‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 72 sur 140 · EN, LE · texte numérisé non relu

EN, LE

« Considérant qu'un maître, sous prétexte de donner la liberté, ne doit point se débarrasser d’un vieillard, d’un infirme, d'un incurable, d’un sujet diffamé, qui deviendrait à charge et dangereux pour la société ;

« Considérant qu’outre le bienfait de la liberté, il faut encore que le maitre pourvoie, au moins pour quelque temps, à la nourriture et à l'entretien de l’affranchi, lorsqu'il n'aura aucun métier pour se les procurer;

« Considérant que cet acte, de la part du maitre, ne peut nuire aux intérêts de son créancier ;

« Considérant que la liberté ne doit jamais être la récompense d’un crime commis ou à commettre ;

« Arrête provisoirement que tout maïtre qui voudra procurer la liberté à un ou plusieurs de ses esclaves en fera la déclaration aux trois municipalités de la colonie, désignera le nom, l'âge, la qualité, les talents et les infirmités desdits esclaves, ainsi que le genre de service qu’ils en auront reçu; que les municipalités en dresseront procès-verbal, qu’elles feront publier et afficher trois fois dans trois semaines consécutives, en la forme ordinaire, pour la plus grande publicité; que pendant ladite publication, tout particulier aura droit de s'opposer à ce que ladite liberté ait lieu; que l’opposition sera jugée par la municipalité et la commune assemblées dans la quinzaine du jour de la notification ; que si lé particulier opposant prouve que l’esclave à qui l’on se propose de donner la liberté est un vieillard, un infirme, un incurable, un diffamé ou un mauvais sujet notoirement connu; qu'il n’a aucun métier ou industrie honnête pour subsister; que, dans ce cas, le maitre ne s’oblige pas de lui procurer la subsistance au moins pendant trois ans, s’il n’est pas âgé de plus de trente ans, et pendant toute sa vie, s’il passe trente ans; que c’est en fraude de ses créanciers que le maître agit; et qu’enfin c’est en récompense d’un crime commis ou à commettre qu’on se propose de donner la liberté, alors l'opposition sera jugée bonne et valable, et la liberté n'aura pas lieu. Mais si, au contraire, aucun de ces

« cas n’est prouvé, l’opposant sera déchu, et le procès-verbal « de publication dressé par la municipalité y sera enregistré ; « et expédition du tout, signée et scellée, servira de titre au « nouvel affranchi pour le faire jouir de la liberté et du titre « de citoyen, HrIOUMEMEN au décret du 4 avril mil sept qu « quatre-vingt douze.

Mais notre Ale en miniature touchait à sa fin. Dans ces temps de crises et de bouleversements, les ressources ordinaires manquant, c'est à peine si avec l’appui de la Guadeloupe Marie-Galante aurait pu vivre, se procurer les choses nécessaires à sa subsistance, et elle avait voulu marcher seule! Sa caisse était vide, ses magasins sans provisions ; elle manquait d'armes et de poudre. Et l'ennemi s’avançait; il fallait songer aux moyens de le repousser. Dans cette extrémité, on songea à la Guadeloupe, on lui demanda des secours, mais sans vouloir reconnaitre sa suprématie, se soumettre à son autorité. La Guadeloupe refusa, comme la mère irritée refuserait à l'enfant qui a fui le toit maternel, et qui, plusieurs fois rappelé, demanderait des secours pour mieux persister dans son indépendance.

Les membres de l'assemblée, à la vue du danger, furent effrayés de la responsabilité qu’ils allaient encourir. Peur ou dégoût, ils ne se rendaient que rarement à l'assemblée, qui souvent ne se trouvait pas en nombre compétent pour délibérer. A la nouvelle de la prise de la Martinique et de Sainte-Lucie, l'assemblée déclara son impuissance, et convoqua tous les citoyens en assemblées primaires, afin que, dans des assises tenues par le peuple, on arrêtàt les mesures que commandait la situa-

tion. Ces assises eurent lieu à l’église paroissiale du Grand-.

Bourg. Les citoyens Coquille, Vidon et Reytier furent nommés par acclamation, le premier président et les deux autres secrétaires de l’assemblée.

Le commandant militaire fut mandé pour éclairer la colonie sur ses moyens de défense. Il fit savoir qu’en fait d’approvisionnements il n’y avait en magasin que 50 barils de farine et 5 de bœuf salé; que les canons étaient sans affüts, les fusils en

Page 1