit, Lacrosse s’écriait : « Quelle paix, « grand Dieu! Le sommeil de la mort est aussi une paix, et « c'était celui des colons! » |
Puis s'adressant aux hommes de couleur, il leur disait : « O « vous; instruments aveugles de leurs fureurs! Vous, nos « frères et nos amis, jusqu’à présent connus sous le nom de « gens de couleur, que les Français appellent à l'exercice des « droits les plus étendus en vous désignant désormais sous le « nom de citoyens, pouvez-vous hésiter un instant sur le parti « que vous avez à prendre? La loi que vous méconnaissez est « toute en votre faveur: Le gouvernement républicain est le « vôtre, c’est celui du peuple. Déjà son règne a commencé « dans la fidèle Sainte-Lucie. Venez voir réunis vos frères, qui « sont devenus les nôtres, ne faisant plus qu'une même « famille, s’asseyant à la même table, partageant tous nos « plaisirs en société, comme nos travaux et nos dangers à la « guerre. »
Il est un fait qui demeure inexplicable : c’est que Béhague et Rivière, qui avaient annoncé vouloir porter haut et ferme le drapeau de la royauté, qui n’avaient pas faibli devant Rochambeau, accompagné de forces imposantes, Béhague et Rivière assez compromis pour n'avoir plus rien à craindre ni à ménager, disposant du vaisseau la Ferme, des frégates la Royaliste et la Calypso et de quelques autres navires de moindre force, n'aient pas songé à arrêter Lacrosse dans sa propagande révolutionnaire. Le missionnaire put, en toute liberté, prècher sa doctrine et faire des prosélytes. C'était fatal. I fallait que la révolution s’accomplit en tous lieux. Les barrières qu'on pouvait lui opposer ne s’élevaient point. |
L'assemblée coloniale, effrayée de la rapidité avec laquelle la nouvelle doctrine se répandait, désespérant de commander
longtemps à la situation, prit la détermination de députer à Londres, auprès des princes émigrés, l’un de ses membres, le baron de Clairfontaine. La mission de cet envoyé consistait à obtenir, par la médiation des princes, des secours de l’une des puissances coalisées, afin de conserver la Guadeloupe au roi. Dubuc avait reçu une mission semblable de l’assemblée coloniale de la Martinique. Les deux députés devaient agir de concert.
Après la prise du pavillon blanc, les patriotes ayant été déportés ou s’étant retirés de leur plein gré dans les iles voisines, il n’y avait à la Guadeloupe qu'un parti, celui des royalistes. Mais Lacrosse arrivé, ses écrits répandus, cette unanimité de sentiments fut aussitôt rompue. On vit sortir, comme de dessous terre, le parti républicain, qui se dressa en face du
parti royaliste. Le nouveau parti était composé d'hommes
étrangers au pays ou occupant les positions infimes de la société ; parti ardent, disposé à tout entreprendre, voulant un changement, parce que dans le changement on peut se hisser, du bas passer au sommet. En dehors de ces deux partis bien tranchés, existait un troisième, à lui seul plus nombreux peut-être que les deux autres réunis, mais sans énergie, prêt à recevoir la loi de qui voulait la lui donner, pourvu qu’on n’exigeât de lui ni peine, ni efforts, parti- que dans tous les temps on appela honnête, modéré, servant d'appoint aux autres détestant le mal, et le laissant faire en son nom.
Les républicains voulaient marcher en avant, arborer le
drapeau de la révolution et chasser Les aristocrales et Les traîtres; mais ne se sentant pas assez forts, ils cherchaient à. enrôler les modérés sous leur bannière. Pour agir sur eux avec plus d'efficacité, les meneurs faisaient circuler la nouvelle d’une division républicaine déjà partie de France et en route pour les Antilles; malheur, disaient-ils; à ceux qui seraient trouvés portant encore les couleurs de la royauté! Les modérés
n'osaient ni abandonner les royalistes, ni ne pas répondre à
l'appel des républicains. Dans cette situation, les plus hardis, voulant se ménager une porte de sortie, adressèrent une pétition à la municipalité de la Pointe-à-Pitre, à l'effet d'assembler
les citoyens pour délibérer sur l’état des choses et prendre une résolution. La pétition portait cent quatre-vingt-douze signatures. Les citoyens furent convoqués pour le 7 décembre.
Faute d’un local assez vaste, l'assemblée se tint sur le cours d’Ennery, appelé depuis place de la Victoire. Deux cent trente citoyens actifs répondent à l'appel nominal; d’autres en plus grand nombre, sans voix délibérative, assistent à la réunion.
Delort est élu président, et Toussel secrétaire.
Le président expose l’objet de la convocation. Il dit. qu'il s'agit de connaître le vœu de la paroisse dans le cas où une division française, portant les couleurs nationales, se présenterait dans les parages de la colonie.
Le citoyen Partarrieu, ayant obtenu la parole, s'oppose à ce que la question, ainsi formulée, soit mise en délibération, parce qu'elle supposerait une hésitation de la part de l'as-
* semblée sur la nécessité d'obéir aux ordres de la métropole ; que l’assemblée n’a pas à délibérer, mais à déclarer, à pro-. clamer bien haut ses sentiments et son intention.
L'assemblée, votant par acclamation, arrête qu’il n’y a pas à délibérer : qu’elle fait seulement connaitre son intention bien . arrêtée d’obéir aux décrets et aux SAANISQUE de la Convention nationale. ;
Sur la proposition de Courtois: l'assemblée arreter de garder une parfaite neutralité, dans le cas où une ou plusieurs paroisses ne seraient pas de même avis, et de ne prendre les armes que pour maintenir le bon ordre dans l’arrondissement ;
Arrête encore qu'aucun citoyen ne prendra la cocarde tricolore avant le vœu bien connu de la colonie, à moins que ce ne soit en vertu d’un ordre supérieur.
Par cette déclaration de principes, la ville de la Pointe-à- .Pitre séparait sa cause de celle de l’assemblée coloniale et des autres autorités. Le soin même qu’elle prenait de déclarer
qu’elle n’emploierait point la force des armes contre les autres paroïsses professant une opinion contraire à la sienne, indique assez que les esprits ardents y songeaient. Et quant à la recommandation de ne prendre da cocarde tricolore que sur le vœu
Sat
bien connu de la colonie, il était peu probable qu’elle fût observée, adressée qu'elle était à des hommes ‘impatients d'aller en avant.
- L'assemblée coloniale et le gouverneur, tout en faisant
bonne contenance, ne se faisaient point illusion sur le danger
de la situation. Tout leur révélait la fragilité de l’appui qu’ils avaient voulu donner à la royauté au milieu de la tempète révolutionnaire. Lacrosse n’était pas seul à faire des écrits excilants : il en arrivait chaque jour de la Dominique, rédigés par les réfugiés patriotes. Ces écrits étaient répandus dans toute la colonie, à l’aide des émissaires du nouvel évangile. Il ne restait plus à l'assemblée coloniale qu’un petitnombre d'hommes
de couleur. Les ateliers, aux cris de liberté si souvent répétés,
commençaient à se débander. Aussi dès le 12 décembre,
l'assemblée coloniale considérait-elle la partie comme perdue. Entretenant de ses inquiétudes le comité de la Martinique, elle lui avouait que si la colonie ne recevait un prompt secours par la médiation des princes auprès des puissances coalisées, elle ne voyait de ressources que dans le courage, DU ne pas dire dans le désespoir des honnètes gens.
Le 20, la ville de la Pointe-à-Pitre fut entourée et comme
assiégée par un rassemblement considéräble, composé en
grande partie de nègres et de mulàtres. Ce rassemblement ne.
faisait qu’exécuter un mot d'ordre. Aussitôt les quelques soldats,
reste du bataillon de Forez, qui déjà avaient refusé de prêter ser"
ment au roi, sortent de la caserne avec la cocarde tricolore; les matelots des navires sur rade se joignent à eux ; les meneurs
se montrent, entraînentune partie de la population, et tous de-
mandent à grands cris la substitution du drapeau tricolore au
pavillon blane. Au bruit des portes qui se ferment, aux cris
poussés par la frayeur ou la joie du triomphe, on court, on se précipite, on traine des canons ; la ville est dans la plus
étrange confusion : le pavillon tricolore est arboré. Cette nouvelle est portée à Lacrosse, qui était alors à Sainte-Lucie. E répond aux habitants de la Pointe-à-Pitre :
« .…... Continuez à défendre nos frères avec l'intrépidité qui