‹ Histoire de la Guadeloupe (volume 5)Chapitre 80 sur 140 · LE 1 LEURS · texte numérisé non relu

LE 1 LEURS

quelque chose de si inattendu, le débarquement avait été si brusque, que l'ennemi, surpris, étourdi, ne songea à s'y opposer que lorsque déjà il n’en était plus temps. Avant que ses forces ne fussent réunies, nos sans-culottes, auxquels on avait joint un corps de matelots, étaient à terre et en position de repousser une attaque. Elle eut lieu. L’ennemi, battu, courut s’enfermer dans le fort Fleur-d’ l'Épée, au nombre de neuf cents hommes. |

Tandis qu'Aubert, maitre de ses mouvements, s’occupait à: prendre une bonne position et à se retrancher, Victor Hugues jeta aux esclaves le cri de liberté , et aux colons une proclamation par laquelle il menaçait de la guillotine quiconque tarderait à se joindre à lui pour chasser les Anglais, ces vils satellites du despotisme. On confia à des noirs la mission d'aller porter la bonne nouvelle aux esclaves et la menace aux maitres. Pour montrer que la menace serait suivie d'effet, le commissaire de la-Convention faisait dresser, en même temps, une guillotine à la poupe de la frégate la Pique. Le pavillon national semblait, en flottant, caresser l'instrument de mort, qu'on apercevait dela terre.

Des noirs en foule et un certain nombre de colons vinrent srossir notre petite armée. Mais la plupart des planteurs, se rappelant tout ce qu’ils avaient souffert alors que les Jacobins n'étaient pas encore complétement les maîtres, connaissant les principes qui prévalaient en France, persuadés que, si le règne de la terreur s’établissait dans la colonie, .c’en serait fait de leur fortune et de leur vie, au lieu de saluer le drapeau de Ja France de leurs acclamations, comme ils l'avaient fait à l’arrivée du chevalier de la Bourlamarque, prirent les armes pour aider les Anglais à chasser les envoyés de Robespierre.

Cependant Aubert avait résolu d'enlever Fleur-d'Épée aux - ennemis. Destiné à défendre la baie du Gosier, ce fort n'avait véritablement d'ouvrages fortifiés que du côté de la mer: la partie qui regarde la terre n’était qu'une simple batterie à barbette. Mais placé sur un morne à pente rapide, ce fort étant alors armé de seize pièces de canon et d’un obusier, et défendu par

neuf cents hommes, l’entreprise d’ Abet n’en était pas moins hasardeuse.

Le 6, à minuit, sans avoir tiré un seul coup de canon, sans

que rien eût annoncé leur dessein, les Français quittent leur position. Protégés par l’obscurité, ils s’avancent sans bruit. À leur tête, le sabre nu, marche le commissaire Chrétien. Dans les rangs des soldats sont deux femmes, les citoyennes Dandane et Presson. Rendus au pied des fortifications, les

‘républicains s'ébranlent, courent, grimpent, se hissent et par-

viennent sur la plate-forme. Le premier entré dans le fort fut le sergent Dupouille, qui tomba percé de vingt-quatre coups

- de baïonnette. L’ennemi, étonné de notre audace, est partout

culbuté : il abandonne le fort, fuit en désordre, traverse la Pointe-à-Pitre sans s’y arrêter, et court pour mettre la Riviere- Salée entre lui et ses vainqueurs. Dans leur ardeur à se sauver,

les Anglais, arrivés au bac, veulent tous y entrer. Le bac trop

* chargé coule, et la plupart des fuyards trouvent la mort par

trop de précipitation à l’éviter.

Pendant l’assaut, Chrétien, continuant à marcher à la tête

de la colonne, n'avait pas été le dernier à franchir le parapet et à lutter corps à corps avec les Anglais. Les hommes vraiment courageux sont rarement sanguinaires. C’est peut-être une illusion, mais nous voulons la garder: nous croyons que si ce

commissaire avait vécu, la guillotine, à la Guadeloupe, eût été

moins active.

Le lendemain, sans rencontrer d’obstacles, Hugues entra à la Pointe-à-Pitre. Des dépôts d’armes et de munitions de guerre, quatre-vingt-sept navires de commerce et d'immenses magasins de denrées coloniales tombèrent en notre pouvoir.

Ces denrées avaient été confisquées sur les patriotes par,

les administrateurs anglais. La République les reprenant des mains des voleurs, les propriétaires pensèrent qu’elles leurs seraient restituées; ils eurent même la bonhomïnie de les réelamer, appuyant leur demande sur le motif que les loupsnése mangent point. La demande des patriotes spoliés fut repoussée pas-une double fin de non recevoir : — la première, c’est qu'ils

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