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« tous unis par une confédération générale et unanime; et que « depuis ce temps ils donnent des preuves de leur zèle pour la « chose publique, en faisant exactement leur service et en con- « tribuant généreusement aux impôts; et que vouloir, par « conséquent, arrêter aujourd'hui un des fédérés sans être « dans le cas prévu par la commission, ou sans avoir commis « de délits ultérieurs, ce serait manquer à la qualité la plus « essentielle du vrai républicain, la loyauté ;
« Arrête que copie de la présente délibération sera envoyée « au gouverneur et à la commission générale et extraordinaire, « pour leur faire connaître les sentiments des citoyens de cette « paroisse, et les engager à concourir avec eux à faire cesser « les maux qui les accablent, et dont ils ne peuvent plus « soutenir le fatigant et cruel spectacle ;
« Que la commission sera également priée de vouloir bien « annuler toute dénonciation faite contre le vœu général, et « prendre un arrêté tendant à réprimer tous les agitateurs « qui voudraient, sous le masque du patriotisme, troubler « l’ordre et l'harmonie, et à assurer l’entière et pleine exécu- « tion des lois. »
Dans la société nouvelle, les privilégiés, les hommes les plus en faveur étaient les libres. Les montagnardés les flattaient, parce que c'était avec leur aide qu’ils pensaient arriver à subjuguer le pays et à Le tenir sous leur domination exclusive. La paroisse de Sainte-Anne, voulant tirer parti de cette circonstance, envoya porter son vœu au gouverneur et à la commission générale et extraordinaire par une députation composée en totalité d'hommes de couleur. À sa tête était Auguste, qui exerçait sur les nègres et Les autres hommes de couleur de la paroisse une influence presque sans limite. La députation arrivée à la Basse-Terre, Auguste se rend près du gouverneur. Celui-ci l’accueille avec un bienveillant empressement, lui fait connaitre ce qu’il a déjà fait, les efforts employés, les moyens tentés pour mettre un terme aux arrestations; il lui témoigne de son désir de concourir encore avec lui pour atteindre un but si désirable; l'assure, en conséquence, qu'il peut
compler sur son appui, mais ne lui cache point que leurs démarches réunies resteront sans résultat, si le comité de sûreté, que les arrestations concernent plus particulièrement, ne consent point à les suspendre.
Auguste, habitué dans sa paroisse à commander et à être obéi, ne doutait point de lui : il passe au comité de sûreté avec la pensée plutôt de dicter sa volonté que de se rendre solliciteur; il parle haut et montre des dispositions dont le comité est effrayé. 11 fallut ruser, car tout en rejetant le vœu de Sainte-Anne, on voulait ménager un homme du caractère : d’Auguste. Pour ne pas faire connaître son opinion dans le moment, le comité éluda la question, dit à la députation que le vœu de Sainte-Anne était adressé à la commission générale et extraordinaire, que conséquemment tout ce qu'il y avait à faire, c'était de la convoquer et d’attendre sa décision. La résolution de Saint-Anne frappait les montagnards dans leurs intérêts les plus chers, car plus d’arrestations, plus de conspirateurs, plus d’ennemis du peuple; partant, plus de confiscations, plus de biens mis sous le séquestre, dont, en ce qui concernait les revenus, les montagnards ne rendaient compte qu'à eux-mêmes. Il était donc de la dernière importance de repousser le vœu de Sainte-Anne, dont l'exemple pouvait d’ailleurs être suivi par les autres paroisses. Le bien, comme le mal, se répand par contagion. Déjà Saint-François, paroisse limitrophe de Sainte-Anne, à l’imitation de sa voisine, avait montré les mêmes dispositions, énoncé le même vœu.
La commission générale et extraordinaire assemblée, les deux députations de Sainte-Anne et de Saint-François furent admises à présenter le vœu de leurs paroisses. Aussitôt les montagnards jetèrent des cris de fureur, s’emportèrent contre les modérés, les aristocrates, et demandèrent que les délibérations des deux paroisses fussent cassées, comme un attentat à la commission générale et extraordinaire, par suite à la souveraineté du peuple, dont la commission était l’image. Cependant cette opinion ne passa point sans contradiction : une minorité imposante se produisit tout à coup, et appuya avec force le vœu
des paroisses de Sainte-Anne et de Saint-François. Les débats devinrent tumultueux, d'autant plus que les membres de la députation se crurent autorisés à se mêler à la discussion. Auguste, du geste et de la voix, encourageaïit les représentants qui parlaient dans son sens, criait bravo à leurs discours.
Les délibérations de Sainte-Anne et de Saint-François cassées, le comité pensa que son triomphe ne serait pas complet s’il ne gagnait Auguste à la cause des montagnards. La calomnie et le mensonge sont des armes qui ne s’'émoussent jamais : mille fois employées, leurs coups atteignent toujours. Auguste fut recherché, caressé. Voyez combien vous êtes injuste à l'égard des représentants de la colonie! lui disait-on au comité. Leurs soins les plus constants, leurs travaux assidus de chaque jour, ont pour objet l'intérêt, le bonheur des nouveaux citoyens! Dans ce moment même, le comité est en difficulté avec le gouverneur : en savez-vous la raison? C'est que ce fonctionnaire se refuse à promulguer dans la colonie une loi de la métropole donnant le droit d’héritage aux bätards dans le cas de décès de leurs pères sans enfant légitime ! |
Le coup avait frappé juste. Auguste remercie les membres du comité de leurs bonnes dispositions pour sa classe, et retourne près du gouverneur , à qui il fait d’amers reproches sur sa résistance aux dispositions favorables du comité pour les libres. Collot s’efforça de le détromper, l’assura que non-seulement le pouvoir exécutif de la France ne lui avait adressé aucune loi à promulguer, mais encore qu'il n’en avait reçu nulle lettre, nulle instruction. Auguste ne sachant à quoi s'arrêter, flottant entre l'affirmation du comité et la négation de Collot, retourna dans sa paroisse avec un doute dans l'esprit.
Mais Sainte-Anne avait montré ses mauvaises tendances : il fallait la ramener aux bons principes ou la châtier, si elle persistait dans son erreur. Un émissaire, Sabathier-Saint-André, y est envoyé en secret. Ce représentant, en horreur dans le bourg, ne s’y montre pas plus tôt qu’il est obligé de s'éloigner, poursuivi par les huées et les menaces de la population. Ise réfugie chez Auguste, le persuade de l'existence de la loi en
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