CITOYEN GOUVERNEUR
« La colonie entière, et particulièrement cette ville, étaient «en proie aux horreurs du despotisme le plus révoitant lorsque vous avez paru dans ces contrées : une horde de contrerévolutionnaires disposait arbitrairement de notre honneur, de nos vies, de notre liberté, de nos propriétés ; les vrais amis de la patrie, proscrits, vexés, erraient épars dans les « colonies étrangères : votre voix s’est fait entendre, ils se sont « ralliés à vous, les chefs des coupables ont fui ; vous nous avez rendus à nos droits. É
…« Le génie tutélaire de la révolution francaise a dirigé tous wos pas. Vous avez vu disparaitre la douleur où nous étions plongés et que chaque jour accroissait: Votre âme sensible a été frappée du contraste rapide de cette douleur avec l’allésresse vive et pure que votre présence en cette ville nous'a
si
« inspirée. Jouissez le plus longtemps possible des sentiments « que nous vous avons voués et du fruit des succès dont vous « êtes couronné. | « Vous avez triomphé des opinions, des ressentiments per- « sonnels et des projets insensés qui nous entouraient : faites « plus, triomphez encore des manœuvres sourdes et odieuses, « des cabales secrètes et perfides qui voudraient de nouveau « « nous conduire ; fixez les vérités ; écrasez d’une main puis-« « sante les abus ; de l’autre main relevez les victimes; plongez « dans la fange ces àmes viles dont la coalition a repoussé si. « constamment les bienfaits de la révolution; anéantissez cet « abominable égoïsme, plus dangéreux que l'esprit de révolte « décidé. Mais si le temps manque à tant de travaux, si des cir-« « constances impérieuses vous forcent à retourner vers la mèrem « patrie, rappelez-vous que si vous avez trouvé dans votre « route des intentions perverses, vous y avez trouvé aussi des « sentiments généreux, des êtres dévoués à l'honneur de Iam « république, au zèle le plus pur, au patriotisme le plus. « distingué. | 4 « Démontrez à la nation française, dites à son conseil exé=« « cutif qu'à la Basse-Terre vous ave trouvé des frères, des « amis, de vrais républicains ; qu'à l'instant où vous avez paru « parmi nous, nos cœurs ont volé vers vous; peignez notre fi= « délité, notre soumission, notre amour pour la mère patrie; « mais aussi ne lui célez pas l’énormité de tous les vices qui « nous restent à combattre, et surtout assurez-la de notre « dévouement à la gloire, au bonheur et à la prospérité de las « république française. à « Pautrizel, maire; Fougas, Delorme, Artaud, Frogier « officiersgmunicipaux; Bonnet, procureur de la rl « Babut, Natoire, Jaffart, Bossant, Leborgne, Duc, Guiller= « min jeune, Biguerisse, Dujarry, Robinson, notables de I « commune; Louis, secrétaire. » ) Le conseil municipal trouva si belle l'adresse rédigée par SON maire qu'il arrêta l'envoi de copies aux municipalités de tous) les ports de la république.
On appelaitalors nouveaux citoyens les hommes de couleur et
les nègres libres, lesquels, d'après la loi du 4 avril, étaient appelés à jouir de la plénitude des droits civils et politiques.
Les nouveaux citoyens, voyant {out le monde faire des
adresses, voulurent aussi faire la leur, et ils envoyèrent à Lacrosse celle que voici :
« Une faction odieuse, ennemie de la révolution francaise, nous avait plongés dans une erreur qui nous faisait oublier jusqu'à l'exercice de nos droits; cette faction nous avilissait, #ous dégradait, nous méprisait, nous vouait aux humiliations outrageantes ; cette faction nous égarait, nous trompait, en nous vexant. Votre voix s’est fait entendre : vous nous avez éclairés sur les bienfaits que nous prodiguait la mère patrie; vous nous avez donné le sentiment de nos droits, et nos tyrans ont fui. Quelle satisfaction pour nous de pouvoir manifester notre joîe et participer à la gloire de nos ainés! Leur bonheur paraït complet; mais le nôtre l'emporte : nous avons sur eux l'avantage de pouvoir transmettre aux générations futures un événement aussi mémorable qu’avantageux pour les colonies. Nous aurons soin d’en immortaliser le souvenir. . | | « Recevez, citoyen Gouverneur, l'hommage de notre gratitude pour tant de bienfaits, et ajoutez-y, nous vous en conjurons, en faisant connaitre à la république française et à son conseil exécutif notre reconnaissance et la ferme résolution -où nous sommes, et où nous voulons nous maintenir constamment, de verser, s’il Le faut, jusqu’à la dernière goutte de notre sang, pour faire respecter les lois d'égalité et de liberté, qui sont la base de notre existence politique. »
Le séjour de Lacrosse aux Antilles a 6té funeste, à la Gua-
deloupe: Cet officier de marine, dans son premier voyage, a fait beaucoup de mal aux colons blancs; mais dans le second il en fera encore plus aux colons d’une autre couleur. Le “premier, il a jeté entre les hommes de couleur et les blancs une semence de division : elle a germé et d’autres l'ont cultivée. Par lui, les libres ont cru qu'ils étaient le vrai, le seul peuple
des colonies. Il a prêché la substitution non-seulement comme possible, mais encore comme chose utile, nécessaire. C’est dans le compte qu’il a rendu à la Convention nationale de sa mission aux Iles-du-Vent qu'on lit :
« Il est à propos de détruire une opinion que les personnes « intéressées se sont efforcées de produire. Sans planteurs, « disent-elles, point de colonie. Ce qui revient au même que « si l’on voulait persuader que les départements sont incultes «. depuis le départ des seigneurs possesseurs des grandes terres. « Les planteurs sont les grands seigneurs, dans toute l’acceptin « que l’orgueil et l’inutilité donnent à ce mot. Le nègre est le « cultivateur. Peu importe à l’État quel est le possesseur; « mais il lui importe qu’il soit bon citoyen : ee qui ne serait « jamais si les émigrés rentraient dans leurs biens. | __ Sa doctrine alla jusqu’à approuver la torche comme moyen de guerre. « Nous éloignons nos ennemis; l’indignation ne se « contient plus : on brûle ce repaire de scélérats, et les habita- | « tions de ceux qui forment ces rassemblements ont le même | « sort : il fallait faire la guerre aux personnes et aux pro-
« priétés. » |
Avec de semblables principes, on produit la ane | on entasse des ruines sur lesquelles on monte au ponvoir; rendu là, on s’apercoit que l'anarchie n’est pas un moyen | gouvernemental. C'est ce qu'éprouva Lacrosse lui-même. Ses discours et ses écrits avaient déterminé une confusion générales de cette confusion il sortit gouverneur, mais de ce poste élevé il vit sous lui des gens qui voulant aussi monter, réclamaient des droits et foulaient aux pieds tous les devoirs. Les ateliers avaient cessé de cultiver la terre pour aller, dans les clubs prendre le mot d'ordre, afin de cultiver les nouveaux principes: Lacrosse sentit qu’il était temps de mettre fin à sa mission ré= volutionnaire et désorganisatrice : Je 28 février, il donna l’ordre aux municipalités de chaque paroisse de mettre en campagne le même jour, 7 mars, cinquante hommes de la force armée, afin de faire rentrer les esclaves sur les habitations. Si Lacrosse fût resté au gouvernement de la Guadeloupe, il eût fait l'ex=
périence que si c’est une tâche facile de désorganiser un pays en soulevant les passions mauvaises et en annonçant des droits séduisants, mais chimériques, la mission d’y rappeler l’ordre, le calme et la paix est semée d’écueils, même pour celui qui, en désorganisant, avait été accueilli par les acclamations de la multitude. Mais il n’eut pas le temps, pour cette fois, de faire cette expérience. Ce sera pour plus tard. IL partit « satisfait « d'emporter la haine honorable de l'aristocratie plantoriale. »
Il 10
ARE EE RUE hr PAT à 2 ti » ee nt £ its ‘A: , dons NES ve i , NL “Eee Frgs
10 ed Di del pui