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étaient dans une profonde erreur, en soutenant que les denrées en question étaient leurs propriétés ; que ces denrées, par suite de la confiscation prononcée par l'administration anglaise, étaient devenues une propriété britannique, tellement britannique que les Anglais allaient en disposer, les vendre, au moment où les républicains étaient venus leur arracher cette proie. — La seconde, c’est que les denrées saisies étaient destinées à soutenir le courage des armées des Antilles ; que les soldats de Saint-Domingue, voyant au bout de la victoire du café et du sucre, seraient excités à prendre ceux de la Guadeloupe pour modèles et pour guides.
Ces raisons valaient bien celles en vertu desquelles on vous envoyait à la guillotine. Nous ne savons si les patriotes éconduits connaïssaient une ancienne histoire qui offre avec la leur une certaine analogie : c’est celle de ce berger à qui on donnait le conseil de faire des sacrifices à Hercule pour préserver ses brebis des loups; de compte fait, trouvant qu'Hercule en consom- . merait autant que les loups: « Qu'importe qui les mange, ré- « pondit-il, ou d'Hercule, ou des loups? » Les patriotes, eux aussi, pouxaient dire: qu'imporle qui nous. dépouille? Mais c'était sous la condition de parler bas, car une réflexion de ce genre, au temps qui courait, pouvait fort bien déterminer la confiscation des corps avec le reste des biens. 11 n’était NÉE alors quéstion d'âme.
Tandis qu'Aubert conduisait l'armée à la Pointe-à-Pitre, Leissègues. fit entrer sa division dans le port, qu’il ferma à l’ennemi au moyen de vieux navires coulés dans la passe. Cette passe fut en outre défendue par deux batteries ‘placées lune à l’Ilet-à-Cochons, l’autre à Darboussier. L’artillerie des lvégates servit à l'armement de ces batteries.
Le jour même de leur entrée à la Pointe-à-Pitre, les commissaires firent publier et afficher le décret de la Convention . nationale, portant abolition de l'esclavage. Cette publication était accompagnée de la proclamation suivante :
« Citoyens, « Un gouvernement républicain ne supporte ni chaine ni
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esclavage ; aussi la Convention vient-elle de solennellement décréter la liberté des nègres, et de confier le mode de cette loi aux commissaires qu’elle a délégués dans les colonies. Il
doit donc résülter de cette rémunération naturelle et de son organisation civile: 4° la bienfaisante égalité, sans laquelle la machine politique est comme une horloge dont le balancier
perd son équilibre et son action perpétuelle ; 2 une admi-
nistration générale et particulière qui garantisse la propriété déjà formée des uns, et le produit du travail et de l’industrie des autres.
« Citoyens de toutes couleurs, votre félicité dépend de cette loi et de son exécution; les délégués de la nation vous garantissent un mode qui sera la sauvegarde de tous les amis de la république française contre ceux qui déjà en ont été'et qui voudraient encore en être les oppresseurs; mais il faut que les citoyens blancs offrent cordialement, fraternellement, et à salaire compétent, du travail à leurs frères noirs et de couleur, et il faut aussi que ces derniers apprennent et n'oublient jamais que ceux qui n’ont pas de propriétés sont obligés de pourvoir, par le travail, à leur subsistance, celle de leur famille, et concourir, en outre, EE ce moyen, au soutien de la patrie.
« Citoyens, vous n'êtes devenus égaux que pour jouir du bonheur et le faire partager à tous les autres; celui qui est,
l oppresseur de son concitoyen est un monstre qui doit aussitôt
être banni de la terre sociale. »
Il est bien entendu qu’en annonçant aux citoyens de toutes
couleurs : que celui qui est l'oppresseur de son concitoyen estun
monstre qui doit aussitôt être banni de la terre sociale, les délé-
sués de la Convention exceptaient eux et leurs agents; autre-
ment ils auraient été dans la nécessité prochaine de se bannir
eux-mêmes. Quant au bonheur dont la jouissance était promise 3 il se déroulera à mesure que nous avancerons dans les faits.
A la nouvelle du débarquement des républicains, le général
Grey, qui était à la Martinique, part pour la Guadeloupe. Le 7, il
était à la Basse-Terre, accompagné de six vaisseaux, de douze «
frégates ou corvettes, de cinq canonnières et deseize transports,
chargés de troupes et de munitions de guerre. Descendu à terre; il affecta, sur le Cours-Nolivos, un profond mépris pour l’expédition de Victor Hugues; il dit que, pour châätier les républiéains, il allait faire mettre aux fusils de ses soldats des pierres en bois.
Cette fanfaronnade sera durement punie.
. L'arrivée de Grey à la Basse-Terre donna du courage aux vaincus de Fleur-d’Épée. Le 8, renforcés de quelques colons et
‘de la garnison de la Pointe-à-Pitre, qui, elle aussi, avait pris la fuite x l'approche des républicains, ils repassent la Rivière- Salée, s'emparent du poste Lesage, et marchent sur la ville. Aubert ne les attend point; il vole à leur rencontre, les joint, les combat et les jette une seconde fois de l’autre côté de la rivière. Dans ce combat qui fut vif, Aubert fut blessé d’une balle à la poitrine. | -
Un homme du métier, le général Boyer Peyreleau, veut que Victor Hugues ait fait la même faute qu'Annibal ; il lui reproche
‘de n'avoir pas su profiter de la victoire. « Siles Français, dit-il, « eussent profité de ce moment de succès, qu’à la guerre on ne «retrouve plus; s'ils eussent poursuivi, sans relâche, l'ennemi « démoralisé par sa défaite, il leur eût été facile de s’assurer « du passage de la Rivière-Salée, en établissant deux pièces de « canon à la Gabare, et de prendre position sur l’autre bord, «. au morne Saint-Jean; c'était l'avis du général Aubert; en le « suivant, que de maux auraient été épargnés! »
Nous osons n’être pas de cet avis: Et ce qui fortifie notre Opinion est ce que Boyer Peyreleau lui-même ajoute quelqueslignes plus bas. « Les Français, faute de défenseurs, n'avaient pu con-
| .. « server la position dominante du morne Mascot. » Comment! il nous eût été facile de nous établir à la Gabare et de prendre
position à Saint-Jean, et nous manquions de défenseurs pour
garder Mascot , point si important pour la conservation de notre
récente conquête ! Ce fut une faute que d’avoir négligé Mascot. Le
manque de défenseurs est une mauvaise raison. Fleur-d'Épée et
Mascot pouvant se prêter un mutuel appui, pour défendre Mas- #
cotil suffisait d'y placer quelques pièces de canon el une centaine d'hommes. A la rigueur, ces hommes pouvaient être tirés de.
Fleur-d’Épée, dont la position aurait été infiniment moins menacée, si nous avions été établis à Mascot. D’un autre côté, une force quelconque, placée à Mascot,-peut défendre la Pointe-à- Pitre contre une partie de la Grande-Terre aussi efficacement que celle qui se trouve dans la ville même. Pour occuper Mascot, rien n’empêchait donc de diminuer l’armée de la Pointe-à- Pitre. Ce ne furent pas des forces qui manquèrent, ce fut la présence d'esprit. La raison du défaut de défenseurs ne fut mise en avant que pour pallier une faute. La vraie, la seule cause qüi fit négliger la position du morne Mascot, c’est que ni Victor Hugues ni les généraux ne crurent que l’ennemi battu, chassé de la Grande-Tgrre, reviendrait prendre l'offensive sur le théâtre même de sa défaite.
Mais, s’il était facile de garder Mascot, il était matériellement
impossible, avec les forces dont on disposait, de songer à la fois
à prendre position à Saint-Jean, à s’établir à la Gabare , et à se maintenir à la Pointe-à-Pitre. L'objet principal, celui devant lequel devaient fléchir tous les autres, c'était la conservation de
la Pointe-à-Pitre. Il fallait conserver cette ville, parce que ce
n’était que dans ce centre que l’on pouvait espérer de faire entendre à la population le cri, Aux armes! de la réunir, de l’armer, et de la pousser contre l Anglais ; il fallait la conserver pour que les navires du commerce, les riches magasins de denrées coloniales, les dépôts d'armes et de munitions de guerre, fruits de nos premières victoires, ne retombassent pas entre
les mains de l’ennemi; il fallait la conserver pour que notre, petite flotte et nos braves marins, désormais prisonniers dans le port, ne passassent point au pouvoir d'un adversaire qui”
brülait de se jeter sur celte proie. |
Or, pour mettre la Pointe--Pitre à l'abri d'un coup de main, de quelle force disposait Victor Hugues? de 1,150 hommes, diminués du détachement placé à Fleur-d’Épée et des pertes faites dans les trois combats que nous avions livrés pour rester maitres de la Grande-Terre. Il est vrai que des noirs el un cer-