‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 69 sur 140 · V. CocLor. . .C:,GREY-0t JERVIS · texte numérisé non relu

V. CocLor. . .C:,GREY-0t JERVIS

Collot partit pour les États-Unis d'Amérique. En arrivant à Philadelphie, il fut arrêté à la requête du sieur William Waters, capitaine d’un navire américain, dont la saisie et Ia confiscation avaient été prononcées par les administrateurs de la Guadeloupe dans des circonstances exceptionnelles.

Le brick Ketty, ayant pour capitaine le sieur William Waters, et pour subrécargué le sieur Ducournau ; Français d’origine, mais naturalisé américain, partit de Philadelphie avec un chargement de marchandises américaines et se rendit à Jéré- « mie, port de Saint-Domingue. Peu de jours après son arrivée, «

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les Anglais ayant pris possession de la ville, le subrécargue vendit la cargaison, partie à des particuliers et partie à l’administration anglaise. Ducournau prit un chargement de café et de cacao et se fit expédier pour Philadelphie. Par précaution, il avait demandé à l’amiral anglais et en avait obtenu un laissezpasser ou sauf-conduit.

En sortant de Jérémie, le brick Kefty fut rencontré par la goëlette l’Intrépide. corsaire de la Guadeloupe, qui le conduisit à la Basse-Terre. À bord de la prise étaient quatre-vingt quatre lettres à l'adresse de différents colons, qui, ayant fui de-ia colonie de Saint-Domingue, se trouvaient, soit en Angleterre, soit aux États-Unis d'Amérique. Ces lettres constataient que c’étaient les colons, qui, pour se délivrer d’une insupportable tyrannie, avaient appelé les Anglais. La copie du traité conclu entre eux et les chefs ennemis était également au nombre des papiers saisis (1).

Cette affaire avait causé à la Guadeloupe une vive émotion. Les armateurs du corsaire, les sieurs Linard et compagnie, demandaient la condamnation de la prise. Les autorités du pays les soutenaient dans leurs prétentions : le comité de surveillance s'était prononcé, en déclarant ouvertement que la correspondance et les autres papiers contre-révolutionnaires trouvés à bord du Ketty devaient suffire pour en-faire prononcer la confiscation. L'opinion publique marchait avec les autorités.

Ce fut le 17 janvier 1794 que la cause fut solennellement

(1) Les lettres saisies à bord du Æetty seraient un document précieux pour qui voudrait écrire l’histoire des malheurs de Saint-Domingue. Voici un extrait de l’une d’elles, écrite par un sieur J. Feugas à un ecclésiastique du nom de Nogué, alors aux États-Unis d'Amérique. |

« ..… La tranquillité avait régné un moment ici : mais des commissaires « destructeurs, envoyés par la nation pour mettre l’ordre et la tranquillité « publique, ont troublé ce peu d'harmonie, et les assassinats et les in- « cendies ont recommencé avec plus de fureur. Que dire et que croire ? La nation est trompée ! Elle s’en apercevra un jour, mais trop tard : ce sera lorsqu'il ne restera à Saint-Domingue que des débris fumants, et un deuil à porter des malheureuses victimes qui n’existeront plus... »

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