‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 64 sur 140 · HENRY, LAFOLIE · texte numérisé non relu

HENRY, LAFOLIE

« Volez à nous. Le nombre des amis de l’ordre et de la « tranquillité est infiniment supérieur, mais il est épars; c’est « par cela que ces scélérats peuvent nous prendre en détail. « Votre présence les anéantira tous. Mais arrivez promptement « avec les précautions que je vous ai indiquées, car il faut que « vous soyez ici avant huit heures.

| « J. B. Daxo, Courrois, maire. »

Collot se contenta de renforcer son escorte de quelque dra-

gons, etcontinua sa route. Il arriva à la Pointe-à-Pitre Le lendemain 20, à huit heures du matin. Cette ville était remplie

. d'hommes armés, accourus de toutes les paroisses et rassem-

blés par les deux partis, l’un pour établir le nouveau gouvernement et l’autre pour empêcher sa création. Un certain nombre

. de ceux qu'on avait coutume de désigner sous le nom d’aristo-

crates, c’est-à-dire de planteurs, avaieht répondu à l’appel des

. modérés et s'étaient joints aux dragons des paroisses pour com-

battre les montagnards. Mais Collot blâma qu’on eût accepté ce secours, et donna ordre de faire sortir des rangs de la garde

nationale. tout ce qu’il y avait de planteurs, disant que c'était

aux vrais républicains qu'il appartenait de remettre à l'ordre les agitateurs et Les terroristes.

Dans l’après-midi, une grande agitation se manifesta dans

le peuple; des attroupemients nombreux se formaient dans toutes

les rues; de plusieurs groupes on avait entendu le cri : Aux armes! Collot invita la municipalité à se tenir en séance. Le maire répondit qu’il allait se rendre à la maison commune, à la tête du corps municipal, mais qu’il ne pouvait laisser ignorer au gouverneur les dangers qui menaçaient les magistrats du peuple ainsi réunis, les montagnards devant passer sur leurs cadavres pour monter au pouvoir. Collot fit mettre devant la maison commune deux compagnies de gardes nationales. Bientôt on vint l’avertir que, s’il paraissait dans les rues, il serait arrêté. Ne tenant pas compte de cet avertissement, à quatre

heures il monta à cheval, suivi de quelques officiers. Dans la

rue des Abymes se trouvait une compagnie d'hommes de couleur, rangée en bataille, commandée par Dormoy. Le gouverneur paraissant, cette compagnie le coucha en joue. | Collot, arrètant son cheval, reproche à ces soldats de la montagne leur làächeté d’oser tourner contre leur chef les armes qu'ils en avaient recues pour combattre Les ennemis de la patrie. La troupe de Dormoy ne fait pas feu, relève les fusils, mais répond par des injures aux paroles du gouverneur. Il quitte cette milice pour aller visiter le poste. du morne du gouvernement; une foule compacte lui ferme le passage, en criant : Point de veto! À bas la commission royale. On était parvenu à

persuader à la multitude que ïe droit d'approbation conservé |

aux gouverneurs des colonies par les décrets des 25 août et 21

septembre 1792 n’était autre chose que le veto du roi; que le. pouvoir de Collot, émané du roi, avait pris fin avec l’abolition . de la royauté; que dès lors il se perpétuait sans droit dans le .

gouvernement de la Guadeloupe; qu'un gouverneur n'était que

le simulacre de la royauté; que tant que l’on conserverait ce .

simulacre le pays ne pourrait se dire en république.

Un premier coup de fusil eût été Le signal d’une épouvantable |

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guerre civile. Pressé, presque culbuté de son cheval, Collot fet assez maître de lui pour ne pas demander l'intervention de la force armée. Il essaya de faire entendre raison à cette foule égarée, mais sa voix fut couverte par des cris et des hurlements. Il ne put continuer sa route et fut ramené à son logement par le flot de la multitude qui inoñda ses appartements. Là, se joua une-

- scène incroyable : par les injures et la menace, on voulut contraindre le gouverneur à renoncer à ce qu’on appelait son veto.

Les uns voulaient que ce fût immédiatement, devant le peuple; les autres demandaient une promesse et le renvoi au lendemain pour faire, en pleine assemblée, une renonciation solennelle. Aux cris de cette foule excitée, aux menaces d'Hippolyte et de Dandane de le tuer s’il ne donne satisfaction au peuple, Collot oppose le courage du sang-froid et de la résignation : répondant aux factieux qu’ils peuvent l’immoler, mais que lui, gouverneur, ne se prètera jamais à un acte qui serait une désertionde ses fonctions et le commencement des plus grands malheurs de la colonie.

Pendant la nuit, le désordre parvint à son comble. Les montagnards changèrent le mot d’ordre et tentèrent de s’emparer de quelques postes. La diversité d'opinions qui régnait dans les compagnies augmenta encore la confusion : que les ordres vinssent de la montagne ou de l’âutorité légitime, il n’y avait qu'une partie des soldats qui obéissaient; les autres, loin d'obéir, demeuraient prêts à s’opposer à leur exécution.

Le lendemain, Collot fut informé que, le plan de la veille ayant manqué, les chefs des montagnards devaient se borner à demander que toutes les municipalités fussent cassées, les officiers de l'état-major congédiés; que le commandant en second Lafolie füt renvoyé de la colonie, et qu’un conseil exécutif fût créé, auprès duquel serait un chef militaire, mais sans initiative quelconque dans les pouvoirs civils; chef militaire qui pourrait être Epofs s’il consentait à exercer ces nouvelles fonctions.

Les rôles distribués, la commission générale s’assemble et

convoque à sa séance toutes les autorités consliluées. Le gouverneur y est mandé. Il entre. Soit hasard ou intention, on le place entre les deux hommes de couleur Hippolyte et Dandane, qui, la veille, avaient voulu l’assassiner. On. les avait introduits dans l'assemblée sous le prétexte d’une députation.

La discussion s’ouvrit sur les attributions du gouverneur. Après des débats tumultueux, Guillermin opina pour que l’assemblée destituàt le gouverneur de son velo. Caussade ne voulait pas davantage du velo, mais il demandait que Collot, de lui-même, consentit à résigner ee droit entre les mains de l'assemblée. À la prière, aux instances, à la menace, Collot reste inébranlable. 1} déclare qu’il est prêt à subir toutes les conséquences de sa résistance; mais qu’il ne consentira jamais à abdiquer les pouvoirs qui lui ont été eonfiés, et qu’il considère comme la seule planche de salut qui reste au pays; que s’il doit mourir, — et il y est résigné, — il veut que ce soit la loi à la main. A cette déclaration faite simplement, mais résolüû- ment, les montagnards, perdant l’espérance d'amener Collot à renoncer à son droit d'approbation, par suite à leur livrer, sans contrôle, l'administration de la colonie, ne gardèrent plus de retenue. Ils firent éclater leur colère dans des discours où ils s'efforçaient d’exciter les passions mauvaises de la multitude peuplant alors les galeries de l'assemblée. Plusieurs fois Collot obtint la parole et réfuta victorieusement les sophismes de ses adversaires, ou démontra la calomnie. ;

Depuis quatre heures, sans rien conclure, l'assemblée s’épuisait dans de vains efforts. Un membre qui ne s’était pas encore fait entendre, demanda et obtint la parole. C'était le citoyen Monnerot. Monté à la tribune, il tira de sa poche un long discours dans lequel il accusa Collot de tous les erimes du roi et de

tous ceux des gouverneurs Blanchelande, Béhague, Clugny et.

d’Arrot; d’avoir abandonné les gardes nationales à Saint- Christophe; d’être l'auteur de l’assassinat des Trois-Rivières, de l'insurrection de Sainte-Anne et de tous les faits contre-

révolutionnaires accomplis à la Guadeloupe. Jusqu’alors le:

peuple des galeries avait été comme en suspens, ne s'était pas

prononcé d’une manière décidée en faveur de la montagne; mais à celte accusation nettement formulée , il battit des mains et parut se fixer contre un gouverneur si coupable. IE n'y avait pas un instant à perdre, car le peuple se prononcant, venant prêter son appui à l'assemblée, c'en était fait de l’autorité de Collot, dont il aurait été dépouillé à l'instant même. Ce gouverneur ayant demandé et obtenu de répondre au discours de Monnerot, dit : qu’il reconnaissait qu'il serait indigne dé la. confiance des républicains si les faits qu’on venait d’articuler contre lui étaient fondés; que leur gravité était telle, qu'il ne supposait point qu'un représentant de la colonie les eùt avancés sans preuves; qu’en conséquence, il demandait la nomination . immédiate de quatre commissaires, pris dans le sein de l’assemblée, pour examiner tous ses actes, {ant civils que militaires, et que le peuple füt juge entre ses accusateurs et lui. Après avoir prononcé ces paroles, il quitfa l'assemblée. |

« Oui, oui, dit le peuple des galeries, les quatre commis- « saires! la preuve de la dénonciation de Monnerot! la preuve! « la preuve! que Collot soit confondu! » Le dénonciateur répondit qu'il n’avaît pas de preuves à produire; que les faits dont il avait fait part à l’assemblée n'étaient que le résultat d’une conviction intime.

A cet aveu d'impuissance, le peuple, déjà excité, trompé dans ses espérances, tourna toute sa colère contre le malencontreux dénonciateur. Quittant les galeries, il se précipita dans la salle de l'assemblée pour se saisir de Monnervot, et en faire peut-être un exemple terrible aux calomniateurs sans honte ni vergogne; mais, favorisé dans sa fuite par ses collègues, ce représentant … put échapper à la fureur de la multitude. Le peuple, ne pouvant faire tomber sa vengeance sur Monnerot, s’en prit aux membres du comité. Des reproches il était passé aux injures, puis à la menace; et delà à l'exécution, pour la multitude, il n'est qu’un pas. Le comité allait apprendre à ses dépens peut- …Ctre combien il est dangereux, mème pour ceux qui la trom- M pent, d'égarer la foule! Mais Collot averti, revint. Ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à apaiser le peuple, pour l'instant

déchainé contre le comité. Le calme revenu après ‘une si grande tempête, Collot renouvela sa demande des quatre commissaires pour examiner sa conduite et la faire connaitre au public. Mais l'assemblée rejeta cette proposition, disant, par l'organe de son président : « que lui accorder une semblable ‘« demande, ce serait donner une sorte d’existence aux soup- « cons jetés sur son administration par un seul membre; que « l'assemblée ayant reconnu sans fondement cette opinion « isolée, elle déclarait le gouverneur au-dessus de semblables

« inculpations. » |

Après cette déclaration sulennelle, Collot se retire. IL est suivi par les membres modéres de l'assemblée et une partie du peuple des galeries. Rien n’étant plus à l'ordre du jour, tout le monde suppose que la séance va être levée. Mais le danger passé, Collot éloigné, et bien que la commission ne füt plus en nombre compétent pour délibérer, elle prend un arrêté par lequel, parodiant les considérants du décret du 10 ‘août de T’assemblée législative, lors de la déchéance du roi, elle destitue Je gouverneur de ses pouvoirs civils, se déclare Corps représentalif révolutionnaire, souveraine par urgence, et crée un conseil exécutif.

À cette époque commenca pour la colonie un temps d’anarchie. Le conseil général de ia commune de la Pointe-à-Pitre, après avoir refusé l'enregistrement de l'arrêté du 21, démanda que la commission générale fit connaitre, sans délai, le vœu des paroisses relatif à l’acceptation de l’acte constitutionnel. Le conseil de la commune de la Basse-Terre alla plus loin : il protesta contre l'arrêté du 21 comme contraire aux lois nationales et aux décrets relatifs aux colonies, attentatoire à l'unité de la république et à la souveraineté du peuple; arrêta qu’il ne reconnaitrait aucun des arrêtés de la commission générale postérieurs à celui du 21; déclara que, par cet acte d’indépendance et de souveraineté coloniale, la commission générale avait perdu la confiance du conseil de la commune; en conséquence, convoqua extraordinairement les deux paroisses de Ja ville pour le dimanche 29, afin de délibérer tant sur l'arrêté“

du 21 que sur les résolutions du conseil de lu commune, tendant au rappel des députés du sein d’une assemblée rebelle. Cette contenance des deux villes donna quelque courage aux membres de Ja commission qui ne partageaient point les idées des montagnards, mais qui, d'ordinaire, votaient avec eux par crainte ou par faiblesse : réunis aux représentants qui s'étaient montrés les adversaires constants de la montagne, ils demandèrent que l’arrêté du 24 fût envoyé à l'approbation des paroisses, en autres termes que le peuple fût juge entre l'assemblée et le gouverneur. Les montagnards épuisèrent toutes leurs ressources pour faire rejeter cette proposition. Mais le parti de l’ordre venait d’être renforcé par trois nouveaux députés, Delort, Cadiot et d’Arboussier ; et, malgré les sarcasmes de Pin, les sophismes de Dormoy et les cris de fureur de tous, la commission, par arrêté du 30, décida que l’arrêté du 21 serait soumis à l’approbation des paroisses. |

Dans l'assemblée du 29, les deux paroisses de la Basse-Terre désavouèrent leurs députés ét déclarèrent qu'ils auraient sur-lechamp à quitter la commission générale pour venir rendre compte de leur conduite. D’autres paroisses imitèrent celles de la Basse-Terre. Cette mesure, qui avait pour but de désorganiser la commission générale, assura au contraire son triomphe momentané. Nous saurons maintenant ce que veut un montagnard lorsqu'il invoque les droits du peuple. Le peuple souverain avait proclamé sa volonté, déclaré qu’il retirait tout pouvoir à ses mandants : il n’y eut que les députés non montagnards qui entendirent l’ordre du peuple; les autres battirent des mains à la retraite des modérés, et restèrent maitres de la commission générale, désormais corps représentatif révolutionnaire.

De ce moment, la Guadeloupe compta deux gouvernements : Pun établi à la Pointe-à-Pitre, fonctionnant avec le corps re-

sprésentatif révolulionnaire et son conseil exécutif; l'autre sié-

geant à la Basse-Terre, exercé par le gouverneur et le conseil

général de la commune, en attendant l’arrivée des députés nommés pour former le corps administralif, en conformité de

Pacte constitutionnel, autrement dit constitution de 93.

| amie

Cependant l’arrèté de la commission générale du 21 décembre avait été soumis à l'approbation des paroisses. Toutes celles qui avaient accepté la constitution rejetèrent l’arrèté. Le club des Jacobins, la paroisse du Gosier et celle des Vieux-Habitants restèrent fidèles à la montagne. La commission générale pensa que les adhésions qu’elle avait obtenues réprésentaient assez l'opinion du pays, et elle resta corps représentatif révolutionnaire.

Il est vrai que, sous le rapport de la violence, la paroisse des Vieux-Habitants pouvait faire à elle seule contre-poids à toutes les autres. Les mêmes raisons qui lui avaient servi pour repousser la constitution furent invoquées dans l'approbation donnée à l’arrèté du 21 décembre. Voici ce que demandait.cette paroisse, dans une assemblée présidée par le citoyen Leborgne- Monplaisir. Les motifs des vœux de l’assemblée sont cérieux : leur longueur seule nous empèche de les rapporter. On pourra d’ailleurs jager des motifs par les conclusions.

« Tout vu et mürement examiné, l'assemblée arrête à l’una- « nimileé :

« 1° Que sa confiance est de et entière dans la commission générale et extraordinaire; et que bien loin d’avoir « perdu un seul instant cette confiance, elle n’a cessé depuis sa « formation de la mériter et d’en être investie dans la plus grande latitude ; |

« 2 Qu'elle reconnait la commission générale et extraor- . « dinaire pour seul corps représentatif de la colonie; en con- « séquence, déclare la maintenir dans ses fonctions, mode « représentalif et attributif de corps révolutionnaire, et s’op- « poser formellement à toute innovation tendant à porter une . « atteinte désorganisatrice, directement ou indirectement, en « tout ou partie, dans son existenee politique actuelle, jusqu’à « l’arrivée des commissaires civils natichaNs délégués par la « nation ou son conseil exécutif;

3° Qu'elle donne son adhésion et son approbation à tous les « actes de la commission générale et extraordinaire, et notam- « ment à ses arrêtés concernant les émigrés, l'écharpe blanche

el les certificats de civisme, et à celui par lequel elle s est déclarée corps révolutionnaire ;

« 4° Qu'elle donne également son approbation et adhésion, sans restriction, à tous les actes de précaution et de juste sévérité, émanés du comité de sûreté générale, contre les prévenus ou détenus au fort Saint-Charles, comme prisonniers d'État; invitant au besoin ledit comité de sûreté générale,

sous l’égide respectable de la loi suprème, le salut publie, et sous la garantie collective et individuelie de tous les vrais amis de l’ordre et fidèles défenseurs de la liberté.et de l’égalité, de continuer à faire son devoir avec le même courage, fermeté, impassibilité et justice qui l’a dirigé jusqu’à ce jour dans ses pénibles travaux; vote particulièrement les éloges les mieux mérités aux membres qui le composent en ce moment, sur leur profession de foi, si énergiquement prononcée et si courageusement soutenue de leur part, en dépit de Ia rage des contre-révolutionnaires, et malgré les entraves que n’ont cessé d’opposer à leur marche imposante la calomnie des méchants, l’intrigue des malveillants, les manœuvres ténébreuses des désorganisateurs ei des anarchistes démasqués, et enfin la cabale des modérés et des vils transacteurs avec leurs oppresseurs opulents ;

« 5° Qu'elle invite la commission générale et extraordinaire à se dénommer à l'avenir corps représentalif révolutionnaire de la Guadeloupe, lui jurant d'avance sous cette dénomination, commé au seul corps représentatif de la colonie, le même respect, le mème dévouement et la même soumission qu’elle lui a toujours prouvée pour l’exécution de ses arrêtés, tant qu’ils ne s'écarteront pas des principes qu’elle a manifestés jusqu’à ce jour, et faisant serment de la protéger, défendre et faire respecter envers et contre tous les ennemis de la chose publique, sous quelque masque qu’ils puissent se cacher.

« 6° Qu'elle l'invite également à s'occuper le plus promptement possible de l’établissement et organisation d’un {ribunal révolutionnaire, pour y déférer tous les prévenus de délits

« nationaux, — de quelle espèce et nature que puissént être les- « dits délits, — notamment depuis Le 21 septembre 1799, et ce, « après la mise en état d'accusation desdits prévenus; que le « corps représentatif doit se réserver de prononcer comme corps « révolutionnaire sur-le rapport en forme de précis historique « ordonné lui être fait suivant son arrêté du 25 octobre dernier, « par ses commissaires délégués à la révision des archives de « d’Arrot et de l’assemblée coloniale, en révolte ouverte contre « la mère-patrie, pour en faire suivre l’instruction, par-devant . € ledit tribunal, jusqu'à jugement, exclusivement ;

« ....,. Déclare dons qu’elle proscrit à jamais « l’infâme velo, et voue à l’exécration publique quiconque, « sous quelque prétexte que ce soit, oscrait s’en rendre encore « le servile défenseur. »

En entrant en fonctions, le comité de süreté, actuellement conseil exécutif, cassa toutes les municipalités. ., qui voulurent se laisser casser, ou qui ne purent résister à la force. Dormoy et Cauby, se disant commissaires du corps représentatif révolutionnaires, se rendirent au Petit-Bourg, accompagnés de cinquante sans-culottes de la Pointe-à-Pitre, armés de pistolets et de sabres, chassèrent la municipalité de cette paroisse, assemblèrent ce qu'ils purent trouver de citoyens, et leur firent prendre une délibération contraire à celle qui avait été précédemment envoyée. - Les officiers municipaux chassés étaient remplacés par les plus braves sans-culottes de la paroisse. A Ia Pointe-à-Pitre tous les hommes honnètes étaient contraints de se cacher.

Les membres de la première municipalité, le maire Courtois, le commandant de l'artillerie, l'ingénieur, le commandant des troupes, ne purent mettre leur vie à couvert que par une prompte fuite. La nouvelle municipalité, pour montrer qu’elle était à la hauteur des principes, souffrit qu'en sa présence, dans la salle des séances, on égorgeàt à coups de sabre un prisonnier entaché d’aristocratie, le sieur Beaupein..

L'ordonnateur Voisin, destitué, fut remplacé par le citoyen Levacher, qui, comme marque de civisme, distribuait les farines reçues des États-Unis pour l'approvisionnement de la

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colonie aux citoyens qui se déclaraient pour le corps représentatif révolutionnaire.

Un long acte d'accusation fut dressé contre Collot. A tous les crimes imaginaires contenus dans la dénonciation de Monnerot, le corps révolutionnaire ajouta des délits de son invention. Cette pièce était terminée par un arrêté prononçant la suspension du gouverneur de toutes ses fonctions HRDAAUES, etsa mise en état d’arrestation provisoire. |

D'un autre côté, le citoyen Joseph Vernier dénonça au club des Jacobins le ci-devant gouverneur comme ne pouvant sympathiser avec les amis de l'égalité, parce qu’il n’était qu’un agent des ministres pervers, un ami de Louis le racourci; il l’accusa d’avoir repoussé foule parenté avec Collot d’Herbois ; d’avoir dit au général Dugommier, le dénonciateur présent, au moment de s'embarquer pour les colonies : Je ne veux être d’aucun parti; la loi seule sera mon quide.

Ces crimes parurent si abominables aux freres et amis Jaco- ‘bins, qu'ils ordonnèrent l'impression de la dénonciation.

__ Cependant, la constitution adoptée, on s'était hàté d’organiser un tribunal de district, de nommer des juges de paix et de procéder à l'élection des députés au corps administratif. Déjàces députés arrivaient à la Basse-Terre, et les premiers rendus n’attendaient que d’être en nombre compétent pour se constituer. L'opinion s’éloignait des montagnards. On en voyait une marque sensible dans le caractère des élections : Les élus, en général, avaient appartenu à l’ancienne commission générale et extraordinaire, mais n'avaient été pris que parmi ceux qui composaient le parti dit des modérés. |

Une fois le corps administratif constitué, il prononçait évidemment la dissolution de l’assemblée usurpatrice et le corps révolutionnaire se fondait devant la volonté générale. Cette situation n’échappa point aux chefs de la montagne. Ils comprirent qu’ils ne pouvaient se maintenir qu’au milieu d’un bouleversement, à l’aide de quelques-uns de ces forfaits qui, glaçant d’épouvante, ramènent sous le joug des méchants les populations qui se font méchantes elles-mêmes dans l'espérance de se

sauver des coups qu’elles voient porter. En décrétant la terreur, la Convention n’avait pas eu une autre pensée.

Les montagnards entrèrent en campagne par une recrudescence de vociférations contre Les aristocrates et les modérés. Bientôt on vit, avec effroi, apparaitre à la Basse-Terre les hommes qui avaient préparé et accompli Le massacre de juillet. - Des marins avaient été enrôlés pour l'expédition. Ces hommes, formés de la lie de toutes les nations, étaient éminemment propres à remplir la mission de la montagne, par la raison qu'ayant été employés par Collot, concurremment avec les canonniers, à l'armement des forts et. batteries de la colonie, ils connaissaient ces canonniers, avec lesquels ils avaient conservé des relations, et que ce n’était qu'avec l'assistance de

ceux-ci que l’on pouvait espérer d'arriver à la consommation

du crime. On comprend d’ailleurs que tous les sans-culottes n'étaient pas à la Pointe-à-Pitre, et que la Basse-Terre pouvait offrir son contingent; ceux-ci étaient des auxiliaires tout trouvés. Ils devaient, de concert avec les émissaires de la Pointe-à-Pitre, agir sur les canonniers et ceux des hommes de couleur qu'ils jugeraient susceptibles d'entrer dans le complot. Les canonniers eux-mêmes n'étaient, pour la plupart, que des hommes de couleur ou des noirs, qu’on avait enrégimentés sous le nom de gardes nationales indemnisées.

Depuis quelques jours, les envoyés de la Pointe-à-Pitre pesaient sur la population de la Basse-Terre. La multitude était agitée et manifestait son émotion par des rassemblements, des groupes qu'il fallait disperser avec l'intervention de la force armée. Le 10 février 1794, vers six heures du soir, quelques marins se transportèrent à l'artillerie : là, se mêlant aux canonniers, ils s’elforcèrent de les déterminer à se joindre à eux

pour aller se débarrasser des traitres renfermés au fort Saint-

Charles (1). Sur les sept heures, un événement inattendu vint

# (1) Voici quels étaient ces traîtres : MM. Dumoulins, Cicéron, Bimbridge | fils, Le chevalier Ballias, Picou de lIle, le chevalier Borely, Cassasus Dumont, Colin de Laroncière, de Vermont fils, Beauvallon-Beaupein,

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