‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 49 sur 140 · MAG ET · texte numérisé non relu

MAG ET

assemblées primaires le dimanche 20, à l'effet d'élire des représentants. Ces représentants devaient se rendre dans la ville de

la Pointe-à-Pitre le 23, et se constiluer en assemblée sous telle dénomination qu'ils jugeraient convenable. Sur les vingt-huit paroisses de la colonie vingt-deux furent représentées, et leurs deputés se constituèrent sous le titre de commission générale extraordinaire de la Guadeloupe. On comprend sous quelle influence avaient été faites les élections, et la nuance d'opinion que représentaient les élus. L'assemblée constituée le 23, son premier acte fut de prendre un arrêté par lequel elle « invite

« et requiert le citoyen Lacrosse de remplir les fonctions de.

gouverneur jusqu’à l’arrivée de celui qui sera délégué par la « république. »

Cet arrèté porté à la connaissance de Lacrosse ne le satisfit pas.

complétement. Il voulait bien être le gouverneur de la Guadeloupe, mais sans abdiquer le.droit au gouvernement des autres îles. Il demanda donc la faculté de pouvoir se faire substituer, en cas d'absence, par le capitaine Kermené. Cela lui fut accordé sans difficulté. Alors la commission générale extraordinaire

ajouta à son arrêté : « Le citoyen Lacrosse demeure autorisé à”

« commettre, en son absence, tel des citoyens qu’il jugera « propre à remplir les mêmes fonctions. »

Ce dessous de cartes réglé, vingt-deux commissaires | nombre -

égal à celui des paroisses représentées, sont envoyés au citoyen Lacrosse pour lui faire part de l'arrêté de la commission. Accompagné de ces commissaires , il se rend dans le sein de la commission. Sa présence excite les applaudissements de l'assemblée et des galeries. Le Président Re vœu de la commission, et lui réitère l'invitation de prend

pouvoir exécutif. Dans un discours plein de civisme Lacrosse

accepte, et cette acceptation donne occasion à de nouveaux

applaudissements de l’assemblée et des galeries. | A la Martinique, comme à la Guadeloupe, les événements

avaient marché : les partisans de la royauté avaient été con

traints de s'éloigner et de laisser la place aux patriotes. Le 28 janvier, ce qui restait de membres de l’assemblée coloniale

en mains le

GS déféra à Laerosse le gouvernement de la Martinique que l’assemblée lui offrit comme un gage de l'union qu'elle désirait cimenter avec lui, el comme un hommage rendu à ses vertus.

Al y ä dans les dates de singulières coïncidences. Ce même . jour 28, Rochambeau arrivait inopinément à la Basse-Terre sur

le brick le Lutin. Grand fut l’émoi de tous ceux qui s’étaient déjà distribué les rôles dans le nouveau gouvernement. Il fut question de renvoyer celui qui s'annonçait comme gouverneur général des Iles-du-Vent. On ne savait pas que Rochambeau fût porteur de nouveaux ordres de la république, et on était étonné de le voir revenir seul, sans escorte, alors qu’il s’était éloigné ayant des troupes sous ses ordres. Pour éclaircir ce mystère Lacrosse se rend à la Basse-Terre. Là, Rochambeau lui communique ses nouveaux pouvoirs émanés du ministre Monge. Lacrosse connut la vérité, mais il ne demeurait pas moins une puissance avec laquelle il fallait traiter, car, selon ses propres expressions, pour éloigner Rochambeau, Collot et Ricard, il n'avait qu’un mot à dire. On traita. Rochambeau, en sa qualité de gouverneur général des Iles-du-Vent, maintint Lacrosse . comme gouverneur provisoire de la Guadeloupe. Les deux gouverneurs, s'étant mis d'accord, partirent pour la Pointe-à-Pitre, el le 4° février Lacrosse présenta Rochambeau à la commission générale extraordinaire. Le lendemain, au lieu d'aller prendre son nouveau gouvernement de la Martinique, Lacrosse y conduisit sur sa frégate le général Rochambeau. Tous deux débarquèrent à Saint-Pierre le 3 février.

Pendant l'absence de Lacrosse arrive Collot, qui débarque à la Basse-Terréle 6 février. Si l’arrivée de Rochambeau, qui ne prétendait qu'au gouvernement de la Martinique, avait causé de | Vémoi chez les patriotes, on peut juger du trouble causé par la venue de Collot qui, lui, réclamait le gouvernement même de la Guadeloupe, seule ressource restée aux Maurices et à leurs principes. Les patriotes jetèrent un cri de fureur et se promirent bien de ne pas laisser à Collot le maniement des affaires du pays. D’un autre côté, tout ce qu’il y avait dans la colonie de planteurs, de propriétaires, de personnes possédant

quelque chose ou haïssant le trouble et l’anarchie appelaient de leurs vœux le gouvernement de Collot, dans la pensée qu’il apporterait un changement dans la situation des choses, déjà -intolérable. Tout donc fut encore dans l’agitation, et la malheureuse Guadeloupe se divisa de nouveau en deux partis, dont l'un eut Collot pour chef et dont l’autre marchait sous la | bannière de Lacrosse. |

Pendant ce temps, Lacrosse, à la Martinique, ne se doutait pas que le pouvoir lui fût disputé à la Guadeloupe. Loin de là, dans une lettre du 9 février, datée de Saint-Pierre, adressée à « la commission générale extraordinaire, en annonçant le désarmement de la part de l'Angleterre, il disait que les dernières - nouvelles lui faisaient espérer de rester à la Guadeloupe plus | longtemps que ne l'avait supposé Rochambeau, qui croyait à. | l'arrivée prochaine des commissaires; mais que le: départ de" ceux-ci de France était renvoyé au mois de mars.

Lacrosse quitta enfin la Martinique pour venir prendre son : gouvernement de la Guadeloupe. Le 13, passant devant Marie=M Galante, et se souvenant des vœux des habitants et de ses pro=« messes, it s'arrêta pour les visiter. Ce fut comme à la Pointe-… à-Pitre : baisers fraternels, enthousiasme, triomphe. On planta l'arbre de la liberté, coiffé du bonnet rouge, au pied duquel arbre fut chantée la Marseillaise. Le soir, la commission des douze donna un grand repas, auquel furent conviés un nègre etm un mulâtre, en signe d'égalité, et le capitaine Thompson , amé=« ricain, pour représenter l'alliance entre la république française et celle des États-Unis d'Amérique. A la fin du repas, les discours" précédant les toasts aux dieux du jour furent empreïnts d’un tel civisme, ils parurent si pathétiques, que tous les convives, fondant en larmes, se levèrent instantanément, et, se jetant dans. les bras les uns des autres, se donnèrent à l’envi plusieurs | baisers fraternels. Les patriotes de 95 étaient fort sensibles®« Il n’y avait guère que le sang coulant de la guillotine et Ies« poignantes misères résultant des confiscations qui eussent le don! de ne pas les émouvoir.

Revenu à la Guadeloupe, Lacrosse ne fit aucune dématcel

personnelle pour la conservation de son SAMR Heat" Il se contenta de laisser agir ses partisans.

Collot n'avait aucun nouvel ordre du gouvernement de la république pour revenir dans la colonie. Éloigné des Antilles avec Rochambeau, il revenait avec lui. Pour le repousser, on lui disait : Vous n’avez qu'une commission royale, et nous sommes en république! Collot répondait : Cela est vrai; mais il n'est pas moins vrai aussi que la Convention nationale, par son décret du 21 septembre 1792, a maintenu tous les pouvoirs non révoqués ou non suspendus. Or il est incontestable que j'étais gouverneur de la Guadeloupe à l’époque de ce décret. Je n’ai pas été révoqué; tout au contraire, la-dépèche ministérielle par laquelle le gouverneur général a reçu ordre de se rendre aux Antilles me concerne implicitement, puisque nommé avec lui je ne m'étais éloigné qu'avec lui, suivant son sort en tout et partout. Donc rien n’est changé en moi: je suis encore, comme je l’étais lorsque le canon des contrerévolutionnaires me repoussa, le gouverneur de la colonie.

Ces raisons paraissent assez concluantes; inais lorsque c’est la passion qui décide, les raisons ne se comptent guère. On discutait, on faisait des distinctions. Le procureur Guillermin, et les huissiers Gauguery et Bonjour, devenus des personnages importants, faisaient valoir des moyens tirés de la procédure, invoquaient des nullités. Lacrosse, comme on la vu, se tenait à l'écart. Il offrit même à la commission de se démettre en faveur de Collot de ses fonctions de gouverneur. Mais la commission générale extraordinaire coupa court à toute discussion par un arrêté du 14 mars portant : « que le géné- « ral Collot n'avait aucun pouvoir émané de la république. le En conséquence maintient le capitaine Lacrosse dans ses « fonctions. »

Le même jour, Lacrosse fit une proclamation pour annoncer à la population qu'il continuerait ses fonctions , ne voulant pas

“que le défaut de chef püt compromettre le salut du pays. De son

côté Collot demanda à Lacrosse et à la commission générale

extraordinaire à demeurer dans la colonie comme simple parti-

culier, en attendant que le gouvernement de la France se fut prononcé.

Cet dont qui allait peut-être permeltre à à la colonie de fonctionner d’une manière normale, n’était pas plus tôt conclu que la nouvelle de la guerre entre la république française et l'Angleterre parvint à la Guadeloupe. On ne sait quel fut Le sentiment qui détermina Lacrosse dans cette circonstance, mais toujours est-il qu’il se rendit à la commission générale extra-* ordinaire et marqua sa répugnance à conserver le gouvernement de la colonie, répugnance fondée sur ce que n'étant pas officier M de terre il n'avait pas toutes les connaissances requises pour la partie militaire, Mais la commission ne l’écoutan point, et entreprit de le forcer à rester gouverneur malgré lui. Alors le 48, étant à la Basse-Terre, il écrivit à la com-* mission une lettre dans laquelle se trouvent ces expres-« sions remarquables : « Vous le savez; sur les nouvelles d’une“ « guerre prochaine, je vous ai représenté mon incapacité « pour le commandement des troupes. » Dans cette même lettre, il indiquait Collot comme républicain et comme le chef“ près duquel on devait chercher le salut de la colonie. Il ter-« minait par ces paroles de menace : « Si, par un respect hu-« « main, vous ne l’écoutez pas, soyez certains que plutôt que de« « servir de prétexte aux desseins perfides de nos ennemis, lui. « et moi nous nous éloignerons sur ma frégate. » i

Mais en attendant l’effet de sa lettre, Lacrosse dut continuer ses fonctions de gouvetneur. À

Le 19, il fit une proclamation pour annoncer à la colonie la guerre avec la Grande-Bretagne. Le même jour, l'assemblée générale extraordinaire prend un arrêté qui déclare la colonie en danger, et enjoint à tous les fonctionnaires de se tenir à leur“ poste. Puis elle fil une adresse aux patriotes pour les appeler" aux armes. Quant aux partisans de la royauté, aux aristocrates, elle leur disait : « Mais vous, hommes astucieux et cruels, qui, « loin d'avoir été entrainés, avez poussé dans l’abime vos con- « citoyens ; vous qui avez été les agents d’un pouvoir exécutif « coupable, et qui n'êtes pas moins crimininels que lui, restez

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« loin de nous, votre présence pourrait faire évanouir la loi « que vous méconnaissez. »°

Cependant la lettre de Lacrosse avait porté ses fruits. Le 20 mars, la commission, après avoir réglé un petit intérêt de famille et alloué à chacun de ses membres seize livres dix sous parjour, prit un arrêté par lequel : « Considérant les circons- « tances nouvelles de la déclaration de guerre, et la déclaration « du citoyen Lacrosse qu’il n’est point officier de terre, et qu’il « na point toutes les connaissances requises à la partie mi- « litaire hors la mer, déclare le gouvernement entre les mains « de Collot. »

Lorsque lon sut qu’il était question pour Lacrosse de quitter la colonie, toutes les municipalités et les sociétés populaires lui envoyèrent des adresses, autant pour le féliciter de sa conduite que pour l’engager à ne pas abandonner le gouvernement. Le triomphe des idées révolutionnaires avait ramené Thyrus Pau- Mrizel à la tête de la municipalité de la Basse-Terre. Il rédigea une adresse qu’il fit adopter le 4 mars par la municipalité et le conseil général de la commune. Nous la rapportons, car c’est dans de telles pièces que se reflète l'opinion dominante :

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